L’Azur Arena, salle des Sharks d’Antibes, dans le viseur de la Cour des comptes

En difficulté dans le championnat de Jeep Elite, l’équipe de basket des Sharks d’Antibes connait aussi plusieurs déboires extra-sportifs liés à sa nouvelle enceinte : l’Azur Arena. Prévisions mal-évaluées, gestion défaillante, procès en tous genres et malfaçons, la situation devient tendue. Et la Cour des comptes ne s’y trompe pas.

Il y a un an, la Chambre régionale des comptes Provence-Alpes-Côte d’Azur revenait sur les anomalies financières qui entouraient la construction du nouveau stade de l’OGC Nice : l’Allianz Riviera

Mais comme la deuxième lame d’un rasoir à la marque bien connue, la Cour des comptes a publié un deuxième rapport, non pas sur l’enceinte des aiglons niçois, mais sur celle de l’équipe de basket d’Antibes : les Sharks d’Antibes. 

Du lancement à la réception, le pilotage est défaillant

En 2008, la commune d’Antibes décide de s’équiper d’une nouvelle salle omnisports polyvalente, qui devra notamment accueillir l’équipe de basket locale, les Sharks d’Antibes qui jouent en première division.  En contrepartie, ce projet signe la destruction de la salle Bunoz.

Et déjà les premiers problèmes pointent le bout de leur nez. La Cour des comptes s’étonne qu’aucune étude préalable sur « les besoins en matière de salle événementielle et de spectacle » n’ait été réalisée avant le lancement du projet. En effet, l’Azur Arena, en plus d’être une salle omnisports, doit aussi accueillir divers spectacles et concerts, comme il est aujourd’hui coutume dans plusieurs enceintes sportives en France et dans le monde. 

La construction de la salle Azur Arena a par ailleurs été concomitante à celle du
nouveau palais des congrès et du nouveau théâtre communautaire Anthéa, deux équipements de capacité moindre, également conçus pour accueillir des spectacles. En réponse aux observations provisoires de la chambre, le maire de la commune a indiqué s’être appuyé, concernant les besoins sportifs, sur le schéma directeur des équipements sportifs de 2004 et sur des études préalables réalisées par la communauté d’agglomération Sophia Antipolis.

Cour régionale des comptes

Le gendarme financier explique que le maire d’Antibes a justifié l’absence d’une étude préalable pour valider, ou non, la viabilité du projet, par le fait que cette nouvelle salle serait complémentaire avec les salles de spectacles en construction.

Lorsque le rapport étudie les aspects financiers du projet, on se dit qu’une étude aurait effectivement valu le coup. Tout le pan de la gestion et du pilotage financier est critiqué par la Cour des comptes.

En somme, le rapport évoque un budget qui a sensiblement augmenté en comparaison de ce qui était prévu. A l’origine, l’enveloppe était de 22,5M€ HT. Mais le coût global de l’opération en prenant en compte tous les frais engendrés sauf ceux occasionnés par la création du parking, a finalement atteint les 25,8M€HT ; 28,3 millions d’euros TTC. Une augmentation de près de 15%. 

La Cour des comptes constate aussi que le projet a accusé un sérieux retard à la livraison. Avec une réception finale le 1er juillet 2013, le retard était de neuf mois et demi. Des pénalités financières ont donc vu le jour et n’étaient pas encore remboursé en 2017. 

Selon la commune, trois lots, sur les 17, faisaient encore, en mai 2017, l’objet de recours pour un montant de 2,5M€.

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Une gestion après réception qui pose question

La réception de la salle ayant finalement été réalisée, la question de sa gestion se pose. La commune penche alors pour une « double-gestion ». Le volet évènementiel justifie le recours à une délégation de service public. La commune publie un appel d’offres pour trouver d’autres partenaires. Seule la société Vert Marine répond. Elle est choisie le 4 octobre 2012.

Le rapport du maire sur le choix du délégataire concluait à « une économie cumulée de la gestion de l’équipement […] de 4 074 362 € par rapport à une gestion sous la forme de régie directe ». Cette affirmation n’était cependant appuyée d’aucune justification.

Cour régionale des comptes

La chambre estime que les « informations données au conseil municipal ont tendu à majorer l’avantage financier procuré par la délégation de service public en avançant des hypothèses ambitieuses de croissance du chiffre d’affaires du délégataire alors que le prévisionnel annexé au contrat reposait sur un chiffre d’affaires constant.« 

Par la suite, la Cour des comptes estime que la délégation de service public est un échec. En cause : le rôle prépondérant de la ville d’Antibes qui a souhaité garder l’entièreté de sa capacité à organiser des événements dans cette nouvelle salle. La société Vert Marine se voyait, elle, retiré ce droit. Seulement, ce processus entraîna aussi le retrait de la société dans ces obligations d’investissements à faire.

La situation financière ne va cesser de se compliquer. En 2013, «  le délégataire avait encaissé 165 552,59 € de recettes liées aux événements mais a dû faire face à 263 118,22 € de dépenses. » En 2014, le déficit était de 194 541,11€.

La conséquence est immédiate : la liquidation de la société VM 06160, créée par Vert Marine pour assurer l’exploitation de la salle Azur Arena, est prononcée en 2015. La résiliation du contrat intervient le 24 juin alors qu’il courait jusqu’en 2023. Mais l’affaire n’en reste pas là.

La commune d’Antibes assigne en justice la société Vert Marine qui est mise en demeure pour respecter ses engagements. Une sanction que réfute la société en se fondant sur la résiliation du contrat. A l’heure actuelle, aucun accord n’a été trouvé.

Tous les signes ont été ignorés

Par la suite, la Cour des comptes estime que le suivi aurait pu, mais aussi dû, être renforcé. D’abord parce qu’elle montrait déjà dans son rapport provisoire qu’il existait plusieurs défaillances de la commune dans le suivi de l’exécution de la délégation. Annuellement, le délégataire devait transmettre sa programmation prévisionnelle et à envoyer mensuellement les mises à jour. Il n’en est rien. La commune estime que ces informations n’ont pas vocation à être transmises. 

Quant au rapport d’activité 2014, d’après la commune, « il [aurait] fait l’objet d’échanges informels préliminaires entre la société Vert Marine et la ville sans être transmis officiellement en bonne et due forme à la ville, ce qui donne d’ailleurs lieu à l’application de pénalités (pour mémoire contestées par le délégataire devant le tribunal administratif) ». Le conseil municipal s’est prononcé le 7 novembre 2014 sur le rapport annuel du délégataire relatif à l’exercice 2013 (portant sur juillet à décembre 2013 compte tenu de la date du début de la délégation). Le rapport d’activité 2014 n’a pas été présenté au conseil municipal pour les raisons indiquées plus haut.

Chambre régionale PACA des comptes

Le contrat obligeait aussi à ce que le comité de pilotage se réunisse au moins deux fois par an. Durant toute la durée du contrat, avant la résiliation suite à la liquidation de VM 06160, il ne se réunit que deux fois. Les procès-verbaux montrent aussi que tous les moyens n’étaient affectés pour la bonne tenue de engagements.

Sur les 11 agents en emploi temps-plein que devait mobiliser Vert Marine, seulement 6 ont été affectés à l’équipement. En outre, plusieurs problèmes liés à la salle ressortent : un partage difficile entre le basket et les autres activités, le retard de livraison de la cuisine aménagée, ou encore des problèmes d’humidité et d’odeurs.

La Cour des comptes montre aussi que la commune d’Antibes était peu encline à prendre des décisions. Alors que la société VM06160 expliquait être en proie à plusieurs problèmes financier et qu’elle souhaitait rompre son contrat, la commune d’Antibes lui rétorquait que la situation était viable et qu’elle devait trouver un successeur, sans quoi le contrat ne serait pas rompu. Aucun successeur à l’horizon, VM 06160 coule.

Au final, le contentieux entre la commune d’Antibes court toujours et n’est pas près de trouver un dénouement. Et sur le parquet, littéralement, tout ne va pas mieux. D’après Nice-Matin, plusieurs plaques de parquet présentent des défauts. Début 2018, la ville d’Antibes a attenté trois autres actions en justice contre les différentes entreprises qui ont livré le parquet et réalisé les travaux afférents.

Du côté de la ligue, si l’on ne conteste pas les problèmes d’étanchéité du parquet, on explique aussi que c’est à l’arbitre, avant la rencontre, de déterminer si le match est jouable. 

En parallèle, les Sharks d’Antibes sont lanterne rouge de Jeep Elite (première division française) sans compter une seule victoire. Décidément, quand tout va mal…

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