Pourquoi la SNCF doit organiser un referendum

8 juin 2016 Eric Verhaeghe 0

Les grèves à la SNCF sont en passe de s’ancrer dans la vie politique et sociale française comme une donnée brute contre laquelle personne ne peut lutter. Contrairement au discours dominant, qui incriminie volontiers les seuls syndicats contestataires dans ce conflit, il paraît difficile aujourd’hui d’exonérer la direction de l’entreprise de ses responsabilités dans le pourrissement du conflit. La CGT et sa responsabilité Certes, depuis le départ de Bernard Thibault, la CGT Cheminots traverse une phase difficile. Ses leaders successifs ont peiné à renouveler leur genre et c’est aujourd’hui un syndicalisme en roue libre qui agite le communisme ferroviaire (puisque celui-ci existe encore). Didier Le Reste, qui avait succédé à Thibault (tout en restant officiellement contrôleur dans les trains, son métier d’origine), puis l’actuel secrétaire de la Fédération, Garrel, n’ont pas l’étoffe de leur illustre prédécesseur et s’appuient sur une logique de clientèle pour mener leur combat: ne pas fâcher les militants. Cette conception est certes toxique et illustre le déclin de l’intérêt général dans le syndicalisme contestataire. C’est un fait: l’esprit de 1947 où la CGT avait renoncé à la grève pour reprendre la production n’existe plus. Mais cet abandon n’explique pas tout. La surenchère due à la loi […]

Exclusif: la CGT négocie-t-elle un retour aux désignations?

8 juin 2016 Eric Verhaeghe 0

Sans la Nuit Debout, sans intersyndicale, la CGT aura finalement plutôt réussi son coup: celui d’imposer à Manuel Valls un arrangement de sortie de crise dont personne ne sait encore ce qu’il contiendra. Selon nos informations, il pourrait être assorti de « clauses secrètes » dont une partie devrait desserrer l’étau qui pèse sur le financement du syndicat. La question de l’article 2 de la loi Forcément, Manuel Valls devra lâcher du lest sur l’article 2 de la loi: c’est la condition pour que les esprits reprennent leur calme. Il est même vraisemblable que le gouvernement invente l’encadrement des accords d’entreprise par des commissions paritaires de branche qui n’avaient jusqu’ici que très peu de pouvoirs. Au passage, la décision du 13 juin 2013 du Conseil Constitutionnel avait déclaré inconstitutionnels, car contraire à la liberté d’entreprendre, des mécanismes de branche (en protection sociale complémentaire) contraignants pour les entreprises (les fameuses clauses de désignation). Les Sages accepteront-ils cette fois ce qu’ils ont interdit il y a trois ans? Incontestablement, l’affaire sera à suivre de près. Des contreparties à la SNCF et dans la culture Parallèlement, on sait que la CGT a obtenu un autre cadeau, mais par la CFDT interposée: la modification du projet […]

Loi Travail: les branches protègeront-elles vraiment les salariés?

1 juin 2016 Eric Verhaeghe 0

Les branches sont-elles vraiment plus protectrices que les entreprises, pour les salariés? Les débats sur la loi Travail assurent le triomphe de l’idéologie et des fantasmes qui l’accompagnent. Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, en a encore donné un très bel aperçu sur BFM TV, en soutenant sans rire que les accords de branche étaient par principe plus favorables que les accords d’entreprise. C’est d’ailleurs sur cette croyance naïve que s’appuie l’essentiel du discours tenu par les opposants à la loi travail: l’accord de branche accorderait des garanties que l’accord d’entreprise menace. On n’en voudra évidemment pas à Philippe Martinez de servir cette soupe manichéenne: face à des journalistes éloignés de ces réalités et à des politiques totalement ignorants des règles en vigueur dans le secteur privé, la tentation est forte d’imposer ces petits (et gros) mensonges sans ménagement ni finesse. Une petite mise au point s’imposait donc. L’exemple de la chimie Prenons, au hasard, la branche dont relève la fédération la plus active (en ce moment) de la CGT, celle où se retrouvent les grévistes qui bloquent les dépôts de carburants: la chimie et ses industries. Il suffit de jeter un coup d’oeil sur l’état du dialogue social […]

Loi Travail: vers un triomphe des cartels et des ententes?

1 juin 2016 Eric Verhaeghe 1

La Loi Travail est-elle en train de partir en vrille? oui, évidemment. Et les solutions pour rétablir l’équilibre de l’avion pourraient se révéler bien pires que le mal! des députés socialistes proposent en effet de mettre en place, dans la loi, un mécanisme qui équivaudra au triomphe des cartels et des ententes. La loi Travail consacrera-t-elle le pouvoir de la branche? Bruno Le Roux, président du groupe PS, et Christophe Sirugue, rapporteur de la loi, ont vendu la mèche hier: réécrire l’article 2 du texte, qui prévoit l’inversion des normes, pour le rendre acceptable par Force Ouvrière. Cette solution permettrait de réduire encore un peu plus les opposants au seul camp de la CGT. La solution consisterait donc à donner un contrôle aux branches sur les accords d’entreprise. Si une commission paritaire de branche professionnelle juge que l’accord d’entreprise comporte un risque de dumping social ou de concurrence déloyale, les syndicats qui y siègent pourront dire aux salariés mandatés ou aux délégués syndicaux concernés « vous ne signez pas », a-t-il expliqué. S’ils n’obtempèrent pas, ils pourront se voir retirer leur mandat. Le triomphe des cartels et des ententes Comme la loi Travail ne propose aucune réforme de la composition des commissions […]

La loi Travail, ou le triomphe final de l’étatisme

1 juin 2016 Eric Verhaeghe 0

Quelques mois après le lancement complètement raté de la loi Travail, un premier bilan de la confrontation mérite d’être tiré. Au-delà de la polarisation assez fausse entre libéralisme d’un côté, et protection des salariés de l’autre, c’est une autre lecture qui se dégage peu à peu: celle qui oppose plutôt l’étatisme de la représentation nationale et la confiance dans la démocratie sociale dont se revendiquent les entreprises. Libéralisme et protection: la fausse opposition Au vu de la rédaction actuelle de la loi, plus personne ne peut réellement prétendre que celle-ci procède d’un libéralisme échevelé qui mettrait en danger la protection des salariés. La mécanique de l’accord majoritaire à 50% exclut en effet les manipulations massives comme certaines ont pu survenir dans le passé. Seul un accord accepté par des syndicalistes élus représentant au moins la majorité des salariés pourra passer la rampe des négociations internes à l’entreprise. En contrepartie de ce dispositif, les salariés obtiennent des droits nouveaux, comme la création du compte personnel d’activité. Le triomphe de l’étatisme Depuis le début, cette mécanique consistant à déposséder les députés de leur pouvoir normatif au profit du dialogue d’entreprise est diabolisée par une part importante des principaux concernés. Officiellement, c’est au […]

Loi Travail: glissement progressif vers le délire

25 mai 2016 Eric Verhaeghe 0

Pour le gouvernement, la loi Travail (toujours aussi vivante que le canard de Robert Lamoureux) se transforme en véritable chemin de croix, dont on peut désormais se demander s’il ne conduira pas Manuel Valls au Golgotha gouvernemental vulgairement appelé la démission. Après un virage initial à 90° imposé par les syndicats réformistes, puis un recours au 49-3 imposé par les Frondeurs, c’est à une bien plus gênante agrégation progressive de multiples grèves que le Premier Ministre est désormais confronté. Le secteur privé ouvre désormais la voie La grève, on le sait, est le sport où la France brille avec le plus de facilité et de naturel. Très peu de nations (en dehors du Venezuela) peuvent lui contester son primat. Ces dernières semaines, elles demeuraient toutefois l’apanage du secteur public, grand consommateur de conflits sociaux. La nouveauté apparue la semaine dernière tient au développement de la grogne dans le secteur privé, qui apparaît désormais comme l’initiateur du mouvement. Les premiers à débrayer ont été les chauffeurs routiers, directement impactés par la modification du calcul des heures supplémentaires rendue possible par la loi Travail. Le gouvernement s’est empressé d’éteindre l’incendie en prenant un engagement relativement creux sur la préservation des acquis sociaux dans la branche. Même […]

Loi Travail : La flexibilité à la tête du client ?

25 mai 2016 A. ANDRE 0

Selon une étude « Harris Interactive »[1], 85% des chefs de petites et moyennes entreprises ne se sentiraient pas concernés par les mesures d’aménagement du Droit du Travail proposées par la Loi El Khomri. Et pour cause: à défaut d’accord (ou tout simplement d’interlocuteurs pour négocier …), les possibilités de dérogation à la loi se réduisent comme peau de chagrin. La conséquence du monopole syndical de négociation La souplesse aux entreprises constituait le maître mot du projet de « Loi Travail ». Un besoin d’adaptation des règles légales qui ressortait déjà des récents rapports Combrexelle ou Badinter. En clair, à défaut d’alléger le Code du Travail, on mise sur la négociation collective pour conclure des accords dérogatoires au plus proche du terrain. L’idée est qu’au niveau de l’entreprise, les partenaires sociaux seraient conscients de la situation économique, financière et sociale de leur société, et donc plus légitimes à conclure des accords moins favorables que la loi, et définir d’éventuelles contreparties. Mais si l’on veut promouvoir la flexibilité par le dialogue social, encore faut-il s’intéresser aux conditions de conclusion des accords et les personnes habilitées à négocier. Or, c’est bien là que le bât blesse: cette souplesse promise par le Gouvernement […]

Loi Travail: l’opacité des branches professionnelles peut-elle durer?

25 mai 2016 Eric Verhaeghe 0

Les branches professionnelles seront-elles l’os que le gouvernement ne pourra digérer? La loi Travail entame la navette parlementaire, et le gouvernement n’est probablement pas au bout de ses mauvaises surprises sur ce sujet devenu épineux. L’une des grandes faiblesses de son texte tient en effet à sa timidité sur la question très mal connue des branches professionnelles, mais qui risque bien de lui revenir en boomerang dans la figure. La branche, instrument de discrimination des TPE C’est le gouvernement qui fait le choix de se « cornériser » tout seul sur le sujet en conférant à la branche le pouvoir exorbitant d’autoriser ou non les dérogations au code du travail dans les très petites entreprises. Faute de disposer d’institutions représentatives du personnel, en effet, celles-ci seront privées de la possibilité de déroger à la loi par accord d’entreprise. Une alternative aurait pu être trouvée en rendant possible le mandatement dans toutes les TPE, mais le gouvernement n’a pas souhaité explorer cette voie. Donc, si nos entreprises de moins de dix salariés veulent bénéficier des mêmes dérogations que les autres, elles sont obligées de disposer d’un accord de branche. La branche est donc devenue le poumon essentiel de la flexibilité en France pour […]

Loi Travail: qui, à la CGT, est à la manoeuvre?

25 mai 2016 Eric Verhaeghe 0

La CGT mène une campagne active contre la loi Travail. Si les mouvements de blocage se développent sous la bénédiction de Philippe Martinez, la confédération apparaît relativement en retrait par rapport à certains syndicats locaux très actifs. En voici un rapide passage en revue. Les transports, mi-figue mi-raisin Après les appels de Philippe Martinez à la grève reconductible, la CGT Transports s’est assez rapidement sentie pousser des ailes. Certains syndicats locaux ont fait preuve d’un véritable activisme, comme le syndicat de Geodis, filiale de la SNCF. La fédération des Transports est toutefois très divisée et son secrétaire, Jérôme Vérité, qui a annoncé qu’il n’y aurait aucun blocage de routes, n’appartient pas à l’aile la plus dure de la confédération. Proche de Thierry Lepaon, Jérôme Vérité s’est d’ailleurs empressé de « dealer » un arrangement avec le gouvernement, dont la valeur est très relative, mais qui justifie une sorte de crise. Sur ce point, Manuel Valls peut donc être rassuré. La chimie, une fédération plus explosive La fédération de la chimie apparaît comme beaucoup plus soudée et organisée pour faire face à la grève. C’est d’ailleurs elle qui a efficacement pris le relais pour bloquer les raffineries et les dépôts d’essence. Conduite par […]

La loi Travail veut tuer les franchises

18 mai 2016 Eric Verhaeghe 0

À rebours du discours officiel, les réseaux de franchise devraient payer un prix très élevé à la loi Travail. Là où le gouvernement avait annoncé une simplification de la vie des entreprises, les franchisés devraient désormais se traîner de très lourds boulets qui posent un vrai problème: pourquoi le gouvernement sert-elle autant la soupe aux grandes entreprises, et pourquoi pénalise-t-il autant les plus petites d’entre elles? La franchise, une excellence française Le grand public connaît mal le système de franchise. Il constitue pourtant un fleuron français… que le Frondeurs devaient bien s’ingénier à bombarder sans coup férir. Quand une chose marche dans l’économie française, pourquoi ne pas la soumettre à des épaisseurs colossales de réglementation pour la tuer dans l’oeuf? On le regrettera. La franchise, qui consiste à permettre à un petit commerçant d’exploiter, moyennant une redevance, une marque qu’il n’a pas créée, pèse en France plus de 50 milliards d’euros. En dix ans, le chiffre d’affaires du secteur a augmenté de 25%. En dix ans, le nombre de points de vente a été multiplié par 5 (pour dépasser les 60.000). Le secteur emploie près de 350.000 salariés. Cette réussite insolente valait bien une bonne punition, qui vient à point […]

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