Trump rétablit le bâillon anti-avortement, l’Europe proteste

Cet article a été lu 669 fois

Le Parlement européen a organisé un débat sur la bâillon anti-avortement de Donald Trump.

La règle du bâillon mondiale, qui interdit aux organisations non gouvernementales internationales financées par les États-Unis de pratiquer des avortements ou de fournir des informations à ce sujet dans les pays en développement, a été rétablie par le Président Donald Trump le 23 janvier dernier. Ce mardi 14 mars, les députés réunis en session plénière à Strasbourg ont débattu des conséquences de ce décret en présence du Commissaire à l’aide humanitaire Christos Stylianides.

 

Qu’est-ce que la règle du bâillon mondial ?

 

La règle du bâillon mondial est également connue sous le nom de « politique de Mexico ». Elle a été instaurée pour la première fois en 1984 par Ronald Reagan qui souhaitait « respecter la vie humaine dans sa forme la plus vulnérable, c’est-à-dire la vie de l’enfant à naître ». Elle a tour à tour été abrogée par les présidents démocrates et réhabilitée par les républicains.

 

Le décret signé le 23 janvier par Donald Trump interdit le financement américain d’organisations non gouvernementales qui pratiquent l’avortement ou qui fournissent des services liés à l’avortement à l’étranger, tels que le fait de proposer des conseils, et cela même lorsque les États-Unis ne financent pas directement ces services.

 

En réponse à cette décision, des représentants d’une soixantaine de pays et d’organisations privées ont participé à une conférence organisée par la Belgique, les Pays-Bas, la Suède et le Danemark le 2 mars dernier à Bruxelles. L’événement a permis de récolter 181 millions d’euros pour l’organisation « She Decides » qui a pour objectif de mettre en place un fonds mondial pour maintenir les services de planning familial.

 

Des conséquences pour les femmes du monde entier

 

Cette mesure a des conséquences majeures sur les droits et la santé sexuelle et reproductive des femmes et des filles dans le monde. Loin de faire diminuer le nombre d’avortements pratiqués, elle pourrait au contraire mener à une augmentation du nombre d’avortements illégaux ou non-médicalisés, et donc potentiellement dangereux.

 

Selon l’Organisation mondiale de la santé, 22 millions d’avortements à risques sont pratiqués chaque année dans le monde, pour la plupart dans les pays en développement. Environ 5 millions de femmes sont hospitalisées chaque année à la suite d’un avortement clandestin, et plus de 3 millions de femmes souffrant de complications ne sont pas soignées.

 

« Cette règle pourrait potentiellement mettre la santé des jeunes femmes en danger », a expliqué le Commissaire à l’aide humanitaire Christos Stylianides lors du débat en plénière. « Les politiques de l’Union européenne sont fondées sur nos priorités et nos valeurs, et pas sur ce que d’autres acteurs dans le monde font ou cessent de faire », a-t-il ajouté.

 

« Interdire ces financements ne signifie pas réduire le nombre d’avortements dans le monde », a rappelé Linda McAvan, députée démocrate socialiste britannique et Présidente de la commission parlementaire du développement. « Le décret émane de personnes qui ne seront au final pas affectées par cette décision », a-t-elle ajouté.

 

Sophie in´t Veld, députée libérale néerlandaise, a rappelé au cours du débat l’importance du droit de toutes les femmes à disposer de leurs corps.

 

Quelles réponses de l’Union européenne ?

 

De nombreux députés ont demandé la mise en place de réponses concrètes de la part de l’Union européenne pour faire face aux futurs manques de financements des organisations concernées.

 

C’est le cas de la députée démocrate-chrétienne suédoise Anna Maria Corazza Bildt, qui a fermement condamné la décision de Donald Trump et a appelé l’Europe à agir rapidement.

 

Malin Björk, députée suédoise du groupe de la Gauche unitaire européenne / Gauche verte nordique, a exhorté l’Europe à engager des fonds pour poursuivre le travail des ONG dans les pays tiers, une demande également soulevée par la députée verte allemande Terry Reintke.

 

Respect à la vie

 

D’autres députés ont estimé que l’Europe ne devrait pas intervenir dans ces questions et ont défendu le droit à la vie.

 

Le député conservateur slovaque Branislav Škripek a ainsi qualifié l’avortement d’acte « barbare » avant d’ajouter que les financements devraient plutôt servir à « fournir de véritables soins maternels aux femmes ».

 

Beatrix von Storch, députée allemande du groupe Europe de la liberté et de la démocratie directe, a rappelé que l’avortement n’était pas une compétence aux mains de l’Union européenne et qu’il constituait encore un délit dans certains États membres. « Prenons garde à la protection de la vie plutôt qu’à la fin de celle-ci », a-t-elle demandé.

 

Marie-Christine Arnautu, députée française du groupe Europe des Nations et des Libertés, a souligné le droit des États-Unis de choisir leurs propres critères de financement des ONG. « À l’heure où près de 50 millions d’avortements sont pratiqués chaque année à travers le monde, la réduction du recours à l’avortement devrait réellement devenir un objectif de santé publique », a-t-elle ajouté.

print

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Lire les articles précédents :
Bientôt plus de transparence sur les actionnaires des grandes entreprises

Le Parlement européen vient d'adopter de nouvelles mesures sur la gouvernance des grandes entreprises, notamment sur les actionnaires. Renforcer les...

Fermer