Le dogmatisme de la BCE spolie épargnants et investisseurs

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Traduction de l’ARTICLE de Georges ugeux paru sur le huffington post.

L’annonce la semaine dernière selon laquelle la BCE pourrait décider d’amplifier son programme QE afin d’encourager l’emploi et la croissance en Europe était courue d’avance. Cela ne la rend pas meilleure.

Le dogmatisme de Mario Draghi ressemble de plus en plus à une tentative désespérée de démontrer un point de doctrine économique plutôt qu’à une politique économique efficace. Cela ne serait pas gênant si cette politique n’avait pas de conséquences néfastes pour les investisseurs.

Les LTRO ont échoué à relancer le crédit

L’offre variable à la fin de 2011 et au début de 2012 faite aux banques intéressées par un emprunt illimité à 1% pour trois ans était destinée à échouer. Elle procédait d’une croyance selon laquelle les banques souffraient d’un problème de liquidité et ne finançaient pas l’économie pour cette raison.

Les milliards d’euros du LTRO ont coïncidé avec une légère baisse des taux bancaires, une hausse des emprunts souverains et une opportunité dans la gestion d’actifs qui a permis aux banques de rembourser leurs dettes coûteuses et d’améliorer leurs profits. C’était prévisible, mais le consensus de la Commission Européenne et de la BCE était écrasant.

Ce que la BCE a fait a consisté à inscrire dans son bilan le sauvetage des pays surendettés du Sud de l’Europe, principalement l’Italie et l’Espagne, qui se sont taillés la part du lion. Elle a réduit l’écart entre les “bons” et les “mauvais”.

Ce n’était pas, contrairement aux déclarations de la MCE, une opération de liquidité. C’était une opération de crédit, transformant la BCE en prêteur – dans ce cas, pas un prêteur de dernier ressort, avec des collatéraux affaiblis.

Pour corriger tout cela, la BCE a lancé un LTRO ciblé (TLTRO) qui fut un échec.

Le QE1 sur l’euro n’a pas eu d’effet sur l’économie

Une fois de plus présenté comme un soutien à la croissance en Europe, le QE a permis d’arroser un jardin inondé. Il n’y avait nul besoin d’une mesure de ce genre qui a eu pour effet immédiat d’affaiblir l’euro et de maintenir les taux d’intérêt en zone négative, au grand bénéfice de gouvernements surendettés: ceci inclut maintenant la France qui montre peu d’intérêt dans le pilotage de sa dette, quoi que prétende son gouvernement, laquelle atteindra bientôt les 100% de PIB.

Ni la croissance ni la baisse du chômage ne s’en sont suivi. Imiter le QE américain était une erreur classique consistant à réciter la partition des Stieglitz et Krugman qui, en dépit de leur Prix Nobel, n’ont pas rendu intelligente cette absurdité. Les solutions américaines ne marchent pas toujours en Europe.

Le QE2 sur l’euro n’est pas nécessaire parce que les taux d’intérêt ne relancent pas la croissance

Il n’y a donc aucune raison de lancer une seconde édition de la même erreur sous prétexte que la première n’a créé ni croissance ni emploi. La politique de Mario Draghi prouve qu’il est dogmatique dans sa certitude de relancer l’inflation, de stimuler la croissance et de créer des emplois.

Il n’y a pas d’évidence théorique ou pratique sur le fait que les taux d’intérêt pourraient produire ce résultat. Les problèmes de l’Europe ne sont pas financiers. Cependant, tout cela continuera à gonfler le bilan de la BCE en réduisant substantiellement les réserves dont la BCE aura besoin pour affronter les crises futures.

Les taux d’intérêt ne créent pas d’emplois

La présidente de la Réserve Fédérale Janet Yellen continue à se faire la chantre de l’emploi par le QE et attribue la baisse du chômage à sa politique monétaire. Les arguments qu’elle avance sont si faibles qu’ils sèment le doute sur la présence d’un capitaine à la FED.

Il est faux de croire que l’emploi repart grâce à une baisse des taux d’intérêt. Je n’ai jusqu’ici jamais rencontré un PDG soutenir que 25 points de base (0,25%) de taux d’intérêt changeaient sa décision d’investir et de le faire au pays pour créer des emplois.

Les bénéficiaires de cette politique sont essentiellement les gouvernements, qui empruntent à des taux d’intérêt qui ne couvrent pas le risque, et les banques qui ne réduisent pas leurs taux de crédit, mais se réjouissent de fonds pas chers.

Les taux bas spolient les épargnants

La vérité est que les banques centrales ne se soucient pas des acteurs économiques qui ont besoin d’un retour sur investissement. Pas plus que le FMI qui a incité la Fed à temporiser.

En agissant de la sorte elles diminuent les rendements sous les niveaux de risque, et les retraités ne savent plus comment ils peuvent vivre des misérables rendements qu’ils parviennent à arracher. Pendant que la situation met les Etats-Unis en difficulté, la Banque Centrale Européenne est responsable de taux d’intérêt négatifs et même la France, qui court à sa perte, emprunte pour 10 ans à 1%. Elle l’a nié dans une étude récente.

Il est contre-productif de priver les épargnants des rendements normaux pour inciter les banques et les gouvernements à emprunter. Il est dangereux d’affaiblir les compagnies d’assurance et les fonds de pension en leur refusant un rendement sur le risque de leurs portefeuilles. Tout ceci conduite à une course à la rentabilité seulement possible par la prise de risque excessif qui rend le système vulnérable.

traduction eric verhaeghe.
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