Vivons-nous dans une économie sociale, ou une économie précaire ?

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Cet article est tiré du site the Globe and Mail et traduit par nos soins.

Cet article fait partie d’une série d’été du Globe and Mail de l’Université de l’Ecole d’art et de design de l’Ontario (ou l’Université de l’EADO), mettant en évidence les questions de conception, de problématiques et d’innovation.

Sarah Tranum est maître de conférences sur l’innovation sociale à la faculté de design de l’Université de l’EADO. Alia Weston est maître de conférences sur la création d’entreprise à la faculté des arts libéraux et des sciences, une école d’études interdisciplinaires, à l’Université de l’EADO. Elles sont co-responsables du mineur dans l’entreprenariat et l’innovation sociale.

L’économie précaire, l’économie de projet, l’économie sociale – l’une est définie comme peu abondante, sous-payée, avec une insécurité de l’emploi, tandis que les autres suggèrent l’autonomie, l’interconnexion et le travail autogéré. Le premier terme souligne l’incertitude alors que les autres se concentrent sur les potentielles opportunités.

Différents noms, différentes perspectives pour une seule réalité, à savoir le marché actuel de l’emploi en Amérique du Nord. Il s’agit d’un marché du travail qui ne propose plus le même espoir d’un temps plein, d’un travail à long terme, tel qu’il existait il y a encore dix ans. Il propose bel et bien un emploi flexible et davantage d’opportunités de travailler sur différents projets de son propre choix, voir même l’auto-direction d’une carrière autour de la création impactant le changement social.

Appelez ça comme vous voulez, mais il n’y a aucun doute que l’économie et notre compréhension de l’emploi ont considérablement changé au cours des deux dernières décennies, et continuera de le faire en raison de la technologie et des changements sur le marché mondial.

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Toutefois, c’est certain, les personnes ont besoin de compétences spécialisées pour prospérer dans cette nouvelle économie. L’éducation progressive a un rôle essentiel dans la préparation de la prochaine génération de travailleurs, mais ce n’est qu’une partie. Un éventail de politiques et de programmes de soutien est absolument nécessaire, si l’offre et la demande du marché du travail en évolution doivent être alignés – si les Canadiens, jeunes et moins jeunes, doivent trouver des places significatives sur le marché de plus en plus mondial de l’emploi.

Nous connaissons tous l’histoire : Après la crise financière de 2007-2008, nos économies ont fait un flop, les entreprises ont serré leurs ceintures et des emplois ont été supprimés, tandis que la technologie a continué à faire du chemin. À la fin de 2009, l’économie s’est stabilisée et les entreprises ont recommencé à avoir des bénéfices. Mais les emplois perdus et les modifications apportées n’ont jamais été entièrement restaurés. Le résultat a été moins d’emplois à temps plein, plus d’emplois à temps partiel et de contrat de travail, avec peu de bénéfices.

Jusqu’ici, les compétences, les obligations, les perspectives personnelles et la capacité à naviguer avec incertitude et risque ont déterminé la façon dont cette réalité est façonnée sur le plan individuel – si la nouvelle réalité est un espace précaire de chômage ou si c’est un espace transformationnel d’opportunité.

Aller de l’avant, ce qui est le plus important est de reconnaître la nécessité de préparer, former et soutenir les demandeurs d’emploi pour un autre type de marché, puis d’investir vraiment. C’est la nouvelle réalité, mais au lieu de la confronter, un trop grand nombre de personnes en position d’aider – dans l’éducation, l’industrie et le gouvernement – regardent en arrière. Le résultat est que beaucoup de travailleurs font cavalier seul, avec des degrés de succès variés.

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Certains reconnaissent la nécessité de regarder vers l’avant et de répondre à la nouvelle réalité. Dans les classes à l’Université de l’EADO, les étudiants d’art et design du premier cycle ont un enseignement sur les contextes historiques du travail, sur les conséquences de la Grande Récession, sur les révolutions technologiques qui ont lieu autour de nous. Ils sont encouragés à réfléchir sur cette histoire et les questions de causes et conséquences. Mais ce qui semble être un battement de cils à ceux d’entre nous qui ont vécu, travaillé et vu nos investissements diminuer, sont des nouvelles anciennes pour la plupart de ces jeunes étudiants. Alors, pourquoi est-ce si utile de l’enseigner maintenant ?

Ces changements ont façonné le marché du travail, dans lequel ils entreront en étant diplômés. Ce marché est très différent de celui dans lequel leurs parents sont entrés, et s’ils veulent voguer et réussir, ils vont avoir besoin de comprendre comment le marché en est arrivé à là et comment il continue d’évoluer. Ils ont besoin de naviguer avec ambiguïté, penser entrepreneuriale et de s’engager de manière socialement responsable. Ces qualités ne sont pas nouvelles, mais la compétence pour créer, lancer un business ou concevoir des solutions à appliquer sur les défis sociétaux urgents, est plus crucial que jamais.

C’est l’élan derrière la matière entreprenariat et innovation social de l’Université de l’EADO. Le programme est axé sur l’enseignement des affaires et des principes économiques dans l’optique de la pensée et de la pratique critique et créative, mais ancré dans la communauté, l’éthique et la responsabilité sociale. Il n’y a pas que les forces du marché et l’analyse des tendances à long terme qui ont conduit à sa création, mais les étudiants eux-mêmes, qui ont reconnu le lien entre leur travail en atelier et les réalités du marché. Ils demandent que des cours sur l’entrepreneuriat, leadership et sur l’innovation sociale fassent partie de leur éducation et ils créent des occasions d’explorer davantage ces domaines dans le cadre de leur expérience universitaire grâce à des initiatives dirigées par les élèves.

Ce programme comprend des projets dans le monde réel, l’engagement de la communauté internationale et des analyses critiques, combinés avec le travail pratique donnant à nos étudiants à la fois profondeur et ampleur entre les domaines d’étude. L’objectif est d’inculquer la possibilité de diriger dans un avenir qui est à la fois mondial et numérique, tout en étant couramment dans les réalités locales, sociales et dans la physicalité des matériaux, procédés et techniques de leur discipline choisie art et / ou design. Ce mélange de théorie et de pratique, micro et macro, est l’avenir de l’éducation de l’art et du design. C’est la voie à suivre pour les étudiants diplômés sur le point de créer des opportunités pour eux-mêmes et pour d’autres à travers leur travail créatif et également d’en vivre.

Mais encore plus peut être pour préparer les étudiants – non seulement pour les aider à se tailler une place dans la nouvelle réalité économique, mais pour leur permettre de la façonner. Le Canada regorge de gens qui aident à tracer l’avenir du travail, mais il y en a beaucoup plus qui luttent pour trouver leur place, pour lancer leurs idées, afin de leur garantir un revenu suffisant. Pour ceux qui restent, les effets économiques et sociaux peuvent être profonds et troublants.

Une université active et innovante est un élément fondamental du puzzle, mais il faut plus : le soutien de la communauté des affaires, des consommateurs et des décideurs politiques afin d’assurer qu’une génération ne soit pas perdu.

Voici ce dont les participants actifs – les travailleurs, les entrepreneurs et les innovateurs sociaux – ont besoin dans la nouvelle économie :

  • des stages rémunérés et des programmes d’apprentissage. Les étudiants et les demandeurs d’emploi ont besoin de plus d’accès aux opportunités d’apprentissage rémunérées sur le terrain. Le plus d’expérience ils ont, mieux ils seront préparés à choisir et créer des parcours professionnels réussis, souvent ceux qui n’ont pas encore été empruntés.
  • Le soutien des entreprises et des consommateurs. Les services doivent être payés plus du bout des doigts aux petites entreprises locales, les artistes et designers. Le choix de la qualité sur la ligne de fond dans les affaires et achats personnels aide les petits fournisseurs indépendants, une chance contre grands concurrents mondiaux, qui à son tour conduit à la création d’emplois et à plus d’argent dans les économies locales.
  • Politiques et programmes visant à atténuer les risques. La nouvelle réalité économique a besoin de plus de soutien pour ceux qui travaillent en tant que consultants, entrepreneurs indépendants et propriétaires de petites entreprises. Les politiques et les programmes qui facilitent les avantages et l’épargne-retraite sont essentielles. Être un membre actif dans cette évolution de l’économie ne devrait pas nécessiter de sacrifier la sécurité et la tranquillité d’esprit.
  • Le financement et le soutien aux entreprises. Nous avons besoin d’incitations plus fortes pour la création d’entreprises indépendantes et d’entreprises sociales : plus d’aide avec les frais de scolarité universitaire, une plus grande flexibilité des prêts étudiants, financement de l’entreprise, le mentorat, l’accès au marché. L’innovation doit être ensemencées et nourri. Un soutien est nécessaire pour les branches créatrices et l’innovation sociale, et pas seulement pour les chercheurs et les innovateurs dans la haute technologie et le domaine biomédical.

Avec ces mesures en place, notre économie peut devenir moins incertaine et moins périlleuse, et offrir plus de potentiel et de liberté. Alors que l’éducation et l’écoute des réalités et opportunités de ce marché de l’emploi sont la clé, il ne devrait pas être juste que la prochaine génération soit la seule à améliorer la situation. Beaucoup plus peut et doit être fait pour aider les nouveaux et actuels chercheurs d’emplois à trouver leur voie et à prospérer. Une approche globale des supports et initiatives contribueront à façonner une génération de professionnels qui peuvent relever les défis et les potentiels de la nouvelle économie et d’un monde qui continue d’évoluer aux côtés de créateurs, dirigeants adaptables et innovateurs.

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A propos Clémence Defontaine 2 Articles
Etudiante en Master 2 du droit et fiscalité du marché de l'art à Lyon, et titulaire d'un Master en histoire de l'art

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