Paradis fiscaux: comment le RSI s’y enrichit avec l’argent des entrepreneurs

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Article mis à jour le 22 février 2017 à 12h50 en accord avec le RSI.

Les paradis fiscaux sont, officiellement, le refuge des méchants capitalistes qui s’enrichissent en échappant à l’impôt. Mais en grattant dans la vie de notre bon régime social des indépendants, chargé d’une mission de service public par l’article L 611-3 du Code de la Sécurité Sociale, on s’aperçoit qu’il s’adonne sans vergogne au même sport. Mais avec l’argent des entrepreneurs.

Le RSI, administrateur d’Amundi

Premier point d’étrangeté: en 2014, le Régime Social des Indépendants, ès-qualité, a obtenu un siège au conseil d’administration de la société Amundi, structure de gestion d’actifs créée par deux banques insoupçonnables: le Crédit Agricole et la Société Générale. Les indépendants seront heureux d’apprendre que des liens aussi étroits unissent leur régime de protection sociale, obligatoire et monopolistique, à des banques commerciales et d’investissement.

Si certains ont un doute, on trouvera une mention de cette nomination dans le règlement de l’OPCVM Amundi Euroland Convertibles:

Fin 2014, le conseil d’administration de l’OPCVM a donc connu quelques changements majeurs, avec cette arrivée triomphale du RSI.

L’étrange représentant du RSI au conseil d’administration

Les lecteurs les plus vicieux du rapport annuel de l’OPCVM ne manqueront pas de relever cette étrange information donnée en page 14 sur ce fameux Jean-Luc

Les lecteurs les plus vicieux du rapport annuel de l’OPCVM ne manqueront pas de relever cette étrange information donnée en page 14 sur ce fameux Jean-Luc ***, démissionnaire, qui cède sa place au RSI:

*** (passage supprimé en accord avec le RSI, l’intéressé ayant été victime de menaces personnelles que ce blog ne peut cautionner)

Traduction: Jean-Luc ***, administrateur d’Amundi, a perdu son mandat au cours de l’exercice pour reprendre un autre mandat au titre d’Amundi. Il est subitement devenu représentant du RSI. Et, au passage, on notera sur sa page Linkedin:

*** (passage supprimé en accord avec le RSI, l’intéressé ayant été victime de menaces personnelles que ce blog ne peut cautionner)

Du coup, on ne comprend pas trop la combine: le directeur des placements financiers du RSI siégeait au titre d’Amundi dans le conseil d’administration de l’OPCVM qui investit une partie des fonds du RSI.

En tout cas, et sans chercher de complication, cette affaire n’est pas simple.

Des investissements dans les paradis fiscaux

En effeuillant le rapport annuel de cet OPCVM qui gérait 200 millions de dépôts en 2015, on va de surprise en surprise. Officiellement, le fonds ne concerne que l’Euroland. Mais la liste des “instruments” montre une réalité un peu différente.

On trouve par exemple cette petite synthèse des opérations:

paradis fiscaux paradis fiscaux

Ben oui, vous l’ignoriez sans doute, mais l’Euroland intègre désormais les Emirats Arabes Unis, les îles Caïmans et Jersey. Accessoirement, les deux derniers sont des paradis fiscaux… où l’argent du RSI peut prospérer en toute bonne conscience.

C’est vrai que l’évasion fiscale est une activité tout à fait louable quand on est chargé d’une mission de service public.

Les placements incongrus du RSI

Au passage, on notera que l’OPCVM qui gère les fonds du RSI a placé les dépôts dans des structures tout ce qu’il y a de plus honnête.

Par exemple, Siem Industries est un conglomérat norvégien immatriculé aux Iles Caïmans. C’est donc bien une entreprise de l’UE! On dira la même chose de la société émiratie Aabar, qui possède par exemple la Falcon Private Bank, spécialisée dans les services aux familles les plus riches. Et que dire de Gabriel Finance, spécialisé dans l’immobilier de luxe?

Le monde est merveilleux… le RSI met parfois des entrepreneurs en faillite pour récupérer un argent qui sert à financer des entreprises tout à fait en rapport avec l’objet social du régime. Comme on le voit.

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4 commentaires sur Paradis fiscaux: comment le RSI s’y enrichit avec l’argent des entrepreneurs

  1. Il est aujourd’hui facile de faire du bad buzz sur le RSI, vue la gestion déplorable. Par contre ce serait bien d’être objectif. Quand on gère des milliards, c’est du bon sens de s’intéresser un minimum à ses placements et donc d’être au CA ou CS de ses produits quand c’est possible. Je ne vois pas ce qui choque, le contraire serait inquiétant.
    Pour les titres exotiques comme Aabar, on peut également être objectif et dire que c’est une obligation convertible en actions Unicredit (donc bien en zone Euro). La norme de place est critiquable mais ce n’est pas du fait du RSI. D’autant plus que l’opcvm en question est disponible dans les agences du Crédit Agricole donc je suis sûr que plein de gens en ont sans le savoir. Peut-être que le paysan du Cantal est aussi un adepte de l’évasion fiscale ?
    D’ailleurs, puisqu’on parle d’évasion fiscale, ce serait utile de rappeler quel est le régime d’imposition du RSI. Juste pour être objectif.
    Cordialement

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