Vers la fin de l’anonymat des cryptomonnaies ? La gouvernement américain affirme que les échanges sont traçables

Intraçables, qui servent à financer les activités illicites, etc. Les représentants du Sénat n’ont pas hésité à ressortir de vieux arguments pour discréditer les cryptomonnaies. Seulement, si l’on y regarde de plus près, l’argumentaire apparaît bien fragile.

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C’était, et c’est encore, l’un des arguments préférés des détracteurs des cryptomonnaies mais aussi des structures classiques qui gèrent les actuels systèmes financiers. L’anonymat des échanges de cryptomonnaies fait peur. Et pourtant, plutôt qu’anonymat, on préférera le pseudonymat.

Outre ces explications lexicales, cet aspect particulièrement attrayant chez les monnaies numériques pourrait être rapidement compromis par les autorités financières états-uniennes. Matthew Allen, le directeur adjoint des opérations nationales de la division des enquêtes de la sécurité intérieure (HSI-ICE) affirme que les Etats-Unis seraient en mesure de tracer absolument chaque échange.

Un task-force contre la cryptocriminalité

Lors de la conférence du Sénat sur le contrôle international des stupéfiants, les dirigeants états-uniens ont ressorti l’éternel argument selon lequel l’anonymat des cryptomonnaies serait dangereux et faciliterait le développement de la cryptomocriminalité. Ainsi, Matthew Allen a déclaré que « sur le darknet, les achats sont souvent réalisés avec des cryptomonnaies comme le Bitcoin ou le Monero. Des monnaies parmi tant d’autres. »

 

Seulement, il expliquait aussi que les Etats-Unis étaient en train de mettre en place une formation spéciale pour les enquêteurs, afin de leur donner tous les outils nécessaires à la traque des cryptocriminels. 

Une vulnérabilité est créée chaque fois que des criminels passent de la cryptomonnaie à une monnaie émise par le gouvernement. C’est le moment où les criminels sont les plus susceptibles d’être identifiés par des moyens et des méthodes d’application de la loi. 

Matthew Allen, directeur adjoint des opérations nationales de la division des enquêtes de la sécurité intérieure

Ainsi, il explique qu’en utilisant des techniques classiques pour enquêter sur les transferts d’argent, il est possible de tracer une transaction frauduleuse mais aussi de découvrir qui se cache derrière, avant de démanteler un éventuel réseau criminel. 

En utilisant des méthodes d’enquête traditionnelles comme la surveillance, les opérations d’infiltration et les informateurs confidentiels, ainsi que l’analyse financière et l’analyse de la blockchain, l’ICE-HSI peut perturber les criminels et démanteler les[organisations criminelles transnationales], ainsi que les échangeurs de monnaies qui blanchissent habituellement les produits pour des réseaux criminels impliqués ou appuyant des marchés en réseaux obscurs.

Matthew Allen, directeur adjoint des opérations nationales de la division des enquêtes de la sécurité intérieure

Quand le gouvernement mise sur la peur…

L’argumentaire de Matthew Allen est néanmoins à nuancer et à remettre en contexte. S’il existe effectivement des activités frauduleuses qui sont financées avec des cryptomonnaies, elles sont largement minoritaires. D’après une note du HM Treasury, le département britannique chargé de l’élaboration et la mise en place des finances publiques, « les risques liés à l’utilisation de monnaies virtuelles dans des opérations de blanchiment d’argent était relativement faibles ».

En 2016, Europol publiait déjà un rapport sur le financement d’activité frauduleuse. Et si l’agence concédait que les cryptomonnaies étaient utilisées pour financer ces activités, elle établissait aussi que le « cash continue de jouer un rôle important pour la réalisation de profit d’activité criminelle : les méthodes sont bien établies, et le moyen est aussi favorable à l’échange, intraçable et anonyme que les cryptomonnaies. »

Enfin, Henri Arslanian, spécialiste en cryptomonnaie basé à Hong Kong, concluait son étude sur le sujet en affirmant que « l’argent liquide a encore beaucoup d’avantages par rapport au Bitcoin. » Et pour cause, l’utilisation parfaite des cryptomonnaies nécessite plusieurs connaissances qui ne sont pas forcément des plus abordables. A l’inverse, l’utilisation du cash est parfaitement inscrite dans n’importe quelle société, et tout le monde s’est emparé du phénomène. 

Alors, pourquoi une telle envolée de la part de Matthew Allen ? Logiquement, on peut penser qu’il tente de discréditer les cryptomonnaies. En effet, les marchés financiers actuels se montrent encore assez frileux face à la monté de cette technologie. Le plus simple reste donc de faire dans le sensationnalisme pour dissuader le commun des mortels d’utiliser ces technologies sur lesquelles les gouvernements et les banques n’ont aucun contrôle. 

 

Pour ça, utiliser l’argument du financement d’activités illégales, couplé à l’anonymat presque total des échanges, sur lequel aucune institution classique n’a le contrôle est préconisé. Seulement, si l’on y regarde de plus près, les cryptomonnaies sont déjà régulées : par la loi du marché, de l’offre et de la demande. Par contre, les banques et les Etats ne touchent pas leurs taxes sur ces échanges. Et là, ça coince.

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