PROGRAMME MACRON: L’IMMOBILISME QUI MENACE LA FRANCE ET SES ENTREPRENEURS, par Sébastien Laye

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Article initialement paru sur Contrepoints.

Le programme d’Emmanuel Macron n’est ni libéral, ni centriste : il est clairement socialiste, à la suite des idées de François Hollande et Manuel Valls.

On nous avait promis, sous le sceau de la supposée complexité de la pensée d’Emmanuel Macron (ce qui revient à dire, avec morgue et suffisance, que sa prétendue intelligence serait inaccessible au citoyen), monts et merveilles, clarifications transcendantales et reformes révolutionnaires, à l’occasion du dévoilement (au sens christique du terme ?) du programme Macron.

Outre que nombre de ces mesures avaient été en réalité égrenées au cours des dernières semaines (dont les plus ineptes, on citera ici pour titillez les esprits libéraux assez retors pour soutenir Macron, la nationalisation de l’UNEDIC ou encore la possibilité pour tout démissionnaire de vivre de l’assistance publique en percevant des allocations chômage), la déception nous a envahi quand nous avons pu enfin découvrir la philosophie générale de ce programme et son – fragile – chiffrage.

Force est de constater, à l’aune de ces éléments, que ce programme n’est pas social-libéral ou même centriste : il est clairement social-démocrate, dans la lignée de ce que François Hollande, Manuel Valls (oui car malgré la comédie sur le renouvellement, il était bien conseiller économique puis ministre de ces deux hommes), et Macron lui-même n’ont pas pu faire aboutir durant le quinquennat qui s’achève. Il apparaît ainsi qu’En Marche et l’alliance avec Bayrou sont de plus en plus une répétition sous stéroïdes d’Hollande 2012.

UN CHIFFRAGE CONTESTABLE

Cette continuité est évidente pour qui analyse un tant soit peu le fameux chiffrage du projet : les grandes masses financières correspondent point pour point aux objectifs de Valls, Macron et Hollande au cours des prochaines années, parfois annoncées pour un horizon 2022. Cette similarité rend d’ailleurs suspect le véritable exercice de chiffrage par Pisani-Ferry, qui n’a probablement pas eu lieu au cours de son court mois de service pour En Marche. L’ancien directeur de France Stratégie (think tank officiel du gouvernement, avec lequel j’ai eu le plaisir de travailler sur les problématiques de dette européenne) s’est contenté de ressortir des cartons ses anciennes recommandations récupérées par François Hollande.

Des exemples de ces fameux chiffres, égrenés depuis plusieurs années par nos hauts fonctionnaires rocardiens sans qu’on connaisse le détail de ces arbitrages ? La réduction des charges de 20 milliards d’euros. Ce chiffre magique correspond en fait à une grande partie du pacte de compétitivité qui a pris la forme du CICE ; après sa mise en œuvre, nos énarques se sont aperçus que cette ubuesque usine à gaz, qui prenait la forme d’une créance fiscale, ne fonctionnait pas. Il apparaît donc logique de la convertir en baisse de charges pérenne… même si cette baisse a déjà eu lieu. Magnifique effet d’affichage à prévoir pour une efficacité quasi-nulle, surtout si la conversion est étalée sur plusieurs années.

RECYCLAGE DES SOLUTIONS DE FRANÇOIS HOLLANDE

La réduction des dépenses publiques fournit un autre exemple du recyclage des mesures hollandaises. Macron nous annonce 60 milliards de baisse de la dépense publique (3 points de PIB pour passer en un quinquennat de 57% à 54% du PIB en dépense publique) : là encore, il s’agit exactement du chiffrage de Valls et Hollande pour 2022, avec 10 milliards pris sur les collectivités locales, 10 milliards d’euros sur l’assurance chômage grâce à des (sic) « reformes structurelles » (l’indemnisation même pour les démissionnaires n’entraînerait-elle pas plutôt un boom de ces dépenses ?), près de 15 milliards en faisant de petites économies « naturelles » d’organisation (sans que rien ne prouve le réalisme de ces mesures qui de toute façon ne sont pas appliquées depuis cinq ans) sur la sécurité sociale et l’hôpital.

On se refuse à tout changement de paradigme sur la gestion de l’État pour mettre en exergue certaines mesures d’austérité dont la récurrence dans le débat public ont peut-être prouvé la vacuité… Sur ce point, on ressort la vieille théorie sur le non remplacement du départ à la retraite de certains fonctionnaires pour annoncer 120 000 fonctionnaires de moins en cinq ans.

UN PROGRAMME D’INVESTISSEMENT PUBLIC INSENSÉ

Le programme sur la dépense publique et la croissance devient véritablement insensé quand Macron parle de 50 milliards d’euros d’investissement public (2,5% du PIB…) qui ne sont pas vraiment des investissements, sans faire sourciller aucun journaliste économique. En comptabilité privée ou publique, un investissement donne naissance à un bien immobilisé : infrastructure, immeuble, usines. Les règles d’imputation des dépenses du secteur public local ont par exemple été précisées par la circulaire interministérielle du 26 février 2002, qui énonce les critères de distinction entre les dépenses de fonctionnement et les dépenses d’investissement.

Or le programme de Macron ne comprend pas 50 milliards d’euros d’investissement en infrastructures numériques, en actifs de production d’énergie ou autres : il s’agit essentiellement de dépenses de fonctionnement (salaires) dans l’éducation, la formation (sans revoir la gabegie de la formation professionnelle) : ces dépenses de fonctionnement annihilent pour partie les 60 milliards d’économies annoncées et feront in fine augmenter la sphère publique. Avec la pente naturelle des dépenses, le quinquennat Macron verra allègrement la dépense publique franchir le seuil de 60% du PIB et la dette exploser au-delà de 100% du PIB.

MÊME ARBITRAGES QUE MANUEL VALLS

Sur la fiscalité des entreprises, Macron reprend exactement les derniers arbitrages de Valls : une supposée baisse progressive de l’impôt sur les sociétés de 33% à 25% à la fin du quinquennat… un vœu pieux pour lequel nombre d’entrepreneurs attendent un plan complet et surtout un financement des mesures.

Enfin, Macron a décidé, au nom de son opposition factice entre rente et innovation, de concentrer ses attaques sur l’immobilier (comme il a peu été sur le terrain, ce dirigeant politique ne s’est pas aperçu que nombre des créations récentes d’emplois en France devaient plus à la construction qu’aux start-ups) : simplifier l’ISF est un objectif louable en faisant sortir le patrimoine professionnel, mais si on se contente de garder tous les actifs immobiliers, on ne résout pas le problème de tous ces propriétaires subitement assujettis à l’ISF avec la flambée des prix de l’immobilier.

UN EXERCICE DE DÉMAGOGIE

Il aurait mieux valu étudier un impôt séparé sur l’immobilier résidentiel de luxe. Ses vagues projets de taxation de la valeur locative sont bien sûr liberticides et détruiront les épargnants ayant fini de payer leur prêt immobilier. Enfin, son idée de supprimer la taxe d’habitation pour 80% des Français est un exercice honteux de démagogie :

a) Il est toujours facile de supprimer les impôts des autres, puisqu’il s’agit d’une ressource des collectivités locales, et non de l’État (qu’il commence par proposer un vrai programme de réduction de la dépense publique).

b) Comme pour l’impôt sur le revenu, le top 20% des payeurs de cette taxe n’est pas véritablement constitué de nantis mais plutôt de la classe moyenne, qui va devoir assumer le coût de cette taxe pour les 80% restant de la population. Monsieur Macron, qui a financé l’achat de son premier bien immobilier par un prêt du millionnaire Hermand, ne se rend pas compte des efforts consentis par cette classe moyenne pour devenir propriétaire.

Le détail des mesures du programme de Macron rappelle aussi que le candidat parait incapable de s’extirper de certaines contradictions ou incohérences : juxtaposer certaines de ces déclarations de ministre ou de candidat avec les non-arbitrages de son programme sur certains points ne laissera pas d’étonner.  Sur les 35h ? Le 9 Novembre 2016, le candidat s’attaque aux 35h : « quand on est jeune, 35h, ce n’est pas long, il faut donc plus de souplesse et de flexibilité » avant de préciser le 11 décembre : « la durée du travail restera à 35 heures ». Sur les allocations chômage ? Le 9 novembre 2016 : « quand vous avez un taux de chômage à 10%, la dégressivité des allocations est une mesure injuste », avant de dire le 30 Janvier «  la dégressivité fait partie des mesures dont les partenaires sociaux devront discuter ». Vraiment ? Alors même que l’UNEDIC serait nationalisée sous Macron ? Comment réconcilier ces deux déclarations avec son programme ?

Nous ne nous attarderons pas ici sur la vacuité du programme de Macron sur les questions régaliennes et de sécurité : alors que les zones de non-droit, les manifestations violentes, les ignominies terroristes, les attaques quotidiennes contre les forces de l’ordre se multiplient, il n’est nul besoin de regarder au-delà de l’économie pour être inquiet d’un quinquennat Macron. Sur le champ économique, tant d’incohérences et d’impréparation laisse présager cinq ans d’immobilisme et de souffrances supplémentaires pour les Français, dans la lignée du quinquennat d’Hollande.

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