« L’Europe n’est pas menacée », le plan de Juncker

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Cet article provient du site La Gazette de l’Assurance.

 

Jean-Claude Juncker, président de la Commission Européenne, a prononcé le 14 septembre son discours sur l’état de l’union*.

Les messages sont partis tous azimuts, et en 3 langues, donnant un parfum de tour de Babel. Après l’annonce du Brexit (seul le Royaume Uni a déposé l’anglais comme langue de l’UE), la version officielle sur le site** est en allemand (« Rede zur Lage der Union »). Certains y verront le signe d’une Europe allemande, rêve (ou cauchemar pour ses victimes) du 3ème Reich.

Qui veut 315Md€ ?

Des sujets massifs ont pu être abordés par Juncker comme son plan d’investissement éponyme qui passera de 315Md€ à 630Md€ d’ici 2020. Ce montant n’est guère crédible quand on sait que seuls 115Md€ ont été réalisés à ce jour, via la Banque Européenne d’Investissement***. Au moins cela confirme que l’UE n’envisage pas de relance keynésienne (par dépense publique) mais des investissements à cibler.

Ces 630Md€ viennent interférer avec les financements privés (notamment bancaires) dans de conditions de concurrence déloyale puisque bénéficiant du soutien de l’UE. Rajoutés aux 80Md€ injectés mensuellement par la BCE, cela va finir de dérégler le fonctionnement de l’économie au lieu de la faire repartir.

Juncker surpasse Prévert

D’autres sujets, les plus hétérogènes, ont été abordés, laissant l’inventaire de Prévert loin derrière celle de J. C. Juncker. Florilège :

–          Lutte contre le dumping fiscal (en référence à l’amende contestée d’Apple). Il est vrai que l’ancien Premier ministre du Luxembourg est particulièrement connaisseur (Luxleaks, dumping fiscal,…),

–          Le pantouflage chez Goldman Sachs de José Manuel Durão Barroso, auquel il a succédé à la fin de 2014,

–          L’afflux des réfugiés. Malgré le désastre électoral induit pour A. Merkel, J.C. Juncker ne remet pas en cause Schengen. La réponse de Juncker est un plan pour l’Afrique (comme si la Syrie en faisait partie) et l’annonce d’un nouveau corps européen de garde-frontières et de garde-côtes,

–          Les non élargissements (Ukraine et Moldavie) ou le flou sur l’intégration des républiques de l’ex Yougoslavie, non encore membres de l’UE,

–          L’investissement dans la jeunesse, les demandeurs d’emploi et ses jeunes entreprises innovantes. J. C. Juncker promet l’internet sans fil d’ici 2020 dans tous les villages d’Europe,

–          La COP21, la mutualisation de la défense européenne, la juste rémunération des auteurs,…

Bref, l’étendue des sujets continue de contrevenir au principe de subsidiarité. L’affirmation du pouvoir bruxellois, comme quoi le Brexit ne remettrait pas en cause le projet européen, ne peut qu’exacerber les tensions avec les nationalistes, qui ne se considèrent pas entendus.

Rendez-vous à Bratislava

Pourtant, avec le Brexit et la remise en cause de fait de Schengen, des observateurs avisés prônent une réforme de l’UE. Par exemple, J. E. Stiglitz (prix Nobel d’économie) vient d’exposer sa liste des changements à mettre en œuvre pour la BCE, condition sine qua non de la pérennité du système de l’euro.

L’objectif de Bruxelles était aussi de désamorcer la réunion de Bratislava (les 27 membres de l’UE sans le RU) de vendredi 16 septembre. Bratislava**** est au cœur du groupe contestataire de Visegrád*****. Ce sommet européen abordera bien la réforme de l’UE après Brexit, avec des sujets comme la défense commune. Ce thème était bloqué par le RU, sous-marin des USA, qui souhaitent garder leur suprématie via l’OTAN.

*L’expression « State of the Union address » vient du discours de G. Washington du 8 janvier 1790.

**http://ec.europa.eu/priorities/state-union-2016_fr

*** Chiffres à fin 2015 de la BEI sont disponibles sur http://www.eib.org/about/key_figures/data.htm

****Bratislava (Prešporok en slovaque) est aussi connue sous le nom de Presbourg (pour les habitués du quartier de l’Etoile), Pozsony en hongrois, ou Preßburg, puisque l’allemand semble reconquérir l’UE.

*****Le groupe de Visegrád (Pologne, Tchéquie, Slovaquie, Hongrie) a été constitué pour peser comme ancien bloc de l’est. Il s’est opposé aux vagues migratoires.

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1 commentaire sur « L’Europe n’est pas menacée », le plan de Juncker

  1. Nous n’avons pas les même valeurs ! Il y a ceux qui sont sous les phares et ceux qui travaillent dans l’ombre. Je ne sais pas si on choisit, ce que je sais, c’est que l’Europe des marchands est foutue et ça, ça nous fait plaisir. L’argent a démontré son incapacité à gérer, gouverner, innover, créer, inventer, C’est tout négatif, mais c’est l’argent et nous savions que ça rend stupide. Maintenant il appartient aux vivants de montrer de quoi ils sont capables. Nous avions pensé à une confédération de peuples et nations, ça rendra ceux qui seront sous les projecteurs infiniment plus attentifs aux désirs et souhaits des autres. Car, une confédération est beaucoup plus fragile qu’une fédération. De plus, pas question de hiérarchie, les habitants de l’espace européen seront les créateurs de cette Europe là. Nous avons appris au cours du temps que le travail est une dimension nécessaire à la formation de l’être humain et que c’est la fraternité qui définit justement les humains.
    Il suffit, j’en ai assez dit. Vous voyez que nous n’avons pas les mêmes valeurs !

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