Noces de porcelaine pour Force Ouvrière et Jean-Claude Gaudin

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C’est vendredi dernier, le 8 janvier, dans la matinée, que le syndicat Force Ouvrière des territoriaux de Marseille a présenté ses voeux à Jean-Claude Gaudin, l’indéboulonnable maire de la cité phocéenne. Sans surprise, la cérémonie fut l’occasion pour les deux parties de formuler à nouveau, urbi et orbi, leurs bonnes promesses de vie commune.

Une cérémonie syndicale des plus courues

Pour sa cérémonie des voeux, le syndicat Force Ouvrière des territoriaux de Marseille – principale organisation chez les personnels de la mairie et syndicat ô combien important pour l’Avenue du Maine – peut s’enorgueillir d’avoir réussi à réunir le gotha politique de Marseille et des alentours. Que des centaines de militants syndicaux aient pris part à ce grand raout annuel n’étonnera certes personne. Il est déjà plus surprenant et intéressant de noter que presque tous les maires du secteur qui avaient été invités ont tenu à être présents. Marine Vassal, la présidente “Les Républicains” du conseil général, était également de la partie.

Sachant que la petite assemblée politico-syndicale à laquelle il allait faire face lui était conquise d’avance, Jean-Claude Gaudin a pu se permettre d’arriver avec une demi-heure de retard. Bon calcul : chauffée à blanc, la salle n’avait plus qu’à l’accueillir par une franche ovation. Qui a dit que les syndicats français n’étaient jamais contents ?

Une année 2015 jugée difficile par FO

Patrick Rué, le secrétaire général du syndicat Force Ouvrière des territoriaux de Marseille, ne pouvait pas débuter son discours sans avoir rendu hommage à Gérard Dossetto, récemment décédé alors qu’il dirigeait depuis longtemps l’UD FO des Bouches du Rhône. Des applaudissements soutenus et unanimes sont venus saluer sa mémoire.

Quelques paroles désagréables devaient ensuite être prononcées. Il fallait tout de même bien une séquence revendicative. M. Rué a adressé au maire un “message de détresse” quant au “manque criant de personnel” dans les crèches et les écoles, qui se serait traduit, selon lui, par une “année de souffrances” pour les salariés en poste. Plus globalement, à en croire le responsable syndical, de nombreux services seraient “à l’agonie”. Puisqu’il était question de critiques, il a même fallu en passer par des propos qui auraient pu casser l’ambiance : il faudrait procéder à une “réorganisation de ces services, car sans vouloir être désagréable, il y aurait beaucoup à faire.” Comment le maire de Marseille allait-il pouvoir se relever après de telles attaques ?

Les effusions de bons sentiments

Heureusement, le dirigeant de Force Ouvrière avait des choses bien plus sympathiques à dire à M. Gaudin. Il admettait d’abord qu’en réalité, à bien y réfléchir, le premier magistrat de la ville n’y était pour rien dans les problèmes actuellement traversés par les services de la mairie : “Nous sommes particulièrement conscients des difficultés budgétaires que vous rencontrez”.

Surtout, le syndicaliste s’est livré à un véritable éloge du maire, auquel nous ne pouvons rendre justice qu’en le retranscivant comme tel : “Aujourd’hui, je peux dire publiquement qu’avec mon syndicat, nous sommes particulièrement satisfaits que vous ayez été plébiscité à ce poste [de président de l’agglomération Aix-Marseille]. Nous étions des précurseurs mais vos proches politiques en ont fait autant, au premier rang desquels Yves Moraine. Même madame la Ministre et monsieur le Premier Ministre s’y sont mis. Tout ça pour vous redire, monsieur le Président, notre grande satisfaction pour votre élection.” Précisons certes que ladite élection a récemment été annulée par la justice…

Mais ce détail ne semblait pas important vendredi dernier et le responsable FO a d’ailleurs ajouté : “Certains élus du département s’inspireront de votre sens du devoir. Vous êtes un exemple pour la classe politique, certains maires devraient s’en inspirer.” En somme : Gaudin 2017 !

La réponse cinglante de Jean-Claude Gaudin

Face à de telles attaques, le maire de Marseille n’avait d’autre choix de répondre du tac-au-tac. Il a donc tout d’abord tenu à reconnaître le bien-fondé des revendications de FO, déplorant “le désengagement de l’État, qui baisse les dotations aux collectivités locales” et dégrade par conséquent “la qualité du service public”.

Jean-Claude Gaudin a ensuite formulé un jugement sans appel sur son fidèle partenaire syndical : soulignant son “sens de la responsabilité et du service public”, il s’est félicité d’avoir établi avec lui “une relation forte et souvent constructive”. A n’en pas douter, le responsable de FO a été mis KO par ce direct du droit(e).

Tout ceci en toute indépendance, bien sûr !

Que nos lecteurs se rassurent toutefois : ces échanges d’amabilité ne signifient en aucun cas que la mairie de Marseille et le syndicat Force Ouvrière des territoriaux sont liés. Patrick Rué a tenu à bien insister sur ce point : “Nous, à Force Ouvrière notre ciment c’est notre indépendance à l’égard des partis politiques, certes, mais aussi on l’oublie plus souvent, en dehors des emprises religieuse ou philosophique. Ce dernier point étant d’ailleurs un peu trop négligé depuis quelque temps dans nos rangs. A Force Ouvrière tout le monde est libre de ses appartenances mais la conduite de FO, qu’elle soit nationale ou locale se décide uniquement dans nos instances.” Les géomètres marseillais ajouteraient-ils de la confusion à une situation déjà peu commune ?

De son côté, Jean-Claude Gaudin, en voie de delonisation, a lui aussi assuré que sa démarche était autonome de celle de FO : “Il est même arrivé que l’on m’interroge qui gouverne cette ville : Gaudin ou FO ? Gaudin a toujours fait attention à FO. Ces hommes et ces femmes qui ont su se débarrasser du carcan politique, se séparer de forces politiques, notamment une, qui voulait s’emparer du syndicalisme.” Bien qu’actuellement, tout porte à penser que le Parti Communiste Français ne représente plus guère que lui-même, Jean-Claude Gaudin semble encore faire partie de ceux qui craignent l’arrivée des chars moscovites…

Une chose est sûre : mariés depuis vingt ans, FO et Jean-Claude Gaudin forment toujours un ménage pimpant !

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