Un aide-mémoire pour l’avenir : le programme social du Front National

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L’inarrêtable progression électorale du Front National impose un détour attentionné par le programme social défendu par le mouvement. Les propositions du FN reposent sur le principe, consensuel en interne, de la préférence nationale. Etant donné la sociologie du parti, son ambition sociale apparente ne manque pourtant pas de questionner.

Un projet social à droite de la droite ?

Classiquement défini comme étant d’extrême-droite, le Front National propose un programme social qui ne manque pas de déboussoler l’électeur et l’observateur de la vie politique. Dans tous les domaines, force est de constater que l’ambition est le maître mot. Ainsi, pour ce qui concerne les retraites, l’objectif du retour “progressif” à un départ à taux plein à 60 ans et 40 annuités est avancé et la légitimité du système en répartition est réaffirmée. De plus, le FN prévoit d’augmenter sensiblement la contribution du capital au financement des prestations relevant de la “solidarité nationale”. Enfin, en lien avec la politique du handicap, la création d’une cinquième branche de la Sécurité sociale est défendue, afin de financer la dépendance.

En matière de politique de la santé, les orientations promues par le mouvement frontiste étonnent là encore. A rebours de la politique actuelle de fermetures des petites structures hospitalières et de la tendance au développement des “déserts médicaux”, il met en avant la nécessité de revenir à une implantation réellement nationale des établissements de santé. Afin de ne pas continuer à faire peser toujours plus sur les patients le financement du système de soins, il défend en outre la fin des hausses de taxes sur les mutuelles et le retour à de meilleurs taux de remboursement des actes médicaux, des séjours hospitaliers et des médicaments. Dans ces conditions, difficile de situer a priori le Front National à droite des “Républicains”.

Deux conditions à la générosité : préférence nationale et contrôle

Les responsables du FN considèrent que le surcoût lié à la mise en oeuvre de leurs propositions serait financé par le retour au plein emploi. Mais surtout, plus immédiatement, par la préférence nationale. Celle-ci supposerait notamment la suppression de l’aide médicale d’Etat, l’impossibilité de prétendre aux allocations familiales pour les familles dont aucun des deux parents n’est Français ou encore la suppression du minimum vieillesse “pour les étrangers n’ayant pas travaillé et cotisé en France pendant au moins dix ans et pour ceux résidant à l’étranger.” Le principe de la préférence nationale scandalise les adversaires du FN. Relevons toutefois que ces derniers tendent à oublier que de nombreux agents de l’Etat en ont bénéficié au moment de leur embauche…

Parallèlement à la préférence nationale, les responsables frontistes misent sur le contrôle de l’usage des prestations sociales afin de limiter la progression de leur coût. Dans le cas de la politique de santé, le Front National entend notamment mettre sur un pied un “vaste plan interministériel anti-fraude” : création d’une carte vitale biométrique, “lutte contre les arrêts maladie de complaisance et les fraudes dans le système ambulancier”, suppression des “aides sociales pour les fraudeurs récidivistes” ou encore “renégociation des conventions internationales signées en matière de santé”. Cette mise sous surveillance de la politique sociale sera-t-elle acceptée par des assurés souvent très indulgents avec leurs propres abus ? A voir.

Une politique mal adaptée à la sociologie du parti

Au-delà de ces problèmes de financement, l’ambition affichée par le FN dans le domaine social ne va pas sans poser quelques questions plus politiques. Le point commun aux différentes études relatives à la sociologie du vote est qu’elles insistent toutes sur sa structure hétérogène. Il mêle des inactifs : retraités, femmes au foyer ou anciens actifs durablement éloignés de l’emploi, et des actifs : ouvriers, employés, indépendants et petits patrons, qui, bien souvent, n’ont pas du tout les mêmes intérêts. Maintenir une politique sociale généreuse séduit sans doute beaucoup plus les inactifs ou les classes populaires que le petit patronat ou les indépendants, y compris à coût financier stable. Cette contradiction finira par apparaître tôt ou tard. Et devra être résolue.

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