Vel d’Hiv et FN: la culpabilité sélective de la France post-chiraquienne

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La polémique sur les propos de Marine Le Pen à propos de la responsabilité de la France dans la rafle du Vel d’Hiv’ en 1942, et, au-delà, dans la déportation des Juifs pendant la deuxième guerre mondiale, ne manque pas de piquant. Elle rappelle une nouvelle fois que la France peut avoir une culpabilité très sélective sur le sujet de l’épisode vichyste.

La diabolisation de Vichy…

En mettant en doute la doctrine chiraquienne selon laquelle la France tout entière serait coupable d’avoir déporté des Juifs, Marine Le Pen a sans doute sous-estimé le poids du discours officiel sur ce sujet (dont la portée dans le pays réel reste à vérifier, cela dit). On l’a vu dans les heures qui ont suivi: le mot “révisionnisme“, voire négationnisme, n’a pas tardé à être prononcé au sujet de ces déclarations, comme si contester la portée de la participation française à l’Holocauste revenait à nier l’existence de celui-ci.

Impossible, donc, de mettre en discussion l’implication de Vichy dans les crimes contre l’Humanité sans s’exposer aux pires accusations sur ce sujet. La rationalité historique n’a plus sa place, curieusement, soixante-dix ans après, dans l’évocation de l’histoire de France. On y verra volontiers la marque de cet effondrement narcissique porté par les bien-pensants.

… est extrêmement sélective

Ce qui prouve la dimension exagérément émotionnelle de la question du Vel d’Hiv’ et de Vichy, c’est le caractère très sélectif de la diabolisation dont cet épisode historique français fait l’objet. Les tenants les plus virulents d’une culpabilité française dans la Shoah du fait de Vichy sont aussi, en effet, les plus fervents (et les plus intolérants) défenseurs de l’héritage vichyste dans la France contemporaine.

Contrairement aux légendes propagées par des films abondamment relayés comme la Sociale, la France d’aujourd’hui a été moins façonnée par le Conseil National de la Résistance que par Vichy. Au coeur de cet héritage, on trouve en particulier la sécurité sociale, avec la retraite par répartition, la création du régime universel sous l’égide de la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse, créée en 1941 par le ministre du Travail de l’époque, René Belin, et la création subséquente ces caisses primaires d’assurance maladie, bien connues des Français.

Curieusement, quand il s’agit de défendre les “acquis sociaux”, les pourfendeurs de la France actrice de la Shoah font preuve d’une amnésie totale sur les racines vichystes de leur credo.

Les acteurs du Vel d’Hiv’ sont les inventeurs de la Sécu

Mais, diront les bien-pensants, ceux qui ont inventé la sécurité sociale en mars 1941 ne sont pas ceux qui ont organisé le Vel d’Hiv’. Donc, il ne faut pas confondre.

Ah bon? Pourtant, la loi du 3 octobre 1940 portant statut des Juifs est signée d’un certain René Belin, ministre secrétaire d’État à la production industrielle et au travail. Le même René Belin soutiendra chaleureusement, dans l’après-guerre, l’idée européenne en participant notamment à la création du Comité européen pour le progrès économique et social. Entretemps, il a confisqué les actifs de la retraite par capitalisation créée par la loi de 1930, et les a utilisés, grâce à la loi du 13 mars 1941, pour financer les premières retraites par répartition.

On entendra d’ailleurs avec amusement le mot de sympathie que le maréchal Pétain avait prononcé à cette occasion.

Mais… pour le savoir, il faut gratter un peu, puisque les sites officiels de la sécurité sociale ont savamment gommé cette partie de leur histoire. Cet oubli soudain évite d’inclure la Sécu dans la culpabilité française, et il dispense le Président de la République de demander pardon pour ce crime.

Le lien organique entre la sécurité sociale et le totalitarisme vichyste

Mais, rétorqueront les bien-pensants, la sécurité sociale n’était pas consubstantielle à Vichy, donc son destin peut être dissocié de la responsabilité française. C’est ici que la divergence survient.

Pour une raison anecdotique d’abord: si Vichy a créé un système de sécurité sociale (avec le soutien de la technostructure qui revient dans les bagages du gaullisme en 1944), c’est bien pour s’attacher le soutien des Français. Si Vichy dure jusqu’en 1944, si Vichy ne se heurte pas immédiatement à une résistance populaire, les mesures sociales du régime en sont l’une des raisons essentielles. Entre une résistance inconfortable et une collaboration socialement organisée, la deuxième solution prévaut.

C’est ici qu’il faut comprendre le rôle d’attrape-mouches de cette protection sociale étatisée et monopolistique qu’on appelle la sécurité sociale. Elle est d’abord un instrument de servitude. Elle propose un grand troc aux citoyens: je te protège en te déresponsabilisant. Tu vas donc abdiquer ta liberté en échange de la sécurité que je t’apporte.

On ne sera pas étonné que ce grand nostalgique de l’Union Soviétique qu’est Jean-Luc Mélenchon rejoigne l’aristocratie au pouvoir qu’il pourfend par ailleurs dans sa volonté de mettre en place une sécurité sociale globale, c’est-à-dire débarrassée des derniers éléments de liberté de choix qui lui reste. L’élite au pouvoir comme Mélenchon rêve d’un système où le citoyen serait totalement dépendant de l’Etat, de la naissance à la mort. Non d’un Etat dur, brutal, mais d’un totalitarisme mou où la “mutualisation” et la “solidarité” permettrait d’asservir tous les citoyens et de les placer sous la dépendance constante du pouvoir en place.

En ce sens, la création de la sécurité sociale par Vichy n’est pas un épiphénomène. Elle correspond à un choix logique dont la pertinence n’est plus discutée par les tartuffes qui jouent aux effarouchées de la collaboration.

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