Les bamboulas s’invitent dans la campagne présidentielle

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C’était prévisible: les violences dans les banlieues (ces contrées de “bamboulas”) s’invitent dans la campagne présidentielle, révélatrices, une fois de plus des maux qui rongent la France. Après une nuit de troubles à Bobigny, samedi, le flambeau est passé à Argenteuil cette nuit. Reste à savoir si les violences vont continuer et déborder les banlieues, ou si elles vont rester cantonnées dans les ghettos.

L’interpellation de Théo, ou les fragments d’une réalité occultée

Ceux qui font la parole dans les médias n’y mettent jamais les pieds, dans ces banlieues qui sont les vraies grandes muettes de la République. Ou alors ils y mettent les pieds lorsqu’il y a une agression ou une émeute, nourrissant consciencieusement l’image de violence qui lui colle à la peau. Pour le reste, franchir le périphérique vers la banlieue reste une vraie frontière intérieure, tout autant culturelle que sociale, que le journaliste ordinaire, titulaire de sa carte de presse et réputé fiable par le Decodex respecte scrupuleusement.

Il faut donc lire entre les lignes des récits commis à l’occasion des troubles à l’ordre public pour comprendre ce qui s’y passe.

Chronique des bamboulas ordinaires

Tout le monde a évidemment vu cette vidéo:

On y voit un délégué syndical (FO) national de la police, Luc Poignant, expliquer que, lors d’un contrôle d’identité, dire à un Africain “Bamboula”, “ça reste à peu près convenable”.

Les lecteurs de ce blog sont régulièrement alertés sur l’attitude incorrecte des forces de l’ordre dans leurs rapports ordinaires avec la population. Très régulièrement, les policiers adorent jouer aux cow-boys devant des gens sans histoire et laisser une paix royale aux jeunes racailles qui risqueraient de les malmener.

Au détour d’une phrase “manquée”, Luc Poignant a confirmé sans ambages le bien-fondé de ces pressentiments. Au lieu de jouer la paix sociale en achetant des Luc Poignant à force de petits cadeaux indus, la hiérarchie policière devrait faire son travail: lutter contre les délinquants et exiger de ses policiers qu’ils respectent les citoyens, même en cas de contrôle d’identité en banlieue. Mais cela suppose, il est vrai, que les commissaires pensent à leur mission avant de penser à leur carrière.

Aucune sanction prévue contre Luc Poignant

Tout de même, on a un policier: Luc Poignant, c’est-à-dire une personne investie de l’autorité publique, qui se livre à une apologie du racisme sur une chaîne de télévision. En plus il est délégué syndical.

Qui a évoqué une sanction disciplinaire contre ce syndicaliste, ses propos étant clairement détachés de son mandat syndical?

Personne. On prend les mêmes et on recommence. On brosse FO dans le sens du poil, parce que FO peut rapporter des voix aux prochaines élections. Petite chronique des combinazioni ordinaires d’une République décadente, donc, où l’on troque le respect de nos valeurs démocratiques contre quelques bulletins de vote.

Les bamboulas et le fantasme du mouvement social

Face à la police, l’opinion “bobo” dresse une autre forme de chosification des étrangers, qui s’appelle le mouvement social. Dans les banlieues, la violence serait autorisée, car expression d’une révolte contre un ordre injuste de la société. Pour penser cela, il faut effectivement avoir une vision romantique des racailles qui y sèment la terreur et surtout il faut soigneusement éviter de mettre les pieds au-delà du périphérique.

Il suffit de lire le récit du sauvetage d’une fillette de six ans à Bobigny samedi pour le comprendre:

« J’étais en train de m’éloigner de la manifestation parce que ça partait en vrille. Une voiture était là et des jeunes qui avaient mis le feu à une poubelle ont collé la poubelle au pare-choc de la voiture. Il y a eu un mouvement de foule qui fait que la voiture était prise à partie et entourée par beaucoup de jeunes. Ils se mettent à la pousser alors qu’il y a des enfants dedans. A l’intérieur, une jeune femme, pétrifiée, voit de la fumée noire sortir du capot. Elle va avoir un sursaut, sortir de sa voiture, prendre un enfant pour ne pas qu’il s’intoxique et, dans la précipitation, je suppose qu’elle a dû laisser la petite fille.

La fumée devient super dense et des petites flammes commencent à sortir du capot. Au bout de quelques secondes, je suis parti chercher la petite avec un peu d’hésitation j’avoue. J’avais peur, c’est la première fois que je me retrouve dans une situation comme ça. Je [la] sors, j’essaye de courir mais un mortier explose à deux mètres de nous. Dix secondes après, les policiers répliquent avec des tirs de gaz lacrymogènes. »

Malmener une mère seule dans sa voiture avec ses deux enfants en bas âge… au risque de carboniser une fillette. Vive la sociale! Belle révolte contre l’injustice du capitalisme.

La surdité de nos dirigeants sur la question des banlieues est létale

Entre ceux qui veulent “karchériser” des quartiers qui aspirent le plus souvent à une vie sans histoire, et ceux qui voient pousser des emblèmes là où la pègre agit, les banlieues françaises sont bien mal entourées. Ce serait tellement plus simple de poser un principe simple: l’égalité du service public partout en France, c’est-à-dire autant de fonctionnaire par habitant, autant de dépense publique par habitant, sur n’importe quelle portion du territoire.

Parce qu’on n’a pas dit clairement que les banlieues en souffrance aujourd’hui sont sous-administrées et sous-équipées par rapport à la Corrèze et à une multitude de départements ruraux.

Une fois de plus, la violence de rupture pousse là où la politique refuse obstinément d’entendre les problèmes et d’y apporter les réponses qui conviennent.

Fillongate contre Théogate, qui gagne?

D’un côté, d’interminables considérations médiatiques sur les affaires de François Fillon et de sa famille. Il est nécessaire que la transparence se fasse, mais enfin, là, on est loin du débat politique. De l’autre côté, une caste dirigeante qui refuse obstinément d’aborder avec lucidité la question du maintien de l’ordre et de la sécurité. Entre les deux, des citoyens qui pratiquent le “dégagisme” et des racailles qui cassent les vitrines.

Y aurait pas comme un problème de “management” en France? Mais… la campagne électorale continue comme si de rien n’était.

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1 commentaire sur Les bamboulas s’invitent dans la campagne présidentielle

  1. Trouvez-vous convenable de mettre en titre le terme “Bamboula” ?
    Que des policiers insuffisamment formés dérapent et communiquent dans le registre
    des insultes avec certains citoyen, ce n’est pas acceptable, mais cela peut se comprendre.
    Cependant, quand vous choisissez de mettre en exergue un tel titre, vous alimentez les clichés
    et les dynamiques de stigmatisation d’une catégorie de la population française !
    Vous avez certainement besoin d’une formation sur ces sujets là, sur ces mécanismes psychosociaux.
    Je trouve cela déplorable que des médias alimentent ces phénomènes, là, vous y concourrez activement !
    A bon entendeur.

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  1. Les bamboulas s'invitent dans la campagne pr&ea...

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