L’équilibre des comptes ne sera pas au rendez-vous, par Vincent Fromentin

Le Saint Esprit semble bien avoir touché toutes les têtes cette semaine. Selon un dernier sondage Ifop pour Le Parisien, le raz-de-marée Macron escompté pour les élections présidentielles pourrait assurer au Président une majorité absolue à l'Assemblée. Pour autant, le Président christique devra en convaincre plus d'un lorsque l'on sait les perspectives économiques envisagées par les experts.

La Cour des Comptes a rendu public la semaine dernière son rapport sur le budget de l’État en 2016 dans lequel elle pointe du doigt le bilan critiquable de l'ère Hollande. Si le déficit affiché en fin de quinquennat est inférieur aux prévisions de la loi de finances initiale et de la loi de programmation pluriannuelle des finances publiques 2014-2019, il résulte d'un bidouillage avec les comptes spéciaux. Et les sous-budgétisations ainsi que les dépenses nouvelles engagées dès la fin de 2015 laissent planer de fortes "incertitudes"  à court et à moyen terme sur la trajectoire budgétaire.

Pour la Cour des Comptes, l'exercice 2016 est une "occasion manquée" : "le contexte propice que constituaient la baisse de la charge de la dette et la forte réduction des prélèvements sur recettes a été insuffisamment mis à profit pour progresser dans le rétablissement des finances de l’État. À l’inverse, cet exercice se caractérise par l’émergence de facteurs d’accélération durable de la dépense qui sont susceptibles de compromettre à court et à moyen terme le retour à l’équilibre des comptes."

Renaud Honoré dans Les Échos dans ce contexte assure, citant certaines sources, que la trajectoire budgétaire tendrait plutôt vers 3,2 % du PIB en 2017, nécessitant de trouver 4 à 5 Md€ d'économies pour revenir sous le seuil des 3 %. Un constat inquiétant qui risquerait de fragiliser la confiance à établir avec nos voisins européens.

Concernant le respect de l’objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam), selon un avis du comité d’alerte sur l’évolution des dépenses d’assurance maladie en date du 31 mai dernier, si les dépenses restent en progression (+1,8%), elles se révèlent inférieures à l'objectif fixé (-19M€) à 185,2 Mds€. 

Cet article est rédigé par Vincent Froment pour La Lettre de Galilée. 

Et les réserves sur les crédits hospitaliers de l'ONDAM (602 M€), le médico-social (145 M€), le FIR (35 M€), ainsi que d'autres dotations (10 M€) "apparaissent suffisantes aujourd’hui pour sécuriser le respect de l’objectif de dépenses d’assurance maladie pour 2017".

Pas d’alerte donc qui nécessiterait des mesures de redressement fortes. Mais pour les hôpitaux, l'ardoise est salée et l'Ondam est jugé intenable. Les hôpitaux doivent supporter une hausse des charges sur laquelle ils n'ont pas de maîtrise en raison de la revalorisation du point d’indice des fonctionnaires (0,6 point en juillet 2016 et 0,6 en février 2017) et des hausses de salaire catégorielles généreusement attribuées par le quinquennat sortant. La Conférence des directeurs généraux de CHU a publié un communiqué le 15 mai dernier en appelant au Président nouvellement élu afin de "trouver une solution à la crise annoncée provoquée par une campagne tarifaire qui met le monde hospitalier sous pression".

Une situation jugée délicate également pour les cliniques privées qui, comme le déplore Lamine Gharbi, le patron de la FHP, doivent faire face à des déficits pour plus de 30 % d'entre eux. En vingt ans, le nombre de cliniques privées a diminué de moitié.

Dernier paramètre alarmant également : la poussée des dépenses de santé en raison de l'augmentation des maladies chroniques et des ALD. La CNAMTS a présenté une analyse médicalisée des pathologies et du recours aux soins en France pour l'année 2015 : dans cette étude, rétrospective et prospective, 580 000 personnes supplémentaires auraient en 2020 au moins une maladie traitée au long cours, une maternité ou une hospitalisation ponctuelle par rapport à 2015.

Derrière l'apparente maîtrise comptable, la tempête des chiffres gronde. Et l'on ne vous parle que des chiffres; pas de la souffrance du personnel.

 

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