Les piscines de Champigny-sur-Marne rapportent dix fois moins que l’investissement concédé

1 million d’euros d’investissement pour seulement 130 000€ de recettes. Voici le bilan catastrophique des piscines de Champigny-sur-Marne (Île-de-France) que met en lumière la Chambre régionale des comptes. Une situation qui n’est pas nouvelle et qui a continué à se dégrader en même temps que les installations.

La ville de 76 000 habitants consacrait, en 2016, 7% de son budget total à la pratique sportive, soit environ 10 millions d’euros annuels. Une politique qui porte ses fruits puisque plus de 11 000 habitants s’étaient licenciés dans des clubs de la ville. Champigny-sur-Marne comptait trois médaillées aux JO de Rio en 2016 : Haby Niaré en taekwondo, Emilie Andéol en judo et Estelle Mossely en boxe.

Un bassin de champions donc. Mais étonnament, c’est une ville qui a justement plus de difficultés à gérer ses bassins, de natation cette fois.

Des dépenses à perte qui n’alertent pas

Le constat est très simple : absolument tous les coûts et dépenses ont augmenté entre 2011 et 2016. Que ce soit en termes d’eau, d’électricité et de chauffage, globalement les frais ont augmenté de 41,45% en seulement cinq ans pour la seule piscine Delaune, passant de 280 000€ en 2011 à près de 400 000€ en 2016. 

La remarque s’avère aussi concernant les charges liées au personnel puisque l’exercice 2011 se concluait avec une barre un peu en dessous du million d’euro, l’année 2016 se chiffrant à 1 200 000€. 

Il n’y a que les dépenses concernant l’entretien et la maintenance qui se sont réduites, passant de 31 100€ en 2011 à 27 701€ en 2016. Néanmoins, il faut noter deux pics importants, en 2012 à 55 219€ et 2014 à 40 479€. 

Au total, les dépenses annuelles se situent en moyenne autour des 1 300 000€ annuels bien que les comptes administratifs montrent qu’ils tombent à 1 129 986€ en 2015. Là où le bât blesse, c’est que le CA fournit aussi le total des recettes. Ce dernier n’est que de 126 238€ en moyenne sur les cinq années. 

Alors que le rapport fait état du fait que les recettes tarifaires sont les seules sources de recettes d’exploitation, on se demande encore comment de telles sommes ont pu être déboursées sans qu’elles ne préoccupent personne. 

Résultat : une piscine délabrée et obligée de fermer

Oui car ici nous ne parlons que de la piscine Delaune. Mais Champigny-sur-Marne possédait aussi la piscine Guimier qui a fermé ses portes en 2016. Ce bassin unique avait été conçu en 1976 avec une durée de vie de 20 ans. Seulement, la commune n’a pas pu assurer les coûts d’entretien et de réhabilitation qu’elle faisait porter, soit entre 4 et 5 millions d’euros. 

« Le bassin étant fissuré sur toute la largeur, d’importantes fuites d’eau généraient des coûts importants pour la commune. La commune se dit d’ailleurs redevable de la taxe « grand consommateur d’eau », ainsi que cela est mentionné dans une note au bureau municipal ; elle est en fait soumise à un tarif spécifique, dit tarif grande consommation, qui est appliqué par le Syndicat des eaux d’Île-de-France (Sedif) aux abonnés qui consomment plus de 4 575 m3 d’eau par an (soit 15 m3 par jour) et qui optent pour une option « grand consommateur ». Cela correspond à un abonnement complémentaire par compteur (273,69 € par trimestre au 1er janvier 2016) qui donne droit à l’application d’une grille tarifaire où le prix au m3 décroit selon des tranches de consommation croissantes.« 

Comme pour le reste du parc aquatique en Île-de-France, c’est une hausse de tarif qui semble se dessiner d’ici peu, si ce n’est la cession de toute activité. Car la CRC a aussi constaté une augmentation de 71% du nombre d’entrées gratuites à la piscine Auguste Delaune, contre un recul de 13% du nombre d’entrées individuelles payantes. 

On se dit qu’avec le réchauffement climatique tant annoncé, piquer une tête va devenir assez cher en Île-de-France…

Au regard des recettes d’exploitation constatées, le déficit d’exploitation des piscines serait d’environ 1,64 M€ par an en moyenne sur la période 2011-2016, et atteindrait 1,74 M€
en 2016. 

Au total, les dépenses d’exploitation sont de 10 621 124,29€ de 2011 à 2016, les recettes n’étant que de 750 648€ sur la même période, le solde est très négatif : -9 870 476,29€ !

Source : la Chambre régionale des comptes

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