L’Europe, nouvel empire éclaté 

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Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, a déclaré le 25 novembre qu’une monnaie unique n’a pas de sens si Schengen s’effondre.  Ce qu’il sous-entend est bien sûr que la construction européenne repose sur la libéralisation des mouvements de capitaux, de personnes et de marchandises, qui forment un ensemble.

Les politiques n’ont pas voulu trancher entre le « devoir humanitaire » de recueillir les réfugiés et la construction européenne (dans son volet Schengen, mais aussi dans son ensemble si on comprend M. Juncker). Or certains pays, ne pouvant pas supporter économiquement -mais aussi culturellement- cette immigration massive, reconstituent des barrières. On comprend pourquoi certains pensent que la construction européenne aurait dû commencer par la culture.

Hélène Carrère d’Encausse* avait prédit en 1978 la fin de l’Union Soviétique dans son ouvrage « L’Empire éclaté », pensant que les minorités musulmanes auraient raison de l’idéologie centralisatrice. Le parallèle apparait aujourd’hui avec l’Europe dont la structure en couches d’oignon (Conseil de l’Europe, Union Européenne, zone euro,…) risque de faire pleurer si on l’épluche.

Le scénario d’éclatement des structures européennes

On empile des directives (directive intermédiation en assurance encore cette semaine) et des structures bureaucratiques européennes dans la finance (Union bancaire, MSU, MRU, SGD**,  Comité budgétaire européen,…), sans avoir les bases de convergences (budgétaire, fiscale, économique,…). Faut-il s’étonner qu’en ayant mis la charrue avant les bœufs, l’attelage européen peine à avancer ?

En menaçant les Etats de la disparition de l’Euro, Juncker pense leur faire suffisamment peur pour que les Etats arrêtent de poser des barbelés. Or, sa culture est celle du Luxembourg***, pays des fonds d’investissements qui profitent des échanges financiers permis par l’existence de l’Euro. D’autres pays européens ne souhaitent (comme le Royaume-Uni) ou ne peuvent disposer de l’euro (seuls 19 pays sur 28 font partie de la zone euro). Et même certains émettent des doutes sur la pertinence de l’euro (montée des eurosceptiques en France, en Pologne, au Portugal, mais aussi au Royaume-Uni, et même en Allemagne qui freine le projet de Schéma de Garantie des Dépôts bancaires).

La Banque Centrale Européenne fait le maximum pour plaire aux Etats. En octroyant toujours plus de liquidités, elle permet aux Etats de ne pas faire les réformes structurelles et budgétaires nécessaires. Comme toute addiction, le problème sera au moment d’en sortir (remboursement des prêts consentis aux banques et remontée des taux). De plus, les banques centrales sont pro-cycliques : la réserve fédérale va remonter les taux en fin de phase de croissance aux USA, et la BCE va doper les liquidités alors que l’ « alignement des planètes » (euro/dollar faible, pétrole bon marché, taux dérisoires) n’a jamais été aussi favorable à l’économie.

On assiste simultanément à des surenchères verbales (discours de « guerre »), nationalistes (construction de nouveaux murs), législatives européennes (directives à tout va : BRRD, Sepa, DII, Target2, ….), monétaires (assouplissement du Quantitative Easing prévu pour la réunion de la BCE du 3 décembre alors que le contexte n’a jamais été aussi favorable),…

Au lieu de structurer l’Europe, toutes ces inflations de mouvements browniens contradictoires engendrent du désordre (de l’entropie et donc –on le sait depuis la thermodynamique de Sadi Carnot- de la montée de chaleur inutilisable). La construction européenne est ainsi menacée d’une explosion par rejet populaire. La finance ayant tout intérêt à l’apaisement général, espérons que M.Juncker arrête la surenchère, pour ne pas subir la destinée de Charles Quint***.

* née Zourabichvili, dite Carrère d’Encausse (en réalité DENCAUSSE, du nom du beau-père assureur),  Secrétaire perpétuel de l’Académie française.

* Mécanisme de Supervision Unique, Mécanisme de Résolution Unique, Schéma de Garantie des Dépôts

**Charles Quint portait enfant le titre de duc du Luxembourg. Il a acheté (avec l’argent de Jacob Fugger) les princes électeurs pour devenir empereur. Découragé de ne pas réaliser sa construction européenne, il a fini par abdiquer en 1555 et 1556.

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