Les raccourcis d’Agnès Buzyn sur la santé des français

L'OCDE a sorti, ce vendredi 10 novembre, son rapport sur la santé dans les pays membres. Quatre jours plus tard, le gouvernement publiait un communiqué d'Agnès Buzyn qui se réjouissait des chiffres énoncés tout en annonçant les futures mesures à suivre. Seulement, ce communiqué semble assez incomplet.

En mettant en corrélation le communiqué d'Agnès Buzyn et le rapport de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), on s'aperçoit que ce dernier semble assez lacunaire. Entre prise partielle d'information et omission, démêlons le vrai du faux. 

L'espérance de vie des français est nettement au-dessus de la moyenne de l'OCDE

C'est vrai. Actuellement, les Français vivent en moyenne près de 2 ans de plus que la moyenne des pays de l'OCDE (82,4 ans en France contre 80,6 ans dans la moyenne OCDE). Mais ce nombre pour les français est largement boosté par l'espérance de vie des femmes. Ces dernières vivent plus de 86 ans ce qui place la France dans le quatuor de tête. Cependant, la moyenne masculine se trouve exactement au même niveau que la moyenne masculine de l'OCDE. 

Le taux de survie au cancer du côlon est supérieur à la moyenne OCDE

Là-encore, c'est vrai. Avec 63,7%, on constate même une amélioration en 2010-2014 par rapport à 2000-2004. Cependant, de nombreux pays font largement mieux. En tête, on retrouve l'Israël (71,7%), la Corée du Sud (71,6%) et l'Australie (70,6%). Mais là où le communiqué de la ministre de la Santé est lacunaire, c'est qu'il oublie de mentionner les résultats concernant le cancer du rectum, où la France présente un taux de survie inférieur à la moyenne OCDE. 

La démographie médicale est dans la moyenne

Pour cet indicateur, c'est vrai. Mais cela cache une réalité bien différente. Le problème ne vient non pas du nombre de médecins présents, mais de leur répartition sur le territoire. En termes de densité, la France est sous la moyenne européenne en ne présentant que 3,9 médecins en zone urbaine pour 1 000 habitants contre 4,2 pour la moyenne OCDE. En zone rurale, nous nous retrouvons pile à la moyenne (2,7 / 1 000 habitants).

Les français sont parmi les plus grands consommateurs d'alcool

L'affirmation est vraie. Et alors qu'Agnès Buzyn luttait contre le dicton qui disait qu'un verre de vin par jour était bon pour la santé, force est de constater que de nombreux progrès ont été faits dans le domaine puisqu'en 2004, la moyenne tricolore tournait plutôt autour de 14L d'alcool consommés par habitant par année qu'autour de 12L en 2015. Cependant, il est aussi possible de réduire le champ d'étude. Et là on observe que les jeunes français de 15 ans ont une consommation largement plus faible que ceux des pays membres de l'OCDE (16,5% des jeunes français ont été ivres au moins deux fois dans leur vie contre 22,3%). 

" La ministre se réjouit de ces indicateurs, qui attestent de la qualité de notre système de soins " 

Alors oui, les français sont globalement satisfaits de l'offre de soins qui leur est proposée. Cela peut donc être un motif de satisfaction de la ministre de la Santé. Mais une fois n'est pas coutume, il faut nuancer le propos. Agnès Buzyn explique que l'on possède l'un des restes à charge les plus faibles des pays membres de l'OCDE, propos que confirme le rapport. Mais quand on se penche plus en détails sur la nature de soins, on est bien obligé de se rendre à l'évidence : le reste à charge des patients français est supérieur à la moyenne de l'OCDE pour les produits pharmaceutiques, les appareils thérapeutiques et les soins hospitaliers. Seul le reste à charge des soins ambulatoires est inférieur. 

Enfin, elle n'évoque pas non plus le nombre grandissant de patients qui sont obligés de renoncer à leurs soins par manque de revenus. En effet, plus de 30% des adultes à faibles revenus qui étaient obligés de repousser leur prise en charge par manque de moyens en 2016, alors que la moyenne de l'OCDE n'était que de 25%.

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