Moralisation et exemplarité, par François Baudillon

Article paru sur Ambipolis

Nous sommes entrés dans le nouveau monde, celui de la moralisation et de l’exemplarité.

Si on veut moraliser les comportements des élus et responsables politiques, c’est que ces comportements ne sont pas naturellement moraux, éthiques et exemplaires. Comme on se limite au monde politique, cela signifie que seuls les politiques doivent être exemplaires, irréprochables. Comme si pour avoir notre confiance ils devaient avoir un comportement que beaucoup de ceux qui les élisent n’ont pas.

Si on veut moraliser, il faudrait d’abord moraliser sinon à la base, du moins dans les corporatismes qui orientent les politiques, la finance, les médias, les magistrats, les organisations professionnelles, les partis politiques et les micro-partis notamment. En un siècle ou deux, on devrait pouvoir y arriver. En attendant, si le Garde des Sceaux proposait au Premier ministre et au président ces médias dominants qui en surfant sur les sondages et sur la presse dite d’investigation influencent le vote des électeurs, il entrerait au Panthéon de la moralisation. Pas de risque. S’il posait le problème de la responsabilité des magistrats, il devrait aussitôt démissionner.

Les affaires imputées à François Fillon et à son épouse sont à cet égard exemplaires. On sait qu’il ne suffira pas d’interdire les emplois familiaux pour éviter le recrutement comme assistants parlementaires de membres de la famille d’un député par un député du même parti, voire d’un parti ami. En revanche, ce qui serait vraiment contraire à la moralisation de la politique, ce serait s’il y avait eu manipulation, comme le pensent de majorité de sondés. Mais tout sera fait pour éviter la transparence et que les témoins, voire les acteurs de cette manœuvre soient réduits au silence. La moralisation ne consiste donc pas à être irréprochable, mais à ne pas se faire prendre. Les enfants et adolescents qui sont contraints de voler le savent, même si du fait de leur âge ils sont le plus souvent relâchés.

Jusqu’où doit-on aller en matière de moralisation de la vie politique ? Sans doute bien au delà de la vérification de casier judiciaire vierge, de l’interdiction des emplois familiaux et du cumul des mandats, donc des indemnités, de la fiscalisation de ces indemnités, de 

l’encadrement des activités de conseil, voire du financement des partis et des campagnes. Les dispositions en vigueur relatives au contrôle des déclarations fiscales et de déclarations des patrimoines semblent suffisantes dans leur principe, sinon dans leur application.

Limiter le nombre de mandats parlementaires à 3, est-ce un objectif de moralisation ou une volonté de renouvellement visant à éviter des carrières politiques trop longues ? Dans l’opinion publique, qui croit en la vertu des nouveaux venus, les 2, mon général. Comme si les pratiques et les comportements devaient nécessairement changer en élisant des candidats jamais élus auparavant comme selon les sondages ce sera le cas lors des prochaines législatives pour les nombreux candidats d’En Marche ayant appartenus à des cabinets ministériels socialistes ou à la nomenklatura de la rue de Solférino. L’étiquette En marche vaut prescription, sanctification.

Pour répondre à cette illusion de la pureté et de l’exemplarité exigées des élus et des ministres (voir le texte 11 saints et 11 saintes pour casser la droite et le centre droit), j’avais proposé pendant l’affaire Fillon un article unique de la lois de moralisation : «Seuls les SDF ayant un casier judiciaire vierge pourront se présenter à des élections.» Une fidèle d’AMBI*polis avait proposé d’ajouter les nouveaux nés, ce qui supposerait évidemment une révolution dans le code électoral, le code civil et la Constitution. Un téléspectateur a récemment suggéré à Yves Calvi de recruter dans les monastères.

On  rétorquera que les SDF,  les nouveaux nés et les moines ne seraient pas peut-être pas en mesure de voter les lois et d’assurer le contrôle de la politique gouvernementale. C’est un argument du vieux monde. Dans le nouveau monde, tous leurs actes, toutes leurs décisions leur seront dictées via Google par le grand ordonnateur, le président humanoïde.

Pour autant que se passerait-il si les résultats escomptés n’étaient pas au rendez-vous ? Comme toujours il faudrait alors corriger par la Com politique en manipulant les statistiques et par des contrefeux d’enfumage.

Est-ce moral ? Non. Mais c’est parfois efficace.

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