Vers la fin de l’Union européenne ?

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Mario Monti a prévenu de la probable fin de l’Union Européenne dans les prochaines années. Mario Monti n’a pas qu’une vision d’économiste, mais aussi celle d’ancien Commissaire européen et d’ancien Président du conseil des ministres, après l’ère Berlusconi.

Fracture européenne Nord Sud

Jusqu’à la chute du mur*, l’Europe était sur une ligne de fracture est/ouest de part et d’autre du « rideau de fer », selon l’expression du télégramme de Winston Churchill à Harry Truman. Le risque d’explosion de l’Europe se situe désormais sur une dichotomie nord/sud :

-les nantis anglo-saxons (Allemagne, Pays-Bas, Luxembourg, Autriche, Royaume-Uni**,…) avec des déficits pilotés, un chômage autour de 5% et un dynamisme assis sur une adaptation en fonction des opportunités.

– les latins à la peine (Grèce, Espagne, Italie, France, Portugal,…) dans un « club Med » (par ailleurs racheté par le chinois Fosun), avec un chômage supérieur à 10%, et des dettes croissantes (malgré des réformes, en dehors de la France où elles sont freinées). Tentation de Venise ou pas, le sommet de mardi 8 mars est d’ailleurs entre la France et l’Italie.

L’Europe est déjà à plusieurs vitesses

Les zones les plus intégrées sont les plus soumises aux contraintes européennes :

  • La zone Euro connaît une croissance moindre et un plus fort chômage que les pays non euros. Les instances européennes produisent des normes plutôt qu’un cadre adapté au développement (les Google, Amazon, Facebook, Apple sont américains).
  • Les pays de la zone Schengen sont soumis à un stress migratoires (Grèce, Italie,…) devenu non gérable. Demander à la Turquie de reprendre des migrants met l’Europe entre les mains d’un régime coutumier du double jeu.

Les migrants ont été 1,25 million à demander l’asile en 2015 selon Eurostat. D’après le journal Le Monde, la France aurait accepté 300 réfugiés sur les 30 000 promis. Si l’on considère que la France représente 13% de la population européenne (66M sur 508M), à 1,812M de migrants illégaux en 2015 selon Frontex, cela ferait plus de 235 000 réfugiés à accueillir par an. L’écart entre le parapet de protection prévu par Schengen et le tsunami migratoire s’avère explosif.

Un délitement politique

Les flux migratoires non coordonnés vont accentuer les replis nationaux (Brexit) ou régionaux (Catalogne, Ecosse,..), mais aussi les dérives autoritaires en Pologne (parti Droit et Justice), en Hongrie (le Fidesz de Viktor Orbán prône un état « illibéral »), ou -hors UE- en Turquie (interdiction du journal d’opposition Zaman).

L’absence de coordination vient notamment dans la complexité structurelle de l’Europe (Conseil européen, Commission européenne, Parlement européen, Conseil de l’Europe, BCE,…). Le leadership est émietté et les chantres de l’Europe (Jean Monnet, Robert Schumann, Jacques Delors,…) sont oubliés au profit d’un mercantilisme individualiste.

Contrairement à la chute du mur qui a engendré la « réunification allemande » (en langage législatif : la fabrication de l’unité du pays teuton !***), l’édification des barbelés pourrait signifier la fin du rêve européen. Faute de mutualisation, c’est un risque inassurable pour la France.

*chute du mur de Berlin en novembre 1989.

**Depuis 1917, la famille régnante britannique a abandonné son vrai nom de Saxe-Cobourg-Gotha pour le pseudonyme de Windsor et les cousins Battenberg se font appeler Mountbatten.

***deutsche Wiedervereinigung oder Herstellung der Einheit Deutschlands

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