SNCF: le gouvernement bousculera-t-il les réticences de l’État profond?

Pour la SNCF, la semaine qui s’annonce est cruciale: ce mercredi, le gouvernement doit dévoiler son projet de loi d’habilitation autorisant le recours aux ordonnances. Jeudi, Guillaume Pépy doit dévoiler sa feuille de route… sous la menace d’une décision syndicale de recourir à la grève. Partout, les « élites » appellent Emmanuel Macron à parier sur le dialogue avec les cheminots (entendez: avec les syndicats de cheminots…). Macron tiendra-t-il sa ligne?

Elles sont nombreuses, les voix qui appellent Emmanuel Macron à ne pas foncer comme un hussard dans la réforme de la SNCF, et qui lui conseillent de tergiverser avec les organisations syndicales. L’anniversaire de la compagnie leur a donné l’occasion de s’exprimer massivement

L’État profond ne veut pas de réforme systémique de la SNCF

Le récit du quatre-vingtième anniversaire de la SNCF vaut en tout cas son pesant de cacahuètes. Tout ce que le rail français comporte comme « huiles » est venu déclarer publiquement que le recours aux ordonnances était une mauvaise idée. Il est tellement plus souhaitable d’organiser une concertation avec des syndicats qui ne veulent toucher à rien, ou presque, pour préserver la paix sociale, au prix, il est vrai, d’un renoncement à réformer… Mais une bonne réforme, en France, doit forcément prendre 10 ans, et préférer le consensus à la performance. C’est bien connu. 

On remerciera, à cette occasion, le gratin de la décision publique d’avoir dévoilé sa conception profonde de la réforme. Alors que la SNCF perd notoirement de l’argent (quel que soit son résultat opérationnel, l’entretien des voies plombe les résultats du groupe), il vaut évidemment mieux préférer l’eau tiède et prôner la demi-mesure comme technique de gouvernance. On comprend mieux comment cette désastreuse mentalité de l’État profond a transformé la France en lanterne rouge de l’Union Européenne. 

Comment la CGT exprime la vision de l’État profond

De ce point de vue, l’État profond, cet ensemble composite où se mêlent la technostructure et les faiseurs d’opinions, se contente de répéter en l’arrondissant le discours caricatural de la CGT. Celle-ci a produit un rapport sur les mesures à prendre pour développer le rail français que chacun ferait bien de lire. Le mot « digital » apparaît une fois dans les 50 pages du texte, pour expliquer qu’il ne fait pas tout. Et l’expression « qualité de service » apparaît 5 fois, notamment pour expliquer que son amélioration passe par l’emploi de cheminots sous statut…

Cette espèce de tarte à la crème de la pensée étatiste ne peut que flatter l’État profond, toujours à l’affût de possibilités nouvelles d’expansion. Il n’est toutefois pas sûr que les utilisateurs réguliers du rail en France soient parfaitement à l’unisson de ces constats. 

Ceux-ci ont néanmoins l’intérêt d’être fortement appuyés auprès du gouvernement. 

Emmanuel Macron tiendra-t-il jusqu’au bout?

Face à ces pressions, il sera intéressant de voir si Emmanuel Macron dispose encore de coudées suffisamment franches pour aller jusqu’au bout. On craint moins, ici, les agitations syndicales (qui tardent à s’exprimer) que les réticences de l’État profond lui-même. La publication de sa feuille de route par Guillaume Pépy, jeudi prochain, sera instructive. Ce vieux renard sait que les textes européens qui obligent à la libéralisation du rail permettent un report de la mesure jusqu’en 2023, et l’insertion de nombreuses exceptions et réserves. 

Utilisera-t-il toutes ces marges pour retarder le plus possible un mouvement historique? Ou sera-t-il porteur d’une dynamique de changement?

Pour le Président, le dossier SNCF constituera incontestablement un test à la fois de crédibilité et de marges politiques…

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