VINGT MILLIARDS, par Didier Picot

Le journal Le Monde a fait ce mois-ci état du fruit de l’investigation du Consortium International de journalistes qui a reçu de source anonyme des millions de documents internes provenant de deux cabinets d’avocats internationaux et des registres des sociétés de « paradis fiscaux ».

Le Monde révèle dans ces « Paradise Papers » que vingt milliards d’euros ont été investis par des Français en utilisant des montages juridiques basés dans des « paradis fiscaux », c’est à dire des autorités fiscales qui appliquent une fiscalité inférieure à celle de notre doux pays, voire pas de fiscalité du tout.

Ces montages, Le Monde a pris soin de le noter, sont légaux et ne constituent pas une fraude fiscale. Ils permettent bien sûr à leurs bénéficiaires de payer moins d’impôts, voire pas d’impôts sur certains placements ou investissements. C’est ce qu’on appelle « l’évitement » ou « l’optimisation » fiscal(e), en vertu du principe juridique universel selon lequel nul n’est obligé de payer plus d’impôt que ce qu’il doit conformément à la loi. Tout ceci est donc légal, tout le monde en est d’accord.

Dans ses différents éditoriaux, Le Monde s’est posé en autorité morale en jetant l’opprobre sur « les riches », coupables à ses yeux de se soustraire à la « justice » fiscale. Selon le journal, ces investisseurs mettent à mal l’égalité devant l’impôt  et donc le « consentement » à l’impôt. Par leur comportement honteux, ils ébranlent l’édifice social tout entier.

Permettez-moi de vous livrer quelques réflexions et d’abord de mettre les choses en perspective : ces millions et milliards sont tellement éloignés des chiffres que nous avons l’habitude de manier qu’il est facile de perdre de vue les ordres de grandeur.

Si ces vingt milliards sont brillamment investis, ils vont rapporter 10% à leurs propriétaires sur lesquels l’Etat aurait pu espérer prélever 30%. Donc, si les affirmations du Monde sont correctes, les recettes fiscales « manquantes » sont de 600 millions d’euros par an. Ce chiffre est à rapprocher des recettes fiscales et sociales qui sont en France d’environ huit cent milliards d’euros par an. Les « Paradise Papers » représentent donc pour l’Etat un manque à gagner inférieur à 1 pour 1000 ! Autrement dit une goutte d’eau.

Personnellement, je pense que Le Monde ferait mieux de dénoncer le déficit du budget de l’Etat qui est supérieur à 20% chaque année ! Il n’est en effet pas de 3% comme l’écrit régulièrement le Monde en colportant les mensonges des gouvernements successifs (3% est le déficit budgétaire rapporté au PIB, c’est à dire à l’ensemble de la richesse annuelle produite par les Français). Il était de 23% en 2016 (recettes : 313 milliards, dépenses : 409 milliards, soit 23% de plus). Coluche avait raison : « Dans un journal, la seule chose qui est vraie, c’est la date. »

Depuis des années, voire des décennies, Le Monde et plus généralement la presse subventionnée, instillent dans l’inconscient collectif la haine « des riches » et du « capitalisme ». La méthode utilisée consiste à répéter sans cesse le même message de culpabilisation et de vindicte, de toutes sortes de manières différentes.

Je ne peux pas m’empêcher de penser que cette même méthode a été employée contre les juifs pendant les cinquante années qui ont précédé la 2° guerre mondiale. On connait le résultat : en juillet 1940, de son plein gré et sans que ça lui soit imposé par l’Allemagne nazie, l’Etat Français a décrété les lois juives. La première mesure immédiate a consisté à priver les juifs de leur liberté économique en les bannissant des emplois publics et en leur interdisant de posséder leur entreprise ou leur commerce. On connait la suite. Rappelons au passage que c’est toute la population française qui a été ruinée.

L’angle choisi consiste à attaquer la liberté économique au motif que d’après Le Monde, elle est « mal utilisée » par les individus. Vous voyez, explique subliminalement le journal subventionné, dès qu’on laisse les gens libres d’utiliser leur argent, « les riches » s’enrichissent encore plus en évitant l’impôt et, ce faisant, creusent les inégalités. Il faut donc restreindre, voire supprimer la liberté économique, nationaliser l’argent de tous, seul moyen de mettre fin à ces inégalités. L’Etat détiendra tous les leviers économiques et appliquera la justice économique : il répartira également la richesse entre tous. Ou la pauvreté.

Il me semble indispensable de penser jusqu’au bout la logique de la posture du Monde pour en comprendre le terrible danger : l’alternative implicite serait donc que l’Etat, c’est à dire le groupe au pouvoir quel qu’il soit, prélèverait toute la richesse privée et déciderait de qui a droit à quoi. On connait le modèle, c’est aujourd’hui celui de Cuba et du Venezuela, hier celui de l’Union Soviétique : une minorité corrompue détient tous les leviers du pouvoir, il n’y a plus de classe moyenne, uniquement des gouvernants se vautrant dans la richesse publique et le peuple, ruiné et asservi. Et résonne alors la terrible phrase de Léon Trotsky en 1938 qui en est l’aboutissement ultime : « Celui qui n’obéit pas ne mange pas. »

Ainsi donc, les victimes des campagnes du Monde ne seront pas « les riches » mais bien les classes moyennes, ces quelques millions d’employés, d’indépendants, cadres et d’ouvriers qui portent la charge des dizaines de millions de retraités, de chômeurs et de fonctionnaires. Et de journalistes subventionnés.

La campagne du Monde révèle un paradoxe qui personnellement me perturbe, mais que je n’arrive pas à dépasser : l’égalité entre tous est incompatible avec la liberté. « Les hommes n’étant pas doté des mêmes capacités, s’ils sont libres, ils ne seront pas égaux, et s’ils sont égaux, c’est qu’ils ne sont pas libres. » écrivait Alexandre Soljenitsyne.

Je ne sais comment le résoudre, mais exciter l’envie et la jalousie des Français par une campagne populiste qui masque le vrai problème, comme le fait Le Monde, ne peut pas être la bonne solution.

Didier Picot est chef d’entreprise

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