Viry-Châtillon: les carabistouilles du ministère de l’Intérieur

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Après l’opération de guérilla urbaine de Viry-Châtillon, où un policier a failli trouver la mort et se trouve toujours dans un état critique, l’heure des carabistouilles politiciennes arrive. La novlangue a ses raisons que la raison ne connaît pas. Dans la bouche d’un Cazeneuve, cela donne:

Les quatre agents “ont été confrontés à une bande de sauvageons qui ont agi avec lâcheté”, a déclaré le ministre, faisant sienne une expression de l’ancien ministre de l’Intérieur Jean-Pierre Chevènement pour parler des jeunes délinquants.”Dans ‘sauvageon’ il y ‘sauvage'”, a expliqué M. Cazeneuve, sans pouvoir préciser s’il y avait des mineurs parmi les agresseurs. “C’est une véritable attaque barbare, sauvage, qui était destinée à tuer”.

La formule renvoie donc à des actes individuels et “sauvages” et occulte la dimension organisée de ce crime, qui constitue la face émergée d’un iceberg très structuré contre lequel le ministre ne semble pas décidé à lutter.

Dans la bouche de Manuel Valls, cela donne cet autre déni:

“Il n’y a pas de zone de non-droit”, a affirmé le chef du gouvernement.

L’exécutif continue donc sa stratégie de refus des réalités sur la gravité de la situation sécuritaire en France. Tous les gens qui vivent dans des quartiers difficiles savent pourtant que ces zones de non-droit existent.

Les carabistouilles sur les effectifs policiers

Si la situation en France se dégrade, la raison est pourtant simple: les effectifs policiers sur le terrain stagnent, contrairement aux affirmations officielles, alors que leurs missions ne cessent de s’alourdir notamment du fait du terrorisme. Un petit retour en arrière sur les effectifs présentés en loi de finances n’est pas inutile:

viry-chatillon
Source: entreprise.news avec les données du Ministère de l’Intérieur

Comme on le voit, il faut attendre 2016 pour que les effectifs de terrain de la police nationale (en l’espèce la catégorie d’emplois “Corps d’encadrement et d’application” inscrite en loi de finances) dépassent le niveau auquel ils se trouvaient… en 2011. Le quinquennat Hollande a donc été marqué majoritairement par un maintien des effectifs sous la ligne de flottaison de 101.000 fonctionnaires de la police nationale au contact de la réalité directe.

Seuls les attentats de 2015 ont permis de décider le gouvernement à augmenter le nombre de policiers “actifs”.

Ce petit rappel statistique n’est pas inutile parce qu’il souligne la responsabilité accablante de l’exécutif dans la dégradation de la situation sécuritaire dans ce pays.

Quand l’administration centrale se gave

Le ministère de l’Intérieur n’a pas cherché à dissimuler les dégâts de la politique de gauche en matière de sécurité. En revanche, il est beaucoup moins clair sur les petits arrangements internes auquel il s’abandonne pour gaver les proches du pouvoir.

Ainsi, la justification au premier euro du budget pour 2017 produit ce petit tableau qui divertira le lecteur:

viry-chatillon

Autrement dit, de l’aveu du ministre, quand il crée environ 1.500 emplois sur le terrain, il en crée 500 dans son administration centrale. Celle-ci absorbe donc à elle seule un quart des créations d’emplois au niveau national. Les flics de terrain seront heureux de savoir que, chaque fois qu’on crée trois postes dans les quartiers, on en crée au ministère pour user des fauteuils de ronds-de-cuir.

On mesure bien quelle paix sociale et quel confort Cazeneuve achète auprès de ses thuriféraires en sacrifiant, une fois de plus, les besoins du peuple français aux appétits voraces de la technostructure parisienne.

Petite partie de bonneteau au ministère de l’Intérieur

À force d’arrêter des joueurs de bonneteau dans les rues de Barbès, les policiers ont été contaminés. Pour dissimuler la croissance exponentielle de l’administration centrale pendant que le terrain végète lamentablement sans chemise et sans pantalon, les services financiers de la place Beauvau ont trouvé un truc génial: ils changent chaque année la méthode de présentation des effectifs, de telle sorte que personne ne peut comprendre la gestion du ministère.

Ainsi, pendant plusieurs années, les “bleus budgétaires” n’ont pas clairement mentionné, durant le quinquennat Hollande (en particulier quand Manuel Valls était ministre de l’Intérieur) les effectifs attribués à l’administration centrale. On en est donc réduit à des recoupements.

En 2011, voici où ils en étaient:

Viry-Chatillon

L’administration centrale de l’Intérieur, lorsque Manuel Valls l’a quittée, regroupait environ 7.000 fonctionnaires. En 2014, voici les chiffres que le bleu donne:

Viry-Chatillon

La loi de finances initiale pour 2014 avait accordé 7.900 emplois à l’administration centrale, soit 900 créations en trois ans. Pendant ce temps, Valls supprimait à tour de bras des emplois sur le terrain.

Les banlieues comme Viry-Chatillon abandonnées par la gauche

On comprend ce que signifie cette petite comparaison de données budgétaires brutes sous le quinquennat Hollande. Pendant que Manuel Valls appelait à la fin de l’apartheid et encourageait à la construction de logements sociaux, il gavait la technostructure du 8è arrondissement de sureffectifs, et il laissait croupir les policiers de terrain dans leur jus.

Nous payons aujourd’hui le prix fort de cette politique inspirée par l’esprit courtisan et la facilité de la réaction nobiliaire.

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A propos Éric Verhaeghe 148 Articles
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