Recyclage des déchets: Paris, ville catastrophe

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La Cour a utilement examiné la politique de recyclage et de gestion des ordures ménagères en Ile-de-France et à Paris en particulier. Voici ses conclusions:

Des résultats décevants en matière de recyclage et de collecte sélective

1 – Un taux de recyclage inférieur aux moyennes nationale et européenne

En 2014, 28 % seulement des 462 kilos de déchets ménagers et assimilés produits par habitant de la région, soit 125 kg, ont été orientés vers les filières de recyclage. Si, entre 2010 et 2015, ce taux a progressé de 25 % à 28 %, il reste très faible à Paris (17,4 % en 2015). Ces résultats sont très éloignés des objectifs de 45 % de déchets recyclés, fixés pour 2015 par la loi du 3 août 2009 de programmation relative à la mise en œuvre du Grenelle de l’environnement et encore plus des 55 % en 2020 et des 65 % en 2025, prévus par la loi du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte.

Ces faibles performances placent la région Île-de-France en net retrait par rapport à plusieurs régions et métropoles européennes.

De surcroît, en Île-de-France, région très urbanisée, les performances en matière de collecte sélective de déchets recyclables sont bien inférieures à la moyenne nationale, quel que soit le flux de déchets collectés. La collecte sélective spécifique des biodéchets alimentaires des particuliers, en vue de leur recyclage, est inexistante.

À Paris, sur les 66 000 adresses référencées en décembre 2014, le manque de place se traduisait par l’absence de bacs de collecte sélective des papiers et des emballages (hors verre) dans 9 900 immeubles (15 %) et de bacs de collecte sélective du verre dans 22 400 immeubles (34 %).

Autre élément pénalisant, la qualité de la collecte sélective reste très médiocre et sans amélioration depuis 2005. Le taux de refus de tri des déchets collectés à l’entrée des centres de traitement était de 25,7 % en 2014, pour un objectif fixé par le plan régional de 20 % en 2014 et de 15 % en 2019. Selon une étude de l’Ordif de 2016, s’ils étaient mieux triés, le recyclage des papiers et des cartons pourrait être multiplié par trois et celui des emballages plastiques par quatre. La région Île-de-France a, par ailleurs, adopté le 7 juillet 2016 un plan régional de lutte contre les dépôts sauvages de déchets. Un « fonds de propreté » est créé afin d’accompagner les collectivités franciliennes dans la lutte contre l’augmentation de ces flux illicites.

2 – Des gisements de déchets valorisables importants

Selon l’Ordif, en 2014, sur 3,5 millions de tonnes d’ordures ménagères résiduelles collectées, 57 % (2 millions de tonnes) étaient des déchets recyclables, cette part étant de 75 % à Paris. Mais cette même année, 73 % des déchets ménagers étaient encore collectés sans tri préalable des usagers, dans les bacs destinés aux ordures ménagères résiduelles.

Ainsi les biodéchets alimentaires représentaient un quart des déchets collectés dans les bacs d’ordures ménagères résiduelles, aucune filière de collecte dédiée n’étant pour l’heure organisée.

Pourtant la loi du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte prévoit une généralisation du tri à la source de ces biodéchets pour tous les producteurs à l’horizon 2025. Ils peuvent faire l’objet d’un compostage de proximité ou être triés par une collecte sélective dédiée, la loi laissant toute latitude aux collectivités quant au schéma de collecte.

Le tri à la source de ces biodéchets se développe sur une partie du territoire national et dans plusieurs pays européens.

La loi du 12 juillet 2010 portant engagement national pour l’environnement (dite « Grenelle 2 ») avait prévu, qu’à compter du 1 er janvier 2012, le tri à la source et la valorisation des biodéchets seraient obligatoires pour les producteurs importants. Alors que cette obligation vaut, depuis le 1er janvier 2016, pour ceux qui produisent plus de 10 tonnes par an de biodéchets (c’est le cas des restaurants produisant plus de 300 repas par jour et des commerces alimentaires), la collecte des biodéchets alimentaires reste quasi-inexistante en Île-de-France.

Les bonnes pratiques de tri des biodéchets en France et en Europe

En France, depuis 2002, la communauté d’agglomération de Lorient – majoritairement semi-urbaine – collecte 40 kilos par habitant et par an de biodéchets en porte-à-porte, correspondant à la moitié du potentiel. Lorient agglomération met à disposition des sacs biodégradables et des bio-seaux, y compris en habitat collectif. Les sacs sont jetés dans un bac spécifique. Les biodéchets sont utilisés pour produire un compost certifié « agriculture biologique ».

Montpellier Méditerranée Métropole développe depuis 2015 l’apport volontaire des biodéchets des particuliers dans des conteneurs de 500 litres situés sur cinq sites. Ils sont démontés une fois par semaine pour être apportés dans une usine de compostage.

En Europe, Milan (1,2 million habitants) collecte en porte-à-porte les biodéchets alimentaires et obtient 50 % de tri à la source. Ils sont collectés dans des sacs transparents compostables, disposés dans des bio-seaux puis déposés dans des bacs de 120 litres. 90 kilos par habitant et par an sont collectés, avec seulement 3 % d’erreur de tri. Un contrôle de la qualité du tri est prévu, sanctionné par des amendes.

Barcelone (1,6 million habitants) collecte en apport volontaire les déchets alimentaires, dans des conteneurs en surface. Le service public collecte 72,9 kilos par habitant et par an de biodéchets. Barcelone n’a pas instauré de contrôle exhaustif ni de sanction sur la collecte des biodéchets.

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2 commentaires sur Recyclage des déchets: Paris, ville catastrophe

  1. Si Savoie et Haute-Savoie ont signé la convention zéro déchet, ça déborde plutôt. Et, lorsque j’en parle à mes voisins (quelques composteurs servent à ranger les jouets des gamins..), on me regarde comme si j’étais une extra-terrestre.
    J’ai abandonné de ramasser les bouteilles plastique dans les prés alentour, d’autant que je vois les gamins manger leur pizza devant les entrées d’immeuble et repartir en laissant leurs saletés par terre. Les repas en famille sont en voie de disparition.

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