Trump: une anthologie de la réaction nobiliaire en France

Temps de lecture : 4 minutes

Cet article a été lu 5620 fois

L’élection de Donald Trump a donné lieu à un déluge de réactions négatives en France. Toutes ont exprimé la réaction nobiliaire que notre pays traverse. L’aristocratie républicaine ne digère pas le vote américain et ne s’en cache pas. Et, une fois de plus, elle stigmatise chez les autres ce qu’elle pratique allègrement elle-même.

Alain Juppé dénonce la démagogie

Dans son meeting au Palais des Congrès de Bordeaux, Alain Juppé n’a pas caché son mépris pour Trump et l’a associé au Front National (et probablement à Nicolas Sarkozy…). Ses propos n’ont pas manqué de sel:

“Non au clivage, non à la démagogie qui dresse les Français les uns contre les autres, les élites contre le peuple. Cela ne mène à rien, sinon à des blocages plus dangereux encore” (…) “Je contribuerai à mener une campagne digne. Certains se complaisent dans le caniveau” (…) “Honte aux menteurs, honte aux calomniateurs, honte aux manipulateurs d’extrême-droite et à leurs complices. Je resterai digne face aux attaques de tous bords” (…).

“Le Front national nous ment” et ses idées sont “incompatibles avec nos valeurs et notre vision de la France”

La dignité d’un côté, la calomnie et le mensonge de l’autre. Juppé donne dans la dentelle.

François Hollande parle d’incertitude

De son côté, François Hollande a prononcé un rapide discours, tout à fait lunaire, où il a expliqué avec beaucoup d’habileté que l’élection de Trump ouvrait une période d’incertitudes:

En l’écoutant, on se demande si la France n’est pas la plus grande puissance du monde, chargée de veiller au grain américain. Peut-être François Hollande devrait-il examiner son bilan avant d’écrire ses discours. En tout cas, que le bonhomme Hollande se présente comme le garant d’un ordre international paraît totalement estomaquant, et même déplacé au regard de son action.

Ayrault et ses impressionnantes gaffes diplomatiques

Le pompon français a probablement été atteint par le chef de la diplomatie française, Jean-Marc Ayrault, qui a tenu des propos qui laissent perplexes sur l’intelligence que le personnage peut avoir de son rôle.

Vigilance, exigence par rapport à nos intérêts mais aussi par rapport à notre conception du monde. On ne veut pas d’un monde où chaque pays se recroqueville derrière ses frontières, monte des murs et ne règle rien et c’est l’égoïsme qui triomphe. […] Il y a plus d’incertitudes mais nous travaillons justement pour les lever. […] Je peux vous dire – je reviens de Chine – que la voix de la France compte et qu’elle est attendue.

Ayrault a-t-il oublié que la France vient de refuser massivement des arrivées de migrants sur son sol? qu’elle a elle-même demandé le rétablissement des contrôles aux frontières? et elle donne aujourd’hui des leçons d’ouverture.

Bayrou dénonce les caricatures

Sur sa page Facebook, François Bayrou s’est lui aussi lancé dans une analyse tout en finesse. On retrouve là le réflexe habituel de l’élite française, qui consiste à réduire le monde à une logique manichéenne… pour dénoncer le manichéisme des autres.

Il y a d’abord une réalité : partout sur la planète les peuples refusent l’ordre établi d’où ils se sentent rejetés.

Mais le changement qu’ils cherchent, ils croient le trouver au travers des excès, des caricatures, des retours en arrière et des rejets. Et c’est là qu’est le danger.

On lit Bayrou, et à aucun moment on ne peut se dire que son analyse donne dans l’excès, la caricature ou le rejet. Fais ce que je dis, mais ne dis pas ce que je fais!

Jacques Attali veut une Europe non-populiste

Dans un tweet éloquent, Jacques Attali a efficacement concentré la pensée de la nomenklatura française, en constatant avec mépris et impuissance le triomphe du “populisme” (entendez les doctrines qui pointent les échecs patents de l’élite au pouvoir).

La révolution populiste commencée avec le Brexit continue avec Trump Pour éviter une grande crise,l Europe doit proposer un contre modèle!

On se marre. “Pour éviter une grande crise”… Mais, précisément, ce qu’Attali appelle le populisme n’est-il pas, très simplement, la réaction des peuples à la grande crise européenne qui dure depuis plus de 10 ans. Et dont il est un initiateur, car, sans le traité de Maastricht, qu’Attali adore, on peut imaginer qu’il y aurait un peu moins de “populisme” en Europe.

Autre réflexe de la nomenklatura: expliquer que le problème, c’est les autres, et que la solution au problème, c’est de continuer comme avant.

Cambadélis et le national-populisme

Comme Blanche-Neige qui voyait des nains partout, Cambadélis voit des nazis partout. Dans sa grande dénonciation du simplisme populiste, il a produit cette extraordinaire déclaration au Monde:

Le national-populisme plus ou moins xénophobe hante le monde occidental, avec sa peur du déclassement, du remplacement et du métissage, déclare au Monde le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis. Orban, Brexit, l’AfD en Allemagne et, maintenant, Trump. La gauche française est prévenue : elle continue ses enfantillages irresponsables et c’est Le Pen. »

Ben voilà! d’un côté, il y a le camp du “national-populisme”, première étape vers le national-socialisme, on l’a bien compris, et de l’autre le camp de la démocratie incarnée par la gauche et le PS. Là encore, cette analyse complexe, élaborée, subtile, laisse augurer d’une parfaite compréhension du sujet “Trump” pour les années à venir.

La réaction nobiliaire jusqu’au bout

Malgré le Brexit, malgré l’élection de Trump, les élites françaises restent donc accrochées contre vents et marées à leur analyse binaire. D’un côté, il y a les gens qu’on peut prendre au sérieux, qu’on reconnaît comme tels et qui méritent d’être écoutés. D’un autre, il y a la passion, la colère, la déraison, qu’on doit fouler au pied.

Un ouvrier au chômage parce que son usine a fermé est sérieux lorsqu’il vote pour un parti ou un homme qui continue à défendre ce qu’on appelle faussement le libre échange. En revanche, s’il vote contre le libre-échange, il devient xénophobe, raciste, etc.

Cette analyse puissante de la réalité est confondante.

print

7 commentaires sur Trump: une anthologie de la réaction nobiliaire en France

  1. Les commentaires cités semblent n’avoir qu’un défaut: ne pas etre de l’avis d’E Veraeghe, ce qui est un crime de lese majesté dont on se remettra. Quoi de plus normal que de ne pas etre d’accord avec un discours d’outrance, de provocation et de dénigrement. Au moins, pour une fois, on juge sur ce qui est dit par l’intéressé et non par les dessins cachés qu’on lui prêterait… Après, chacun ses valeurs: si celles d’E Veraeghe sont celles du FN, qu’il affiche clairement la couleur plutôt que d’utiliser le bon peuple comme faux nez. Relis Michea et Gauchet, Eric, et tu verras que la critique de l’élite est la critique d’une posture plus que d’une position dans la société, car faire croire aux gens qu’on n’a besoin ni des sachants ni de la pyramide culturelle et sociale qui nois a construit, c’est un mensonge et une démagogie sans fond: il n’est pire autorité que celle qui feint de n’en pas être.

  2. @ Michel : Merci, j’avais aussi remarqué que E. Verhaeghe penchait FN.

    Ce n’est pas mieux aux USA où la Californie a fait savoir que Trump n’était pas leur candidat, et que si les américains avaient voté Trump, alors eux ne pouvaient plus être américains.
    La Californie va se préparer à sortir des Etats-Unis, mais ça ne se fera qu’en 2019. Je garde mes sources.

1 Trackbacks & Pingbacks

  1. Réalisé sans trucage – Éloge de la raison dure

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Lire les articles précédents :
Encore un coûteux caprice de Delphine Ernotte à France Télévisions

Cet article sur un caprice de Delphine Ernotte est initialement paru sur le site de la CGC Médias. L'ex Orange...

Fermer