Mouvement du 22 mars : cette exaspération que cachent les querelles de chiffres

Ceci n’aura échappé à personne : hier, jeudi 22 mars, a été une journée de mobilisation sociale, notamment, mais pas seulement, contre les projets avancés par l’exécutif de réforme de la fonction publique et de la SNCF. Comme toujours, les querelles de chiffres quant au nombre de manifestants nourissent les commentaires de cette journée. Elles ne sauraient pourtant masquer l’essentiel : l’exaspération monte partout dans le pays. 

Tiercé dans le désordre

Si la CGT a dénombré 500 000 manifestants hier, dans les rues de France, la police a pour sa part évalué ce chiffre à un peu plus de 320 000. Une différence notable, mais qui ne représente pas, comme c’est souvent le cas, un écart allant du simple au double.  

A Paris, les syndicats de salariés qui avaient appelé à la mobilisation, CGT, FO et Sud en tête, ont compté 65 000 participants à la manifestation. La préfecture de police a ramené ce chiffre à 49 000. Dans ce concert d’estimations, une nouvelle voix est venue s’ajouter à celle des syndicats et de la police. L’agence Occurrence, mandatée par plusieurs médias nationaux afin de réaliser un décompte indépendant, a donné sa propre estimation du nombre de manifestations. Plus restrictive encore que la police, elle a estimé qu’il y avait eu 47 800 manifestants à Paris. Gageons que l’exécutif se frotte les mains de ce travail médiatique indépendant – certes, en partie subventionné sur fonds publics… 

Une grève plutôt suivie

Devenu l’alpha et l’omega de tous les commentaires sur les manifestations, les querelles sur les chiffres du nombre des manifestants en viennent à faire oublier que, du point de vue des responsables des organisations salariales, la réussite de la grève compte bien plus que celle des manifestations. Si les défilés donnent une visibilité aux mouvements sociaux, il ne perturbent que quelques artères des villes où ils se déroulent. Au contraire, une grève bien suivie désorganise tout à fait la production et les échanges. 

Or, en l’occurrence, il sera difficile de nier le succès du mouvement de grève qui a eu lieu hier. Le trafic ferroviaire a été particulièrement perturbé, avec 35 % de grévistes et entre 50 % et 75 % de trains supprimés. Le secteur aérien a lui aussi été touché par le mouvement de grève, avec un tiers de vols supprimés dans les aéroports franciliens. 

Dernier exemple : dans l’Education Nationale, le ministère à dénombré 13 % de grévistes. Si le chiffre peut paraître faible, encore faut-il le rapporter aux effectifs de cette administration, à son organisation du travail propre et au fait que les blocages d’établissements sont parfois le fait des élèves eux-mêmes. De fait, sur l’ensemble du territoire, le fonctionnement de nombreux établissements scolaires a été largement perturbé par le mouvement de grève. 

Une exaspération grandissante

L’analyse de la mobilisation qui a eu lieu hier à Bar-le-Duc, préfecture de la Meuse, permet de mieux saisir les motifs de mécontentement des grévistes et des manifestants. Relevons tout d’abord qu’à Bar-le-Duc, les trains sont restés à quai toute la journée. Les cheminots étaient nombreux dans les rues hier. Relevons également que les enseignants, ainsi que les personnels d’autres administrations : impôts, équipements, préfecture, Sécurité sociale, étaient représentés dans le défilé.  

Au-delà des mots d’ordre catégoriels, une exaspération plus générale s’est exprimée durant la manifestation. Elle est bien résumée par Yves Briaux, le secrétaire départemental FO, cité par l’Est Républicain : « L’État, sous toutes ses formes, fout le camp et accélère la désertification du département. La fuite scandaleuse des services publics, c’est pour nous, Meusiens, la fermeture de trois collèges sur 24, la menace sur le site d’accouchement de la maternité de Bar-le-Duc, les Ehpad au bord de l’explosion, la fermeture de dizaines de classes en primaire, c’est la transformation des bureaux de poste en agences postales, le manque d’effectifs dans les commissariats… Qui trouvera un intérêt à habiter en Meuse lorsque les services publics seront fermés ? » 

Il est vrai qu’à l’heure actuelle, à l’image des habitants de Bar-le-Duc, peu de Français sont à la fête. Allocations de subsistance et de retraite rabotées pour les uns, travail permettant de plus en plus difficilement de vivre convenablement pour les autres, petite entreprise qui ne réussit même plus à stagner pour les indépendants, petit capital victime de l’acharnement réglementaire et fiscal pour ceux qui ont eu le malheur de réussir à mettre un peu de côté : l’addition devient lourde. Le pays réel est en émoi. 

Si, pour l’heure, ces mécontentements – en partie contradictoires… – demeurent distincts, leur union, fût-elle partielle, pourrait avoir des conséquences considérables. 

 « L’État, sous toutes ses formes, fout le camp et accélère la désertification du département. La fuite scandaleuse des services publics, c’est pour nous, Meusiens, la fermeture de trois collèges sur 24, la menace sur le site d’accouchement de la maternité de Bar-le-Duc, les Ehpad au bord de l’explosion, la fermeture de dizaines de classes en primaire, c’est la transformation des bureaux de poste en agences postales, le manque d’effectifs dans les commissariats… Qui trouvera un intérêt à habiter en Meuse lorsque les services publics seront fermés ? »

(Yves Briaux, FO Meuse)

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