Les politiques de santé des candidats, par Jean-Marc Boyer

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Article paru sur la Gazette de l’Assurance.

Les candidats à la présidentielle (N. Dupont-Aignan, F. Fillon, B. Hamon, Y. Jadot, E. Macron) ont présenté leur programme de politique de santé le 21 février au palais Brongniart, à l’invitation de 3 think tanks et de la FNMF.

Cette grande Fédération Mutualiste n’est toujours pas vaccinée du contact politique. La FNMF a suivi le Gouvernement PS, qui, en retour avec l’Accord National Interprofessionnel, a enlevé de l’activité des mutuelles santé, spécialistes de l’assurance individuelle, vers les assureurs spécialisés dans les collectives, comme les Institutions de Prévoyance et les grands assureurs.

Le choix de l’ancien temple de la bourse pour parler de politique de santé marque une évolution (les 3 think tanks invitants allant de la gauche historique aux progressistes). Le journal -pourtant libéral- Les Echos a même été associé en amont, puisqu’il a réussi l’exploit de faire le compte-rendu (diffusé sur internet à 22:30 le 20 février, donc la veille) des interventions du lendemain.

Des extrêmes assez absents

J.L.Mélanchon, qui souhaite tout simplement la suppression des complémentaires santé, n’est pas intervenu. A l’autre extrême, M. Le Pen, actuellement au Liban, n’est pas venue non plus. Son programme, également radical, prévoit la suppression de l’Aide Médicale d’Etat, le renforcement de la fonction hospitalière, la fin du numérus clausus puis la création d’une 5ème branche dépendance.

En revanche, N. Dupont-Aignan a participé, même si son programme, tel que sur son site « Debout la France », ne met pas le thème de l’assurance maladie particulièrement en exergue.

Fillon En Marche arrière

La proposition de F.Fillon à la primaire de ne réserver que le grand risque (hospitalisation, ALD,…) à la Sécurité Sociale et de basculer le « petit risque » aux complémentaires avait fait polémique (idée caricaturée en privatisation de la SS, et insinuation de porter une idée d’AXA/H.de Castries). Le discours, comme les 21 mesures listées sur le site des Républicains, se voulait ici plus consensuel, même si un objectif d’économies de 20Md€ (sur l’administratif, mais aussi le retour aux 39H) a été affiché.

Du coup, le candidat LR s’est réorienté vers des thèmes depuis longtemps débattus : la diminution du reste à charge, la prévention (une consultation tous les 2 ans), l’autonomie des hôpitaux, la lutte contre les déserts médicaux, l’articulation SS/complémentaires (pour que ces derniers soient moins payeurs aveugles),…

La proposition de contrôler les organismes complémentaires a disparu (ce contrôle existe déjà dans l’ACPR) au profit d’une « Agence de garantie de la couverture solidaire des dépenses de santé ». Le candidat s’est même fendu des habituels poncifs : « le système de santé auquel les Français sont attachés » (pourquoi alors proposer des réformes ?).

Programme presque commun

Finalement, même si les moyens pour y parvenir diffère entre les candidats, les propositions ont affiché des objectifs assez communs : lutte contre les déserts médicaux, prévention, remboursement de l’auditif, optique et dentaire à 100%, accroissement du nombre de maisons de santé,…

E. Macron propose un service sanitaire de 3 mois, la prise en charge de l’optique, du dentaire et de l’auditif (en faisant payer -stipulation pour autrui- la SS, les complémentaires et les professionnels), la fin des déremboursements (qui ont pourtant été légions quand il était à l’Elysée ou au Gouvernement) et le médicament à l’unité (plus facile à dire qu’à mettre en place). E. Macron propose également d’investir dans les nouvelles technologies à l’hôpital.

B.Hamon, vainqueur de la primaire de la Belle alliance populaire, a été frondeur, mais doit désormais être rassembleur du camp qu’il a combattu. Pour le Parti Socialiste, les cahiers de la Présidentielle (page 22 pour la santé), préfacés par J.C.Cambadélis, s’inscrivent dans la continuité du travail effectué durant le quinquennat, en lui rendant hommage. B.Hamon (qui a également été salarié de l’ex MNEF) a proposé la prise en charge du « burn-out », sujet de réticence du patronat. Plus original, il a aussi fait le lien avec les modes de vie.

Attention à l’ONDAM

Au global, sauf extrêmes, les programmes de politique de santé s’inscrivent finalement plus dans la continuité des promesses habituelles, que les déclarations initiales tonitruantes de certains candidats. Pour autant, ces promesses ne sont en réalité pas financées. La disparition du reste à charge signifierait même la reprise débridée des dérives de la consommation médicale (ONDAM).

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