Taxis: la France de la règle se rebiffe

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Les chauffeurs de taxi ont encore mis le bazar dans Paris. Ceux qui, pendant des années de monopole réglementaire, ont fait régner la terreur dans nos rues, maltraitant les cyclistes qui avaient l’impudence d’occuper leurs couloirs de circulation, et leurs clients, se prennent aujourd’hui un méchant coup de bâton de la part de la concurrence. À Paris en particulier, beaucoup de clients se vengent de ces années d’attente le samedi soir, de haines ou de vexations subies de la part d’une population qui n’a jamais manifesté la moindre solidarité avec les habitants, en utilisant abondamment les armées de VTC qui sillonnent les rues de la capitale.

On comprend que les taxis manifestent aujourd’hui avec violence pour l’éradication de tous ces gêneurs! Reste que la réaction du gouvernement ne manque pas d’étonner.

Les taxis et la pénurie organisée

Beaucoup essaient de faire croire à la noblesse du combat des taxis, comme s’il était inspiré par des motifs avouables. Les chauffeurs de taxi ne disent pourtant pas clairement qu’ils sont moins nombreux aujourd’hui qu’en 1920. Ils fonctionnent sur une logique malthusienne de réduction de l’offre, dont l’objectif est simple: augmenter la valeur de leur licence qui vaut retraite-chapeau.

Depuis des années, le service des transports individuels de voyageurs est réduit et même rationné à Paris pour de simples motifs spéculatifs. Le public est rançonné, les prix sont maintenus élevés de façon anormale pour protéger une rente totalement indépendante de l’intérêt des clients. La véhémence des taxis s’explique aujourd’hui par la remise en cause de ce système sous l’effet de la concurrence.

Les taxis et la concurrence

Depuis le rapport Attali de 2008, les taxis savent que leur rente de monopole (au demeurant très mal distribuée) ne peut durer éternellement. Il est clair que, ne serait-ce que pour accueillir les touristes, l’offre de taxi est sous-dimensionnée et qu’il faut en augmenter le volume. Depuis bientôt dix ans, les taxis savent que leur profession doit évoluer et s’ouvrir. Si Uber n’avait pas existé, leur monopole aurait de toute façon explosé.

De ce point de vue, Uber et les VTC ont bon dos. Il ne fallait pas être grand clerc pour comprendre que, quoi qu’il arrive, la situation ne pouvait durer et qu’il fallait bouger. Le leurre consiste d’ailleurs à faire croire que la suppression ou l’interdiction d’Uber règlerait le problème: les taxis parisiens n’en auront jamais assez et demanderont toujours plus d’interdiction.

La situation est simple à comprendre: les taxis soutiennent que le problème, c’est la concurrence, alors que le problème, c’est leur monopole.

Les taxis et le gouvernement

La réaction du gouvernement à la violence des taxis est hallucinante! L’état d’urgence est proclamé, les manifestations se font sous surveillance, mais le gouvernement nomme un médiateur pour ménager la chèvre et le chou. Là encore, on donne dans la comédie hypocrite qui laisse à penser que les VTC sont à l’origine du problème. Mais d’où vient ce deux poids deux mesures? Pour quelle raison un indépendant qui travaille pour Uber devrait-il passer sous les fourches caudines d’une profession qui refuse, depuis des années, de se rendre à l’évidence.

Car, redisons-le, supprimer les VTC n’apporterait aucune amélioration au mal structurel qui touche la profession de taxi. Ses membres devraient continuer à s’endetter toute une vie pour acheter une licence distribuée en trop petit nombre.

Si les taxis ont un problème de retraite (et on peut le comprendre), qu’ils mettent en place un régime spécifique pour le régler, qu’ils financeront sans exporter sur les clients le coût de l’opération. Mais ils ne peuvent éternellement considérer que 18.000 taxis à Paris suffisent… pour préserver une mécanique totalement étrangère au service qu’ils rendent.

Bref, Uber ou pas, il faut s’attaquer au monopole des licenciés, et laisser croire qu’il peut en être autrement est une aberration.

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