Macron rattrapé par la crise de la confiance légitime qui frappe les institutions françaises

La France connaît depuis plusieurs années une profonde crise de la confiance légitime que ses citoyens devraient porter à leurs institutions. Celle-ci se traduit par un rejet systémique des politiques majoritaires. Macron en est à son tour victime et devrait connaître quelques difficultés au cours de son mandat à cause d’elle… sauf s’il prend le taureau par les cornes pour y remédier. 

La confiance légitime dans les institutions est une notion mal connue en France. Elle occupe une place bien plus importante en Allemagne, et l’Union Européenne a fini par s’en emparer. 

Cette notion est étroitement liée au principe de sécurité juridique et de stabilité réglementaire. Dans l’esprit de la confiance légitime, les citoyens doivent pouvoir faire confiance aux lois et aux règlements pour encadrer la société. Ces textes doivent être stables et protecteurs. Ils ne peuvent changer au gré des opportunités politiques ou partisanes. C’est la condition pour que les citoyens reconnaissent la légitimité des lois et du législateur. 

Pourquoi il y a une crise de la confiance légitime en France

L’ordre juridique français est à rebours de la confiance légitime. Le changement annuel et constant de règles est même au cœur des choix politiques au fil des majorités qui se succèdent. 

Il suffit de prendre l’exemple de la fiscalité sur les hauts revenus et sur le travail pour le comprendre.

A l’époque de Nicolas Sarkozy, le bouclier fiscal était destiné à contourner l’impôt sur la fortune sans le supprimer. La défiscalisation des heures supplémentaires visait à encourager le travail. A peine arrivé au pouvoir, François Hollande a complètement démonté cette politique en refiscalisant les heures supplémentaires et en inventant une tranche jugée confiscatoire sur les plus hauts revenus. L’arrivée d’Emmanuel Macron annonce de nouvelles règles, avec une suppression de l’ISF, une taxation de l’immobilier et une suppression des cotisations salariale en échange d’une hausse de la CSG. Dans quelle mesure ces changements essentiels apparaissent-ils dictés par le souci de l’intérêt général, et non par le caprice d’un homme ou d’une équipe, qui pourrait tout autant faire l’inverse pour assurer sa réélection?

La réponse est dans la question.

Macron rattrapé par la crise de confiance légitime

L’effondrement d’Emmanuel Macron dans les sondages traduit bien le retour de boomerang pour le Président, de ses hésitations dans les réformes. L’opinion s’interroge désormais sur ce qui, dans l’exécutif, relève de la vision politique et de l’opportunité.

L’affaire de la taxe d’habitation a bien illustré les ambiguïtés macroniennes qui portent une atteinte létale à la confiance légitime. Officiellement, la hausse de la CSG au 1er janvier 2018 devait être compensée, pour ceux qui la subissent sans compensation, par une suppression de la taxe d’habitation. En soi contestable, cette mesure a vite eu du plomb dans l’aile, notamment faute d’un suffrage préalable suffisant. S’en est suivi une cacophonie sur le remplacement ou non de cette taxe supprimée par une nouvelle taxe, affaire non tranchée à ce stade. 

Beaucoup de Français avaient compris que la suppression de la taxe serait permise par une baisse de la dépense publique. Ils découvrent aujourd’hui que l’Etat n’aura jamais autant dépensé qu’en 2018. 

Dans cet ensemble, quelle confiance légitime peut-on apporter à la fiscalité dans sa version macronienne? En réalité, les règles sont tout aussi mouvantes, soumises à des arbitrages en opportunité, à des calculs politiciens à la petite semaine, que sous François Hollande ou sous Nicolas Sarkozy. 

Dès lors que l’opinion publique perçoit que les déterminants de la décision politique ne reposent pas seulement sur l’intérêt général, mais intègrent des facteurs partisans et fluctuants, la confiance légitime dans les institutions n’existe plus, et le pays devient ingouvernable. 

La balle est désormais dans le camp d’Emmanuel Macron. 

6 commentaires sur Macron rattrapé par la crise de la confiance légitime qui frappe les institutions françaises

  1. Vous avez oublié l’essentiel : l’augmentation de la CSG chez les retraités , analysée dans le numéro de l’hebdomadaire  » Le canard enchaîné  » du mercredi 28 février 2018 ; l’effet est désastreux , et se retrouvera lors des prochaines élections .

  2. Afin d’avoir une chance d’apurer les comptes de l’État et de sa monstrueuse dette, ce sont 1 à 2 millions de fonctionnaires et apparentés/collatéraux y compris comités Théodule, dont il faudrait se séparer dans les dix à quinze années à venir (pour rejoindre des emplois civils ou créer des entreprises), sans oublier la division par huit du nombre d’élus en tous genres, mais hormis le fait de sautiller comme des cabris (de Gaulle) ou pratiquer assidûment la danse de Saint Guy, la classe politique actuelle reste sur ses positions courageusement fermes de surtout ne rien faire.

  3. Macron n’a pas encore pris la mesure de ce qu’il impose aux retraités, comme s’il n’y avait que des retraités pleins aux as ! C’est oublier que les retraites versées actuellement sont bloquées au taux fixé au 1er janvier 2014, c’est-à-dire que nous entrons dans la 4ème année d’un nivezau de ressources qui n’a pas bougé d’un iota alors que les revenus des livrets d’épargne n’ont fait que baisser, et que tous les coûts de la vie incompressibles n’ont cessé d’augmenter. J’aimerais un peu que ces décideurs fassent un peu leurs courses sur les marchés découverts. La plupart des prix ont été multipliés par 2, 3 voir 4 fois ! Comment les faibles pensionnés peuvent-ils s’en sortir ? Même s’ils sont exonérés de CSG, leur vie est dégradée sans espoir qu’elle s’améliore sous Macron ! Alors s’attend-il qu’ils votent pour lui la prochaine fois ? Je crois qu’il rêve ! Parce que les retraités, eux, ne rêvent plus !

  4. Je suis toujours très étonné de lire la déception de tous ces commentaires: incroyable que autant de gens puissent croire encore aux promesses des politiciens. Combien de retraités ont voté Mac Ron et se plaignent maintenant comme si le petit envoyé du mondialisme allait s’occuper de l’intéret des francais: encore une fois fini de réver!

  5. Cette crise me parait profonde. Elle me semble se situer dans un point vous avez plusieurs fois abordé : la perméabilité entre la Haute Administration et le Pouvoir et les aller-retours permanents entre ces deux domaines. La Haute Administration a importé dans le Pouvoir, ce qu’elle a appris à faire : administrer. Mais elle a du mal a se projeter dans une vision prospective qui implique une prise de risque, ce qui devrait être le rôle d’une démarche politique.
    Où trouver quelqu’un capable à la fois de la hauteur de vue de De Gaulle et d’assumer les risques personnels de ses choix ? Où trouver des caractères capables ?
    S’il en existe sans doute dans la Fonction Publique, ils ont certainement du mal à émerger !!! Et pour cela ils doivent la quitter.
    Rompre les liens consanguins entre Politique et Fonction Publique est certainement une voie à explorer plus que la limitation du nombre de mandats. Mais comme l’Assemblée Nationale est faite de fonctionnaires détachés, une telle modification n’a aucune chance de passer. D’autant, qu’ils continuent à accumuler des droits de retraite….

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