Macron troque l’indépendance du parquet contre la liberté de la presse

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L’annonce d’une loi sur les fake news et sur la liberté de la presse par Emmanuel Macron lors de ses voeux aux journalistes continue à susciter de larges polémiques. Présentée comme une arme à dégainer en période électorale, cette loi devrait permettre d’interdire certains contenus sur Internet et de déréférencer les sites qui les publient. Les motivations profondes de ce texte restent à expliquer, car la campagne électorale des présidentielles a surtout été marquée par le manque d’indépendance du parquet. 

Le retour obsessionnel sur des détails est décidément le point faible essentiel d’Emmanuel Macron. Alors que le président de la République pourrait être beau joueur en se félicitant que le parquet ait réagi très rapidement sur l’affaire Fillon et très lentement sur l’affaire Business France ou sur l’affaire Ferrand, il préfère rejouer le match en pointant du doigt le rôle déstabilisant des Fake News. L’histoire mérite donc d’être reprise à froid. 

Les fake news n’ont joué aucun rôle dans la campagne électorale en France

Rappelons d’abord que les fake news n’ont joué aucun rôle dans la campagne présidentielle en France. On attend d’ailleurs ici que le Président de la République nous en cite une seule qui ait perturbé le jeu démocratique. 

C’est un peu cela qui inquiète d’ailleurs. La fake news est-elle un faux prétexte, ou bien, a posteriori, Emmanuel Macron souhaite-t-il assimiler indirectement toute révélation non voulue par le pouvoir à une fake news à combattre? Auquel cas, ce serait bien la liberté de la presse dans sa totalité qui serait visée…

La dépendance politique du parquet est bien plus inquiétante

Si un phénomène extérieur à la vie démocratique a perturbé les élections présidentielles de 2017, c’est plutôt un mal bien connu de nos institutions: le manque d’indépendance du Parquet. 

Celui-ci explique qu’il ait fallu quelques heures à peine pour que le Parquet se saisisse de l’affaire Fillon et mène des investigations très rapides sur ce sujet. Celles-ci ont participé au torpillage d’une candidature affaiblie par ailleurs par des révélations sur les dons de costumes et autre menu fretin qui ont laissé le candidat de la droite quasi-mort sur le bord de la route.

Le même Parquet s’est montré par ailleurs beaucoup moins pressé de mener des investigations sur l’affaire Business France, qui portait pourtant sur des montants aussi significatifs que l’affaire Fillon. Il s’est montré beaucoup plus prudent sur l’affaire Ferrand, qui ne donne lieu à aucune poursuite. 

On ne tirera de ces faits aucune conclusion hâtive, mais une conviction ancrée: au jeu de la dépendance politique du parquet, Emmanuel Macron n’est pas le plus mal loti. S’il veut faire oeuvre utile en matière de démocratie libérale, il a pourtant intérêt à s’y consacrer de façon prioritaire, car c’est bien sur ce point que nous péchons. 

L’affaire Urvoas, terrible révélateur de la collusion politique

La dépendance du parquet est assez mal documentée. Mais au fil des scandales, on mesure combien elle est forte et toxique pour notre démocratie. 

L’affaire Urvoas l’illustre. Courant décembre, le Canard Enchaîné révélait que Jean-Jacques Urvoas alors garde des Sceaux a transmis au justiciable Thierry Solère des informations confidentielles sur l’enquête qui le concernait. Ces informations avait été obtenues par la Chancellerie auprès du Parquet. Dans la foulée, la ministre Belloubet a elle aussi reconnu qu’elle demandait au Parquet des informations sur les enquêtes qu’il mène. 

Ces pratiques montrent que le pouvoir politique enjambe allègrement le secret de l’instruction pour aider les copains. On comprend mieux, dans ces conditions, les différences de traitement pendant la campagne de la présidentielle. 

La question de l’indépendance du parquet est mûre pour être traitée

Rappelons que, le 8 décembre, à la demande des syndicats de la magistrature, le Conseil Constitutionnel a donné une réponse de normand à une question prioritaire de constitutionnalité sur l’indépendance du parquet. Tout le monde convient aujourd’hui que la constitution de la Vè République n’est pas à la hauteur de la démocratie libérale sur ce point. 

Si Macron veut faire oeuvre utile pour la démocratie, le bon sens consiste donc à traiter l’indépendance du parquet de façon prioritaire, et non à restreindre la liberté de la presse pour des motifs imaginaires. À moins qu’il ne s’agisse, sous couvert de démocratie, de rendre service à des titres en difficulté malgré les importantes subventions publiques qu’ils reçoivent. On se rappelle ici que Le Monde, très complaisant vis-à-vis du Président, s’est fait une spécialité de la « lutte contre la fake news », excellente façon de dénigrer des concurrents émergents donc les charges de fonctionnement sont moins importantes, et la profitabilité bien supérieure…

2 commentaires sur Macron troque l’indépendance du parquet contre la liberté de la presse

  1. Il s’agit juste d’installer un élément de plus vers un totalitarisme légalisé complet pour tenter de contenir la contestation générale dans le pays. Cela ne laisse plus le choix qu’entre la soumission et la révolution dont les ferments économiques sont tous présents et donc orienté vers la guerre civile ou le chaos.

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