Pôle Emploi, toujours un peu plus dépassé, n’arrive plus à rattraper ses erreurs

Une note de l’Unédic affirme que Pôle Emploi a de plus en plus de mal à récupérer les allocations chômage versées à tort. Un document de plus qui vient questionner une nouvelle fois la volonté de garder une institution qui perd de l’argent et dont les résultats sont moindres.

Avec la réforme sur l’indemnisation des chômeurs mais aussi quelques polémiques, Pôle Emploi revient régulièrement sur le devant de la scène. A tel point que l’on en viendrait presque à se demander si cette agence complètement dépassée ne devrait pas céder sa place.

Récemment, nous apprenions que les conseillers des Hauts-de-France étaient invités à faire preuve d’un peu de générosité en participant à l’effort commun en donnant de vieux habits et quelques téléphones en état de marche afin d’équiper correctement les demandeurs d’emplois dans le besoin et qu’ils ne soient pas discriminés dès leurs entretiens d’embauche. Une proposition qui n’a pas fait l’unanimité. 

Pôle Emploi court aussi après ses allocations données à tort

Si pour cette occasion la générosité de Pôle Emploi est questionnable, une note de l’Unédic vient contrebalancer cette vérité en affirmant que Pôle Emploi a de plus en plus de mal à récupérer les allocations données par erreur (voir le graphique ci-dessus). 

En septembre dernier, Pôle Emploi affichait donc un taux de recouvrement des indus « hors fraude » de 57,1% contre 58,7% en septembre 2016. On voit que ce taux n’a cessé de dégringoler depuis 2015 où il atteignait presque les 65% en mai. 

Par ailleurs, l’objectif affiché était pourtant d’atteindre les 66% ce qui occasionnerait un gain de 80 millions d’euros annuels. 

Le prestataire public complètement dépassé

Interrogé par l’AFP, Pôle Emploi reconnait des difficultés mais tente de démontrer que la faute est surtout imputable à la décision du Conseil d’Etat de censurer la mesure sur la convention d’assurance chômage permettant la retenue des allocations. La nouvelle mesure venue en 2016 a donc largement allongé les délais de recouvrement. 

Deuxième motif invoqué, les chômeurs eux-mêmes qui seraient de plus en plus insolvables rendant donc impossible de recouvrer les trop-perçus. On oublie juste de dire que ces trop-perçus proviennent d’erreurs des bureaucrates de Pôle Emploi. 

Pôle emploi n’assure plus son rôle

Aujourd’hui, l’image de Pôle Emploi est plus qu’égratignée. D’abord parce que les polémiques se multiplient. On se souvient par exemple que si l’organisme est plébiscité par les employeurs, peu de recrutements aboutissent : seulement 11% des cas. A l’inverse, les candidatures spontanées aboutissent dans 21% des cas. Une statistique qui grimpe à 27% quand les candidats utilisent des relations professionnelles ou personnelles. 

On peut aussi questionner l’utilité de Pôle Emploi en reprenant les rapports de la DARES qui montraient que le nombre de chômeurs avait tendance à augmenter sur le moyen-terme. Ainsi, la plupart de ceux qui n’étaient plus inscrits dans les registres n’avaient pas forcément trouvé un emploi, il s’agissait plutôt de radiations. 

De son côté, l’Unédic affirme aussi que si Pôle Emploi est aujourd’hui débordé et incapable de recouvrir ces trop-perçus, c’est à cause « d’une pile particulièrement importante de dossiers à gérer« . Autrement dit, c’est directement la productivité et l’organisation des employés qui est remise en cause. Ces mêmes employés qui acquièrent du travail en plus à force de faire des erreurs. Un cercle vicieux donc. 

« On achève bien les chevaux »

La question de l’existence même de Pôle Emploi vient donc logiquement se poser. Dernièrement, nous avions demandé son avis à Me Baglan, avocat spécialisé dans le droit du travail, sur le rôle que pouvait avoir Pôle Emploi dans le dispositif d’indemnisation des démissionnaires. Il nous avait répondu que Pôle Emploi ne pourrait avoir aucune responsabilité en l’état actuel des choses. 

La Cour des comptes dressait à 5 milliards d’euros le budget de Pôle Emploi, avec un effectif de 50 000 collaborateurs sur le territoire. Vu les résultats, peut-être qu’enterrer définitivement ce dinosaure et donner un chèque à chaque demandeur d’emploi, équivalant à un pourcentage du budget de l’institution, pour profiter d’un coaching personnalisé serait plus judicieux.

De janvier à septembre 2017, 1 700 202 indus ont été constatés et notifiés contre 1 597 586 sur la même période en  2016, soit une hausse de 6,4%. Cela représente un montant de 772 627 644€ en 2017 contre 719 336 558€ en 2016, soit une hausse de 7,4%. De janvier à septembre 2017, le poids des indus constatés et notifiés rapportés aux dépenses d’indemnisation est de  3,25% (contre 3,03% en 2016). En septembre 2017, le stock (*) d’indus notifiés et non recouvrés sur « 12 mois glissants » s’établit à 464,1 millions d’euros pour un montant d’indus recouvrés de 575,1 millions d’euros (contre respectivement  409,5 et 540,2 millions d’euros en 2016).
L’augmentation du nombre d’allocataires et l’amélioration des dispositifs de détection des indus semblent être les deux
principaux facteurs à l’origine de l’augmentation des indus et de son accélération en 2015 et 2016.  Les indus constatés résultent essentiellement de la prise en compte de périodes travaillées par l’allocataire en cours  d’indemnisation.

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