Présidentielles et santé : pourquoi rien ne change jamais ?

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Cette publication provient de La lettre de Galilée et a été rédigée par Vincent Fromentin.

 

Personne n’y croit. Et pourtant les communicants redoublent de pédagogie pour nous convaincre que tout va pour le mieux. Un peu comme Édouard Herriot durant l’été 1933 qui visitait, enthousiaste, une Ukraine dévastée par la famine. Marisol Touraine annonçait la fin historique du “trou” de la sécu, comme une réalisation majeure du quinquennat Hollande. “L’histoire du quinquennat, c’est la fin des déficits sociaux” disait-elle en substance… Passant allègrement sous silence la détérioration toujours alarmante, en raison de l’augmentation du nombre de chômeurs, du Fonds de solidarité vieillesse (3,9Md€ de déficit annuel),  qu’un rapport du Sénat avait déjà pointée en juin dernier (voir aussi pp.44-45 du rapport de la Cour des Comptes ci-après), et confondant à dessein l’amélioration avérée du déficit annuel (ramené à -400M€) et la dette cumulée de la sécurité sociale qui, quant elle, ne cesse de s’accroître d’année en année dépassant les 156Md€ soit à peu près 7% du PIB.

L’histoire se répète. Quarante ans après. Comme le disait en juillet 1979 Jacques Barrot, alors Ministre de la Santé, au micro de Roger Gicquel, à propos des prévisions des comptes de l’Assurance maladie, “il y a des petits mystères qui sont des grands mystères“. Et à la veille des présidentielles de 1981, on avait déjà annoncé la fin du trou de la sécu, notamment grâce à une cotisation exceptionnelle (et temporaire) de 1% sur le salaire. Mais l’élection de François Mitterrand change la donne …et l’équilibre précaire des comptes publics.

La semaine dernière, Éric Favereau dans Libé prévient : “Même réduit de moitié, le déficit de l’Assurance maladie s’établira toujours à 2,6 milliards d’euros en 2017. Eternel point noir de la Sécu, elle devra réaliser 4 milliards d’euros d’économies, tout en honorant les revalorisations de revenus prévues dans la fonction publique hospitalière (à hauteur de 700 millions d’euros) et chez les médecins libéraux (400 millions). Un objectif compliqué à atteindre.” Même Didier Migaud, à l’occasion de la publication des comptes de la sécurité sociale en septembre par la Cour des Comptes, a tempéré l’enthousiasme de la Ministre, jugeant “la trajectoire de retour à l’équilibre incertaine” (p.18) et qualifiant de “discutable” (p.47) l’intégration d’un produit exceptionnel de la CSG : “Ce “produit” correspond au montant des encaissements de CSG du mois de janvier 2016 non affectés à la CNAMTS, soit 1/12ème de la dotation annuelle de CSG assise sur les revenus d’activité et de remplacement attribuée en 2015 aux autres régimes obligatoires de base d’assurance maladie“. Et de conclure sur l’ONDAM en jugeant son exécution “particulièrement tendue, du fait d’une dynamique toujours non enrayée des soins de ville, marquée par une régulation d’une intensité comparable à 2014 sur les établissements de santé et facilitée par une réévaluation opportuniste à la baisse des dépenses couvertes par des provisions“. Les perspectives paraissent “particulièrement incertaines, en raison de la construction insuffisamment rigoureuse des objectifs d’économies, du coût des mesures salariales décidées par les pouvoirs publics et des incidences possibles des négociations conventionnelles en cours“. (p.73)

La Cour des Comptes note également une aggravation des inégalités d’accès aux soins (p.202). C’est un constat que reprend à son compte Emmanuel Macron invité ce week-end du Cham 2016 organisé par Guy Vallancien. Ainsi, si notre système de soins est compétitif et d’excellence, notre système de santé est paradoxalement “défaillant” et entretient des “inégalités insupportables (…) pas dignes du projet qui est le nôtre“… Deuxième paradoxe relevé par l’ancien ministre, “on sait ce qu’il faut faire mais on n’arrive pas aller jusqu’au bout“. Ce qui change reste “incrémental“, avec des “acteurs de terrain corsetés” utilisant “la même grammaire“. Aujourd’hui, les réformes, “c’est ajuster des curseurs dans un système existant surcontraint qui n’arrive plus à absorber les transformations en cours“. Pour surmonter ces paradoxes, le sémillant prétendant espère renouer un “cadre de confiance” pour “partager un objectif des sens“. En attendant ses propositions sur la santé, prévues pour décembre, il croit brocarder le bilan de la Ministre de la santé et s’en départir avec brio. Mais à l’écouter, on entendrait Marisol Touraine en 2012 (en mieux)… Sans le savoir certainement, il ne fait que  pasticher sa révolution du premier recours et le pacte territoire santé

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