Que cache la chiraquisation de François Hollande?

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François Hollande est en pleine chiraquisation. Son inauguration du musée « Jacques Chirac » en lieu et place du musée du quai Branly, en a donné une nouvelle manifestation. Le prononcé du discours mérite d’être relevé, parce qu’il dévoile en un quart d’heure les multiples raisons de cette adhésion à une vision très caractéristique de la fonction présidentielle et de la doctrine républicaine.


Discours lors de l’inauguration de l’exposition… par elysee

Pourquoi François Hollande se chiraquise

On notera tout d’abord les bonnes raisons que François Hollande peut trouver de multiplier les références à Jacques Chirac et, plus généralement, aux héritiers plus ou moins proches du gaullisme. Après son passage à Colombey-les-Deux-Eglises, la référence à son anté-prédécesseur tient presque du parcours touristico-religieux.

La manoeuvre est limpide, et même grossière en phase pré-électorale: François Hollande drague les électeurs républicains désorientés par le durcissement du discours à droite, notamment parmi les émules d’Alain Juppé. S’afficher comme compatible avec le gaullisme à l’approche d’une campagne où la diminution du nombre de fonctionnaires devrait être un thème de clivage majeur peut être un bon calcul, après tout.

Chirac ou l’effet miroir

Au-delà du calcul tactique dont personne n’est dupe, François Hollande a d’autres bonnes raisons d’enjamber les scissions politiques pour retrouver la figure chiraquienne.

Tous les deux sont des énarques élus en Corrèze, dans des bastions ruraux où ils ont pu donner libre cours à une sorte de radical-socialisme fondé sur l’immobilisme et la culture du notable. L’un et l’autre appartiennent à cette France (des débuts) de la IIIè République, dont la vie, en état végétatif, est artificiellement prolongée à coups de subventions, de dotations grotesques de l’Etat (l’aéroport de Brive en est la preuve), de surfonctionnarisation et de facilités en tous genres.

Peut-être même trouvera-t-on chez François Hollande un pincement pour cette époque où il présidait le conseil général de Corrèze (qu’il a mis en quasi-faillite), à l’abri de la pression présidentielle – le temps béni où il pouvait caresser le cul des vaches et serrer la pogne des paysans en se jetant des canons. Quelle était simple, cette France des années 90, où l’endettement public protégeait sans limite la professionnalisation d’une classe politique sans envergure, hyper-professionnalisée et nourrie au sirop de l’immobilisme facile.

L’espérance fétichiste de la réélection

La ressemblance ne s’arrête pas là! Comme Chirac, Hollande a aimé jouer la carte du bon gars qui ne se prend pas trop au sérieux, qui reste sympathique, bon vivant, dans l’adversité. Comme Chirac, il a mené une politique erratique, opportuniste, avec des revirements, des mesurettes, de l’esbroufe, des postures de communication sans envergure et sans vision à long terme.

L’invocation des esprits chiraquiens aujourd’hui répond manifestement à la croyance magique qu’une bonne transe sous hypnose en invoquant les dieux corréziens lui permettra le même tour de force que Chirac en 2002: celui d’une réélection inattendue avec un deuxième tour face au Front National. C’est le côté superstitieux de François Hollande.

L’invocation de l’antiracisme comme doctrine politique

Comme par hasard, c’est sur la doctrine floue et variable de l’antiracisme que Hollande a choisi de célébrer Jacques Chirac, le fondateur du musée du quai Branly. Ah! les arts premiers, symbole de l’égalité de toutes les cultures, de leur relativité au fond.

Incidemment, une doctrine républicaine nouvelle se diffuse à travers la célébration de ces arts premiers: la France n’est plus universelle, comme par le passé, parce qu’elle montre la voie de la civilisation. Elle est universelle parce qu’elle sait que toutes les cultures se valent et qu’elle leur fait, à chacune, une place égale sur son sol. Là où la France existait en donnant l’exemple, elle devient le réceptacle de l’exemple donné par les autres. Autrefois, la France tenait le flambeau. Aujourd’hui, elle tient un miroir.

Tiens! le délire terranovien du grand melting-pot métissant français a commencé.

L’ahurissante récupération diplomatique

Avec François Hollande, l’invocation de Chirac sert aussi à une récupération sans scrupule du topique « multiculturaliste » à des fins diplomatico-militaires. Il paraît que nous faisons la guerre à Bachar El-Assad parce que nous aimons les arts premiers et l’égalité entre toutes les civilisations. C’est pourquoi nous faisons la guerre aux dictateurs. Il fallait l’oser celle-là! Du Chirac dans le texte.

Dans le même temps, Hollande ne parle pas des autres dictateurs à qui il rend visite, notamment aux émirs saoudiens. Il fait en revanche l’éloge de l’antenne du Louvre qui doit ouvrir à Abu Dabi prochainement, comme preuve de l’attachement de la France à l’égalité de toutes les cultures et à l’amour de l’Humanité tout entière. Que des opposants soient régulièrement emprisonnés dans cet émirat islamiste ne pose toutefois pas problème à notre Président défenseur des Droits de l’Homme, que le chantier du Louvre ait été réalisé par des quasi-esclaves non plus. Sans parler de la censure morale qui reste très loin de notre mode de vie « universel ».

Immobilisme et opportunisme sont les deux mamelles du chiraquisme

Bref, François Hollande ne se gêne plus pour courtiser l’aile gauche des Républicains et se chercher une nouvelle vertu en invoquant tous les démons du chiraquisme, en particulier une capacité à tout justifier par n’importe quoi, et une résistance structurelle au changement.

L’avantage avec Hollande, c’est qu’une fois réélu on saura par avance dans quel état se trouvera le pays à la fin de son second quinquennat.

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