Pierre Gattaz stoppé net dans ses exercices de gymnastique agile

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Jamais en retard d’une revendication spectaculaire, Pierre Gattaz a défendu la création d’un contrat de travail “agile” afin de lutter contre le chômage. Comme on pouvait s’y attendre, l’idée a été fort mal accueillie par les dirigeants des syndicats de salariés et le gouvernement a fait savoir qu’il ne la retiendrait pas. Le patron du Medef soignerait-il, à peu de frais, son image de dur ?

L’agilité pour escalader le chômage de masse

Dimanche dernier, afin de préparer au mieux la rencontre prévue le lendemain entre le gouvernement et les partenaires sociaux, plusieurs organisations patronales, au premier rang desquelles le Medef, ont publié une“lettre ouverte des entreprises et entrepreneurs au Président de la République”. Le patronat français y défend un “plan d’urgence audacieux pour l’emploi”. En particulier, il souhaite une “sécurisation” des chefs d’entreprises par la mise en place d’un “contrat de travail agile”. Celui-ci reposerait sur “un plafonnement des indemnités prudhomales lié à l’ancienneté du salarié, et des motifs de rupture liés à la situation de l’entreprise ou la réalisation d’un projet”.

En réalité, la proposition du Medef ne fait que reformuler autrement l’idée, très répandue parmi les dirigeants d’entreprise, selon laquelle licencier sans risque facilite l’embauche. A l’occasion de la réunion de lundi avec le gouvernement, Pierre Gattaz a d’ailleurs exprimé ce principe de manière beaucoup plus claire : “Le marché du travail est bloqué en France. On a peur d’embaucher car on ne sait pas licencier. Il faut régler ce problème.” La leçon d’agileté de M. Gattaz allait-elle susciter l’enthousiasme du côté des syndicats de salariés ?

Une leçon “archaïque” selon les syndicats de salariés

Fort logiquement, les turbulentes CGT et CGT-FO ont rejeté les propositions avancées par le patronat. Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT, a moqué le caractère “archaïque” du Medef et de son président, précisant : “Revenir trente ans ou cinquante ans en arrière, ce n’est pas la modernité.” Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force Ouvrière, a quant lui estimé que le “contrat agile” n’était rien d’autre qu’un “contrat fragile” – une appellation que ne renierait d’ailleurs sans doute pas Pierre Gattaz…

Si les réactions de la CGT et de FO n’ont étonné personne, en revanche, la virulence de la CFDT a nettement tranché avec son attitude ordinaire. Laurent Berger n’a en effet pas mâché ses mots : “Il est hors de question de toucher au contrat de travail. Nous l’avons redit au Premier ministre. C’est une ligne jaune”. Il a même ouvertement accusé le patronat de faire preuve de mauvaise volonté dans la lutte contre le chômage : “J’en ai assez. Le patronat a-t-il oublié le pacte de responsabilité ? Les 41 milliards d’euros d’aides aux entreprises pour l’investissement, l’embauche de jeunes, l’alternance, la formation des salariés, qu’en ont-ils fait ?”

Adoptant un ton plus mesuré, la CFTC a réagi par la voix de son vice-Président Joseph Thouvenel, dans une lettre ouverte au président du Medef. Insistant sur le fait que la législation actuelle sur les contrats de travail est déjà bien assez flexible, M. Thouvenel réaffirme son refus de voir les salariés devenir des “variables d’ajustement au service d’une économie déconnectée de son rôle : un outil au service du développement humain.”

En somme : à peine conçu, le contrat de travail agile voit son horizon s’obscurcir brutalement.

Un coup pour rien ?

Un tel unanimisme du côté des organisations syndicales rendait improbable un arbitrage gouvernemental favorable au patronat. En sortant de Matignon, lundi, Jean-Claude Mailly n’a d’ailleurs pas hésité à affirmer que l’exécutif ne voulait pas du contrat agile : il “ne sera pas retenu”. Mardi 12 janvier, dans la soirée, Jean-Marie le Guen, le secrétaire d’Etat avec les relations au Parlement, a confirmé ceci, estimant que ce type de contrat “n’était pas une bonne proposition”. L’exercice de gymnastique de M. Gattaz prenait fin sur une lamentable chute ! Pas tout à fait, en réalité…

En s’engageant dans une affaire aussi peu évidente que vite réglée, Pierre Gattaz n’a pas tout perdu, loin s’en faut ! D’abord, il semble bien qu’il ait obtenu du gouvernement que le plafonnement des indemnités décidées aux Prud’hommes en cas de licenciement abusif soit inscrit dans la prochaine loi sur l’emploi. Au grand dam des syndicats de salariés. D’autre part, en avançant sa revendication iconoclaste, le président du Medef devait bien se douter du sort qui lui serait réservé et des critiques dont elle ferait l’objet. Or, un dirigeant patronal peut-il espérer meilleure publicité en interne que de susciter un tollé chez les syndicats de salariés et des réactions négatives de la part d’un gouvernement PS ?

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