Les premières victimes du Royaume-Désuni

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Quelles délocalisations ?

Avec 1,2 millions d’emplois concernés, Londres reste la capitale financière européenne, même si le pôle de régulation financière européenne s’est développé à Francfort. En tout, les délocalisations dans l’industrie financière londonienne pourraient concerner 100 000 emplois (soit 8%). Plus généralement bien sûr, le Brexit touchera les millions d’expatriés travaillant au RU (les Polonais particulièrement visés, les Français,…).

Surtout, la plupart des projets de développements au RU vont être mis au placard le temps d’y voir plus clair. Un risque pour l’Europe serait que Londres accentue son caractère de plateforme offshore. Le blanchiment et le dumping fiscal, déjà pratiqués avec les dizaines de confettis de l’empire britannique, pourraient devenir hors de tout contrôle européen.

Le Lloyd’s affirme que cela ne changera pas dans les 2 ans. Or, quitter l’UE signifie la sortie du cadre des directives, notamment S2, touchant la réassurance. Hors UE, et sauf traité spécial non encore en vue, une réassurance n’est admissible que si elle est assortie d’une garantie (dépôt titres ou espèces).

Certains opérateurs vont déplacer leur siège européen (parmi d’autres, Hiscox a indiqué envisagé déménager dans l’UE). D’autres (J.P. Morgan, HSBC,…) vont réallouer partiellement leurs effectifs vers le continent.

Des options politiques à tiroir :

–          Le RU peut sortir totalement, demander une adhésion type seulement AELE (Suisse) ou de manière plus intégrée économiquement EEE (Norvège, Islande, Lichtenstein). Le Parlement britannique pourrait même ne pas demander à sortir de l’UE puisque le référendum n’est que consultatif !

–          Le RU peut exploser (Ulster rejoignant la République d’Irlande, Ecosse demandant l’indépendance et le maintien dans l’UE), ou pas.

–          Dans d’autres pays européens (Pays-Bas, Danemark, Tchéquie,…France), les mouvements populistes demandent également leur sortie de l’UE. Certaines régions (notamment la Catalogne dans un contexte d’absence de majorité gouvernementale en Espagne) sont également tentées par l’autonomie.

–          Le calendrier est incertain. Le Premier ministre jusqu’à la rentrée indique qu’il appartient à son successeur (pas forcément Boris Johnson) de négocier les modalités de divorce, ce qui renvoie en pratique à octobre, alors que des eurocrates voudraient démarrer aujourd’hui les discussions.

–          L’UE est à nouveau tiraillée entre approfondissement « fédéraliste » (notamment avec un gouvernement économique et de sécurité) et simple libre échangisme (et un principe de subsidiarité).

–          Beaucoup d’« eurocrates » souhaitent par vengeance (mauvaise conseillère) faire payer le RU par un accord pénalisant. Or, cet accord serait également au détriment des 27 membres restants, que ces eurocrates sont supposés défendre.

Impacts économiques et financiers

Le plongeon boursier de 11% en 2 séances de vendredi 24 et de lundi 27 (environ 2500Md€ en volume mondial, le plus important de l’histoire) et les études d’impacts (y compris celles des banquiers centraux) montrent que le Brexit aura bien un impact sur l’industrie financière française. Il est clair que notre balance commerciale, avec une Livre affaiblie et de nouveaux droits de douane, sera pénalisée. Plus incertain est l’impact à long terme sur les taux. A court terme, on pourra constater un élargissement des spreads entre le Bund et certaines obligations du « Club Med ». Le TEC 10 est lui passé de 0,42% à 0,34% vendredi.

Le groupe le plus touché est Aviva (et dans une moindre mesure Prudential). L’action Aviva est en effet passée de £4,45 jeudi à £3,46 lundi, avec une Livre qui a baissé de 1,3€ à 1,2€. En 2 jours de cotation, le groupe a ainsi perdu 28% de sa valeur exprimée en euros. Mais les autres groupes européens ont évidemment souffert. AXA a perdu plus de 30% de sa valeur, mais en remontant au début de l’année et sans que l’on puisse incriminer les effets de change.

Les spéculateurs les plus optimistes pourront acheter au son du canon pour revendre au son du clairon?

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