Oxfam et les dividendes du CAC 40: l’injonction nationale des multiculturalistes

19 mai 2018 Eric Verhaeghe 0

OXFAM a livré cette semaine un « rapport » sur les dividendes du CAC 40 qui a fait le buzz. Intitulé de façon très nuancée: « CAC 40 – des profits sans partage », et sous-titré de manière tout aussi nuancée: « comment les grandes entreprises françaises alimentent la spirale des inégalités », il a permis de dénoncer une nouvelle fois les profits (éhontés, bien entendu), des grandes entreprises françaises. Ce brûlot à charge méritait qu’on y revienne, tant il constitue une vision complètement à côté de la plaque du capitalisme français.  Rapport OXFAM sur les dividendes du CAC 40 2018 de Société Tripalio Le propos d’OXFAM était simple, et permettait d’ailleurs de se dispenser de la lecture du document, tant il visait, comme une homélie un dimanche de Pâques, à nourrir la foi des convaincus beaucoup plus qu’à convertir les prosélytes: les grandes entreprises distribuent trop de dividendes aux très riches, en spoliant les salariés misérables qui créent la richesse. Il fut une époque où ce poncif était l’apanage des partis politiques, Parti Communiste en tête. Il est amusant de voir que le démenti imposé à ces forces agonisantes par les défaites électorales transfère désormais à des organisations non gouvernementales la charge de garder le […]

Pour qui roulent vraiment les adversaires de la loi travail?

6 avril 2016 Eric Verhaeghe 0

La mobilisation contre la loi travail donne lieu à un superbe déferlement de postures faciles, à l’instar d’Anne Hidalgo, ce matin sur France Inter, qui expliquait sans rire que le plafonnement des indemnités de licenciement n’était pas une mesure « humaniste ». Cette ancienne inspectrice des affaires sociales, qui cumule sa retraite avec ses indemnités de maire, surfe sur une vague de velours: le bien, l’humanité, c’est défendre le droit du travailleur contre le capital, alors que la loi travail fait tout le contraire. Y a-t-il idée plus belle, plus simple, plus gentille à défendre dans les dîners en ville? Le droit du travail et le capital Pour comprendre la perversité de cette idée, il faut évidemment relever ses non-dits et mesurer « pragmatiquement », comme dirait Anne Hidalgo, l’impact exact de ses conséquences. À ce jeu, il apparaît vite que les revendications hostiles à la loi travail font toutes le bonheur du grand capital et de la rente face à l’émergence d’une catégorie d’entrepreneurs étouffés par les normes sociales en vigueur. Mettons les pieds dans le plat: le sujet de la loi travail consiste bien à diminuer une part des garanties et des protections obtenues par les salariés au fil des décennies. Ce […]

Loi travail: la gauche de la gauche, meilleure alliée du grand capital

30 mars 2016 Eric Verhaeghe 3

La loi Travail a reçu son baptême officiel du feu aujourd’hui en Conseil des Ministres. Immédiatement, le rapporteur du texte, Christophe Sirugue, interviewé en son temps dans nos colonnes, a apporté une précision: « Si je n’avais pas eu l’assurance qu’il y a une possibilité de faire bouger le texte pendant le débat parlementaire, je n’en serais pas le rapporteur », a-t-il dit à Reuters. « Mais l’objet n’est pas de détricoter le texte. » Il est donc confirmé que le débat parlementaire portera des atteintes profondes au texte dans sa version déjà réécrite par le gouvernement. Tout le monde a ici en tête l’intervention des frondeurs, conduits par Christian Paul, député socialiste qui porte des jugements d’autant plus péremptoires sur l’application du droit du travail qu’il n’a jamais mis les pieds dans une entreprise (en tant que productif, en tout cas). Ceux-ci ont produit une sorte de contre-loi avec les syndicats contestataires qui devrait donner lieu au pire. Une guerre d’amendements est donc à prévoir. Celle-ci sera d’autant plus serrée que la droite a annoncé son intention de ne pas voter le texte. Manuel Valls aura donc besoin de l’appui de sa majorité pour faire adopter sa réforme. A priori, et comme l’a […]

Henri de Castries abandonne un capitalisme au bord du gouffre

23 mars 2016 Eric Verhaeghe 0

Henri de La Croix de Castries, PDG d’Axa, a annoncé qu’il quittait l’entreprise en septembre 2016. Rien n’exclut que ce départ soit contemporain d’une débâcle boursière systémique, ce qui ne manquerait pas d’ironie. Cet ancien de la promotion Voltaire laisserait alors à son successeur le soin de gérer le désordre d’un capitalisme à l’agonie auquel Castries a longtemps résisté. Castries et le capitalisme de connivence Castries n’a pas toujours fait figure de résistant au capitalisme financier et aux visages qu’il peut prendre en France. Il en constitue même une sorte de parangon pur. Ancien de Saint-Jean-de-Passy et du collège Stanislas, Castries a enchaîné les lieux d’excellence: HEC avec Denis Kesler, qu’il retrouvera quelques années plus tard à la FFSA, puis chez Axa, puis l’ENA avec François Hollande qu’il retrouvera régulièrement. Ancien inspecteur général des finances, Castries est connu pour la puissance de ses réseaux. Bien implanté dans le monde catholique, il est aussi l’un des Young Leaders (une tradition chez Axa) qui travaillent au rapprochement entre la France et les Etats-Unis, puis un important activiste du groupe de Bilderberg dont il devient président en 2011. Cette omniprésence dans les milieux d’influence caractérise la pratique française du capitalisme, obsédée par l’affectio […]