En route pour la même chienlit que 1958?

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Tout le monde se souvient de la chienlit de 1968. Mais il en est une, que l’on croyait conjurée, écartée, impossible à revoir: celle de 1958. En suivant les développements quasi-horaires maintenant de la campagne hostile à François Fillon, on se demande pourtant si le destin de la Vè République n’est pas de finir comme sa prédécesseuse. Plus d’un trait commun accentue en effet les ressemblances entre ces deux soeurs.

La chienlit des impossibles majorités parlementaires

Et tout d’abord, bien entendu, c’est l’absence de majorités parlementaires qui frappe dans les deux cas. La IVè République fut balayée parce que le jeu des partis y rendait impossible la décision politique, faute de majorités à l’Assemblée. Avec François Hollande, le groupe socialiste a montré qu’un parti pouvait être (largement) majoritaire mais incapable de décider.

Le mouvement des frondeurs est parvenu, pendant cinq ans, à rendre impossible l’exercice du pouvoir, jusqu’à forcer Manuel Valls à dégainer le 49-3 pour faire passer une loi que son adversaire, à la primaire, se promet de détricoter. C’est quand même inédit…

Le phénomène n’est pas seulement anecdotique. Il prouve le malaise général de notre constitution qui donne des pouvoirs mal calibrés à des minorités. En lui-même, le groupe des frondeurs a prouvé que le régime de la Vè République n’était plus qu’une mécanique sans âme. Certes, il permet de dégager des majorités formelles. Mais les partis qui concourent à l’exercice ne représentent plus rien… en tout cas plus aucune idéologie vivante dans l’opinion.

La culture de l’opacité est devenue insupportable à l’opinion

Dans l’affaire Fillon, les réponses apportées par le candidat aux questions de l’opinion, pourtant simples (votre femme a-t-elle oui ou non occupé un emploi fictif?), ont montré la rupture profonde entre les décideurs politiques et les citoyens qui les ont élus.

N’importe quel citoyen est soumis à d’innombrables contrôles qui l’obligent chaque jour à justifier de sa situation professionnelle: contrat de travail, droit du travail, formalités multiples, rendent impossible la situation où on ne sait plus très bien si l’on dispose ou non d’un contrat de travail en miroir à sa rémunération. Le fait que François Fillon puisse expliquer haut et fort qu’il a employé sa famille sans se souvenir de ces “détails” (alors qu’il est très méchamment attaqué par la presse sur ce sujet) montre bien le décalage majeur, fondamental, entre la perception commune du monde et celle de nos responsables politiques.

Ce décalage oppose le monde de la transparence sur toute chose dans laquelle le citoyen ordinaire vit, et celle de l’opacité qui continue à régner dans la classe dirigeante. Cette opposition n’est plus acceptée par l’opinion.

La dangereuse chienlit, la grande menace pour nos libertés

Je regardais hier le Quotidien de Barthès, et, comme beaucoup de Français, j’ai assisté éberlué à l’évacuation manu militari à la demande du Front National des journalistes qui ne plaisent pas à Marine Le Pen. Il est évidemment difficile de ne pas voir que, dans la chienlit qui règne, cette extrémité-là nous guette, et paraîtra à l’opinion infiniment préférable au grand bordel qui existe par ailleurs.

C’est précisément ce qui inquiète aujourd’hui. Le désordre tel qu’il se présente ouvre des boulevards, y compris à des gens dangereux, y compris à des gens qui détestent la liberté de la presse, y compris à des gens qui donnent des claques aux élus qui ne leur plaisent plus. Derrière l’affaire Fillon, ce sont aujourd’hui nos libertés publiques qui sont fragilisées, et cette fragilité vient beaucoup plus vite qu’on ne le croit.

Un coup serait-il salutaire?

La question est bel et bien ouverte… Comme en 1958. On n’y croyait pas. L’histoire et son éternel recommencement…

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5 commentaires sur En route pour la même chienlit que 1958?

  1. Les électeurs ne font plus confiance aux politiques depuis longtemps, ils mettent en doute l’honnêteté de ces derniers, peut-être à tort, mais ils ne font rien pour améliorer leur image. Ils ne tapent peut-être pas dans la caisse, mais il s’octroient légalement des avantages qui seraient trés certainement répréhensibles pour le commun des mortels. Retraites cumulés, reversion cumulées, avantages financiers exorbitants aux anciens présidents de la République, malgré ttes les erreurs commises etc…, etc…, etc…

    • Oui en effet quand les faiseurs de lois ont détourné le système législatif à leur profit.
      Les élections législatives ne sont plus le choix d’un favori mais un choix entre “peste OU choléra” ou juste “contre le choléra”.
      Que les sondages viennent rapidement confirmer par la décote de l’élu.

      Les hommes politiques ne représentent plus grand monde en France, à par eux-mêmes et les parties politiques.

      Les “Sa coûte rien c’est l’état qui paie” ou 500 000€/an pour coiffer le monarque français, Cahuzac etc…., me sont devenu incompréhensible et insupportable.
      Alors que la France a ~100% de dette PIB à ~2200 M€ affiché (partie visible de l’iceberg), que la sécu via “cades” c’est ~150 M€ de dette.
      Moi “En bon père de famille” qui m’évertue à garder à flot mon bateau famille ne comprend absolument pas comment des politiques ont le droits de faire du bateau France un sous marin tel la Grèce ou Chypre ???

      Pire maintenant ils se sont donné le droit de piller l’assurance vie des français loi SAPIN 2 article 49 pour couvrir en cas de hausse des taux d’intérêt leur erreurs de décision.

      En sommes il y a une caste d’élu qui décide et une caste qui paie toujours plus pour les erreurs des élus et leur privilèges.

      A vomir.

  2. Le monopole des médias publics par des gens qui pensent la même chose, ça suffit !
    J’aimerais que mon argent ne serve pas à alimenter des gens qui aime me cracher à la figure, comme Barthez et sa bande, mais aussi la LDH, le MRAP… etc

  3. Le régime malade se délite sous nos yeux. Les inégalités se creusent, pourtant presque aucun politicien n’avoue l’évidence, que la croissance ne fait que baisser depuis 40 ans et ne remontera jamais, et promet toujours des lendemains prospères où on rasera gratis, auxquels plus personne ne croit plus. Non, ils ne font que défendre des privilèges de plus en plus indus au milieu de conditions générales qui se dégradent.

    Ça ne va pas vous plaire, mais le seul politicien sérieux qui parle de vraiment mettre un coup de pied dans la fourmilière en appelant une constituante tellement nécessaire aujourd’hui (on ne dirige pas un pays dont 70% des gens ont fait des études supérieures comme on dirige un pays où 70% a le certif’) c’est Mélenchon. Indépendamment de ce qu’on pense de son programme, même.

  4. « …Si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change…»; n’est pas l’éternel et secret moteur des bureaucrates qui nous sucent la moelle et qui ont toujours étaient prêts, en dernière extrémité, à faire des “révolutions” ou des guerres pour pouvoir garder leur place

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