Les libéraux parlent aux libéraux

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Cet article provient du site La Lettre de Galilée et a été publié le 11 octobre 2016 par Vincent Fromentin.

C‘est encore la rentrée. “Les” rentrées devrait-on dire. Chacun y va de son sondage pour tenter de faire peser la santé -et ses intérêts-  dans le débat pour les présidentielles. Nous osions poser la question la semaine dernière : pourquoi rien ne change jamais ? Mais tout le monde connaît la réponse ! Pour traîner ses savates dans les colloques, les thinktanks et autre universités d’été, on y croise toujours les mêmes vieux cons ! Et quand un rusé sophiste comme Macron vous sort deux paradoxes et une solution à venir, tout le monde opine du chef d’un air entendu. Le système produit un trublion plaisant et rhéteur pour pouvoir perdurer coûte que coûte…

Aujourd’hui, on secoue les wagons de temps en temps pour faire croire que le train roule toujours, mais notre modèle social en crise implosera de lui-même face à l’ubérisation de la santé et aux Big Data.

Intéressons-nous tout de même à ce qu’il se dit. Nicolas Sarkozy, en déplacement à Franconville le 19 septembre dernier dans le Val d’Oise, a annoncé un grand plan pour la médecine libérale. On est sauvés. Lui aussi pense que “ne rien faire, se contenter d’esquiver et c’est tout notre système social qui va exploser“. Dans Le Figaro, “l’accent de cette loi doit être mis sur la médecine libérale. “Je n’accepterai jamais la disparition de la médecine libérale. C’est une ligne rouge à ne pas franchir”, insiste-t-il. À l’intérieur de ce cadre, le candidat insiste sur la revalorisation de la rémunération des médecins, les conditions d’exercice, l’allègement des paperasseries. «On va finir par en crever, des normes, des rapports, de demandes en dix exemplaires!», commente le candidat. «Il faut alléger tout ça pour que vous retrouviez du temps médical.» La remarque accueille l’assentiment de ses interlocuteurs, en blouse blanche, qui chiffrent à “30%” le temps passé à remplir des documents administratifs“. Au-delà de l’abrogation du tiers-payant, Nicolas Sarkozy souhaite proposer un hôpital sur le modèle des universités pour “qu’ils choisissent eux-mêmes la durée hebdomadaire du travail, le nombre de lits, leurs médecins“. Il sait à qui il parle. C’est son électorat. Ce n’est pas à un vieux singe qu’on apprend à faire des grimaces.

Tous les candidats à  la primaire de droite s’étaient pressés à Marseille pour le Congrès du Syndicat des Médecins Libéraux (SML) qui se réunissait le week-end dernier, les 23 et 24 septembre. Certainement que le climat était meilleur qu’à Reims où se tenait le 12ème Congrès des Régions de France… Nathalie Kosciusko-Morizet, François Fillon, Jean-François Copé avaient fait le déplacement. Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et Bruno Le Maire y avait dépêché leur tambour de ville.

Pour mettre l’eau à la bouche : un sondage qui révèle que “57 % des Français orienteront leur vote en fonction des positions des candidats sur la politique de santé” avec 3 priorités électorales : la prévention (86%), la simplification (80%) et les nouvelles technologies (65%). Las.

Le SML a remis aux candidats un document d’une vingtaine de pages qui décrie (sans “t”) l'”hospitalo-centrisme français” et un “système hyper-administré“. Il y dénonce “la proportion exceptionnellement faible au sein de l’OCDE du “reste à charge” des ménages à payer sur les dépenses de santé, 7% en France contre 19% en moyenne” malgré une hausse des dépenses de santé qui “ont continué à augmenter en France plus que le PIB“. Conclusion : “la bascule de l’hôpital vers la ville doit être rapide, les financements et les moyens à la hauteur de cet enjeu.” Le virage ambulatoire n’est toujours pas au rendez-vous. Et l’ONDAM doit être “revisit锑 pour permettre cette évolution…

Sur la désertification de la médecine générale en France, “le désamour des médecins Français pour la médecine installée en est un autre marqueur. L’inflation des textes législatifs qui depuis les années 1990 tendent à favoriser l’hôpital au détriment de la médecine de ville est une cause de ce désamour. Rien dans les études ne prépare à faire le choix positif de la médecine libérale car mis en valeur beaucoup trop tard dans le cursus universitaire.” Dont acte. Les libéraux proposent ainsi la mise en place d’un contrat intergénérationel, le contrat de succession solidarité active, pour les médecins généralistes souhaitant transmettre le flambeau. Espérons qu’il rapporte un peu plus que le revenu de solidarité active… Sur la télémédecine et la e-santé, “un vent de liberté est urgemment nécessaire : il faut faire confiance aux professionnels de santé libéraux, ne plus les entraver, leur donner les moyens financiers d’investir dans la télémédecine : telles sont les conditions nécessaires pour répondre aux défis de demain d’un réel virage ambulatoire et numérique.

Vendredi dernier, c’était au Centre National des Professionnels libérales de santé (CNPS), présidé par Philippe Gaertner, de tenir sa réunion de rentrée. Les candidats étaient là pour écouter les propositions des libéraux. Peu ou prou les mêmes têtes : David Cormand, pour EELV, Marie-Christine Favrot pour l’UDI, ainsi que les deux représentants des candidats à la primaire de droite en tête dans les sondages : Jean Leonetti pour Alain Juppé et Philippe Juvin pour Nicolas Sarkozy. Toujours pas de PS…

En amuse-gueule de sondage, on apprend que les libéraux sont à 94% inquiets sur l’avenir de l’organisation des soins en France. On y apprend en substance qu’aucune des réformes mises en place jusque-là n’est satisfaisante. Les professionnels de santé libéraux veulent plus de sous (72%), alors que les Français se foutent de leur fin de mois (27%). Les Français préfèrent en priorité avoir un médecin à proximité (66%), si possible un hôpital. Et ils veulent une qualité des soins améliorée (57%). Logique.

Par contre, les professionnels libéraux, eux, se foutent des maisons de santé (26%). Là où les libéraux et les Français se rejoignent, c’est qu’ils portent tous deux un “regard désenchanté” sur le débat électoral.

Le CNPS a également produit un document qui reprend trois priorités pour “gagner la bataille de la santé” :

  • une gouvernance basée sur plus de “confiance” : réintroduire les libéraux dans les discussions (conventions, pilotages des politiques et du financement, démocratie sanitaire, etc.), réglementer et auditer les réseaux de soins.
  • construire l’offre du XXIème siècle : réformer les textes accumulés depuis HPST afin de simplifier toutes les strates administratives, soutenir la coordination des soins de proximité ai de préserver le maillage territorial.
  • donner la priorité aux soins de ville libéraux en revisitant l’ONDAM (“asymétrique pour les soins de ville”) rémunérer les professionnels pour les tâches administratives.

Les libéraux sont un électorat réputé de sensibilité politique à droite. Et on comprend, après le carnage de Touraine, pourquoi aucun candidat de gauche ne s’était risqué à être présent. Après ce désamour profond, c’est peine perdu pour regagner l’électorat… Ou quand les libéraux parlent aux libéraux

Les candidats, tout du moins ceux de droite, ont donc tous les éléments en main pour lancer de vastes chantiers de réforme. Mais le feront-ils ?

En attendant Godot, Marisol Touraine, la carte “Vitale” de Hollande, comme dirait Emmanuel Berretta dans Le Point, défend l’ouverture aujourd’hui de sa salle de shoot

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