Paris: Stalingrad attend son nouveau camp de réfugiés

Source: Eric Verhaeghe
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La place Stalingrad, à Paris, a pris d’étranges airs de siège comme en creux ou en ombre chinoise. Après le démantèlement de la jungle à Calais, elle est un rendez-vous contrarié pour tous les migrants qui errent dans les rues comme privés de boussole. Désormais barricadée par la police qui empêche l’accès aux terres-pleins sous le métro aérien, elle ressemble à un immense chantier vide et à l’abandon.

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Partout, ces barrières mobiles entravent la circulation et la police surveille le respect des consignes. Une seule obsession règne: empêcher coûte-que-coûte la reconstitution d’un camp qui donnerait l’image cataclysmique d’une jungle en plein coeur de la Ville. C’est à cet endroit que l’on comprend enfin pourquoi la jungle de Calais a survécu si longtemps: elle était le meilleur rempart contre une occupation de la capitale.

En quelque sorte, on a sacrifié Calais pour sauver Paris.

En dehors du périmètre d’exclusion, la police se mobilise pour trier les migrants et leur offrir une solution alternative. Un commissaire veille au grain. Plusieurs fourgons sont prêts à intervenir.

Source: Eric Verhaeghe
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De façon assez curieuse, la police est mobilisée de façon ordonnée, respectueuse, soucieuse d’éviter les incidents. Les migrants s’adressent donc sans crainte aux policiers pour obtenir des consignes et savoir où aller. Un service est mis en place pour organiser les circuits de déplacement. L’opération humanitaire fonctionne.

Stalingrad parcourue par des ombres

Malgré ce bel ordonnancement, partout dans le quartier, dans les rues avoisinantes, sur les trottoirs, on croise des mines hagardes, des personnages comme venus d’ailleurs, comme si Paris soudain était devenue irréelle, ou étrangère à elle-même. Et partout ces silhouettes qui parlent des langues inconnues de nous se croisent et s’entre-croisent à la recherche d’une issue, d’un événement inconnu de nous qui décidera de leur destin.

Source: Eric Verhaeghe
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Et soudain, l’un d’eux vient vous parler, comme si la misère humaine qui se concentre là, échouée d’on ne sait où, avait besoin de mettre des mots sur sa souffrance. “Je viens d’Afghanistan, je suis réfugié, j’aime la France. Oui, il y aura un camp ici demain.”

Et bientôt l’on comprend que la démantèlement de la jungle n’a évidemment rien résolu. Elle est juste une étape, un faux-semblant, un nettoyage d’hiver avant les élections. Dans quelques mois, ces ombres si proches de la désincarnation, ces fantômes de l’histoire contemporaine, seront encore quelque part dans nos rues, dans nos campagnes. Dans le froid ou dans la chaleur de l’été, ils continueront leur chemin d’errance comme si aucun bout n’avait été inventé à leur tunnel.

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A propos Éric Verhaeghe 148 Articles
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