Sécurité: la droite prépare-t-elle la revanche de la technostructure?

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Dans le débat sur la sécurité, thème favori des présidentielles, opportunément relancé par l’opération de guérilla menée à Viry-Chatillon, la droite a commencé à dévoiler ses intentions véritables pour 2017: la revanche de la part de technostructure écartée du pouvoir en 2012. Certains imaginaient qu’une petite cure d’opposition avait permis aux esprits de prendre du recul et de réinventer des paradigmes obsolètes. Pas du tout! le logiciel de 2007 (celui présenté avec mordant par Buisson comme une vaste arnaque) est resté intact et ne demande qu’à reprendre du service.

Péchenard, meilleur exemple de la revanche?

Dans cette espèce de grand remake auquel les Républicains nous préparent, Frédéric Péchenard, bras droit de Sarkozy et ancien directeur général de la Police Nationale, se propose de jouer le rôle principal. Son numéro sur BFM TV hier a laissé pantois:

On a bien compris: les problèmes de délinquance, en France, sont dus aux défauts de la justice, au manque d’arsenal répressif pour les policiers. Mais en aucun cas, les problèmes d’organisation interne de la police ne sont en cause, et en aucun cas le management de la police ne doit être passé au crible. On dirait du Cazeneuve sans Cazeneuve! circulez y a rien à voir!

Et pourtant, la police a des problèmes à régler

Dans l’affaire de Viry-Chatillon, il est pourtant évident que les problèmes structurels de la police nationale sont aussi en cause. La cité de la Grande Borne est parfaitement connue comme une zone de non-droit (n’en déplaise à Péchenard et à sa langue de bois, ces zones existent, et le seul fait d’en nier l’existence en dit long sur le déni revanchard dont les Républicains sont porteurs), et ça ne date pas d’hier. S’agissant de la caméra protégée par les policiers brutalement attaqués dimanche, depuis plusieurs semaines des opérations à la voiture bélier avaient eu lieu sur place.

Pourquoi a-t-on envoyé des effectifs mal préparés et mal protégés en faction, donc comme cibles faciles, en plein état d’urgence, dans un coupe-gorge aussi dangereux, comme attachés à un poteau au milieu d’un désert survolé par les vautours? La question mérite d’être posée à la hiérarchie locale.

La police et ses choix d’organisation sous Péchenard

Tout ceci oblige à revenir à l’état dans lequel Péchenard et le gouvernement Fillon ont laissé la police en 2012. Un bref rappel s’impose, manifestement: les impétrants avaient taillé dans le vif des effectifs sur le terrain, spécialement sur les terrains les plus criminogènes, tout en affirmant que la sécurité était leur priorité. Pendant ce temps, l’administration centrale de l’Intérieur se gavait.

Certes, la gauche a non seulement continué cette politique mais l’a même aggravée, portant à 7.000 fonctionnaires les effectifs de la place Beauvau proprement dite (soit plus d’effectifs que l’administration centrale de l’Education Nationale pour dix fois moins de fonctionnaires).

Il n’en reste pas moins que Péchenard a été l’homme d’une gestion aristocratique, imposant une cure d’austérité au tiers état pour mieux engraisser les courtisans qui l’entouraient. En l’écoutant hier, on a compris que, pour lui, 2017 était l’année d’une continuité assumée dans un parisianocentrisme que le pays rejette.

Les Républicains tous en coeur pour continuer la réaction nobiliaire

Dans le petit débat improvisé entre candidats à la primaire que BFM a organisé hier sur son plateau, il ne s’est d’ailleurs trouvé personne pour mettre à plat le sujet. Unis comme un seul homme, tous ont expliqué, en regardant le bout de leurs chaussures, qu’il n’y avait pas de problème d’effectifs policiers sur le terrain. Il suffit pourtant de passer une heure dans un quartier difficile et une heure dans un beau quartier de Paris pour le vérifier soi-même: n’importe quel Français peut observer qu’on voit dix fois moins de policiers là où les délits sont commis que là où ils sont rares.

Mais qu’à cela ne tienne! personne, chez les Républicains, n’a envie de se livrer à son droit d’inventaire sur la politique de Sarkozy, et il vaut mieux nier les évidences, comme la gauche l’a fait depuis 5 ans, en assénant que tout fonctionnait parfaitement dans la police nationale.

La droite a déjà vendu la peau de l’ours

La campagne pour la primaire devrait confirmer l’horreur du spectacle auquel nous avons assisté hier sur BFM. Les Républicains sont des fainéants repus. Ils sont tous convaincus que le vainqueur de la primaire sera le vainqueur facile et naturel de la présidentielle. Cette grave erreur d’analyse dispense donc de tout effort de remise à plat, en particulier de réflexion approfondie sur la réforme de l’Etat.

Or, on voit mal comment les promesses sur la diminution des dépenses publiques pourront être tenues sans un réexamen en profondeur de l’Etat et de son fonctionnement. Mais, beaucoup à droite ont sans doute l’illusion qu’en échange d’une baisse d’impôts les Français accepteront sans broncher une réduction des services publics, et qu’il ne faut pas chercher plus loin…

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A propos Éric Verhaeghe 148 Articles
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