Les syndicats de salariés et la COP 21 : les prises de position (II)

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Alors que la COP 21 vient de débuter, nous vous proposons de revenir sur le rôle joué à cette occasion par les cinq principaux syndicats de salariés. Après avoir identifié les différents acteurs qui prennent en charge ce dossier, nous vous propons de détailler leurs prises de position. Pour les responsables syndicaux, la lutte contre le réchauffement du climat signifie-t-elle la décroissance ?

Une intervention aux marges de l’action publique

Les syndicats de salariés ne sont pas au coeur du processus décisionnel de la COP 21, comme le précise le responsable FO en charge du dossier : “Nous ne participons pas aux négociations inter-étatiques qui visent à définir les seuils de réduction des émissions de gaz à effet de serre. En revanche, nous cherchons à peser de tout notre poids afin que le socle revendicatif de la CSI [la confédération syndicale internationale] soit pris en compte par les gouvernements”. Ce socle comprend notamment les mesures sociales destinées à accompagner la reconversion économique de l’appareil productif. “La transition écologique ne doit pas se faire au détriment des salariés”, prévient-on du côté de la CGT.

Concrètement, l’enjeu pour les représentants des salariés est d’obtenir une intégration des mesures sociales au corps du texte qui sera signé par les dirigeants des Etats. C’est ce qu’explique Force Ouvrière : “Nous voulons que le volet social de la transition écologique ne soit pas une simple annexe du texte qui ressortira de la COP 21, mais qu’il soit au contraire pleinement intégré à ce texte”. Ceci lui confèrerait une légitimité bien supérieure. Les lourdes incertitudes qui entourent cette éventualité en disent toutefois long sur les difficultés rencontrées par les dirigeants syndicaux français et internationaux afin de se faire entendre dans le cadre de l’élaboration des politiques mondiales du climat.

Un consensus : repenser la croissance économique

Pour la CGT, la COP 21 est l’occasion de réaffirmer la nécessité de changer profondément de modèle de développement : “Cela fait près de trente ans que nous parlons de développement humain durable. Il ne faut pas simplement se cantonner à la question de l’énergie, il faut également imaginer des modes de production et de consommation radicalement nouveaux”. S’agirait-il d’évoquer la décroissance ? “Nous ne sommes pas sur cette ligne”, répond FO sans détour. La CFE-CGC partage la même position, reprenant à son compte l’idée selon laquelle la transition écologique est une “opportunité pour soutenir la croissance économique, créer des emplois durables, et développer de nouvelles filières.”

Selon la centrale de l’encadrement, cette réorientation de l’économie serait en outre l’occasion d’associer plus directement les salariés à la marche des entreprises. “Il faut être réaliste : lutter efficacement contre le dérèglement du climat suppose que chacun se saisisse de l’enjeu. Au niveau des entreprises, seule une démarche de type RSE, associant les salariés à la prise de décision, peut permettre de trouver des solutions et surtout de les appliquer”. En préconisant le développement de la formation professionnelle, afin de favoriser l’émergence de nouveaux métiers, la CGT et FO défendent, à leur manière, une position proche : une réorganisation économique qui n’impliquerait pas les salariés serait vaine.

Les complexités de l’action immédiate

En-deça de ces considérations consensuelles sur la restructuration de l’appareil productif, les représentants des salariés estiment en choeur qu’il faut agir dès à présent. Force Ouvrière s’inquiète en particulier des difficultés à prendre en charge les conséquences sociales du réchauffement du climat qui sont d’ors et déjà observables : “Dans certains pays, les températures sont de plus en plus difficiles à supporter pour les travailleurs. Il y a également des tempêtes ou des tornades qui mettent en péril les salariés.” Le responsable FO conclut : “Dans ces conditions, les démarches de type compte-pénibilité devraient se diffuser plus rapidement.” Les employeurs apprécieront sans doute cette idée…

Non sans originalité, la CFTC souligne de son côté que le gouvernement est loin d’être irréprochable dans le domaine de la lutte contre les gaspillages d’énergie. En libéralisant le travail en soirée et le dimanche, et notamment dans les grands centres commerciaux, largement illuminés et climatisés, la loi Macron ne va pas dans le sens de la transition écologique. On pourrait en dire autant du développement du transport par autocar. Et que penser de l’aéroport Notre-Dame-des-Landes ? “Nous n’entendons pas donner un avis sur chacun de ces sujets”, estime le responsable de Force Ouvrière, qui poursuit : “Nous ne sommes pas un parti politique, nous défendons l’intérêt des salariés”. C’est là toute la difficulté de la position syndicale.

Même dans le cas des mesures qu’ils condamnent – comme le travail dominical – les syndicats demeurent tenus par le système productif actuel. Et accessoirement, par le fait qu’ils comptent beaucoup d’adhérents issus d’activités polluantes.

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