2016, année de la fin du travail?

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Le travail sera au coeur de l’année 2016. François Hollande l’a confirmé, en annonçant à l’occasion de ses voeux un énième “plan d’urgence” contre le chômage, conséquence attendue dans son intention, décevante dans son ampleur, des excellents résultats du Front National aux dernières élections régionales. Dans la pratique, la capacité du Président à lutter contre le chômage constituera l’élément déterminant d’une campagne électorale de 2017 qui est déjà engagée.

Le travail et les annonces de François Hollande

Lors de ses voeux, François Hollande a parlé d’un “état d’urgence économique et social”. Pour faire face à cette situation, il a procédé à plusieurs annonces.

D’une part, il propose un plan massif de formation des demandeurs d’emploi sera lancé : 500 000 personnes de plus seront accompagnées vers les métiers de demain. Ce sujet avait déjà été abordé courant décembre lorsque Manuel Valls évoquait le séminaire du gouvernement sur l’emploi.

D’autre part, le Président fixe l’objectif qu’aucun apprenti ne soit sans employeur et qu’aucun employeur ne demeure sans apprenti. Cette annonce est dès plus classique: l’apprentissage est la grande tarte à la crème des politiques de l’emploi. Tout le monde en parle mais, depuis des années, la mise en place d’une véritable filière d’apprentissage est bloquée en France.

Enfin, François Hollande a annoncé de nouvelles aides à l’embauche dans les TPE et les PME.

Travail ou emploi?

Comme d’habitude, les pouvoirs publics sont focalisés sur la question de l’emploi, et laissent de côté la question du travail. Le noeud du chômage massif persistant en France se trouve probablement dans cette aporie, consistant à concevoir le marché comme un service rendu aux demandeurs d’emploi, et non comme une relation de production où le volume de travail est le résultat direct du volume d’activité.

Les mauvais esprits n’hésiteront d’ailleurs pas à rappeler la persistance, avant même 2012, de thématiques et de discours identiques. Combien de fois les Présidents, Premiers Ministres et Ministres du Travail n’ont-ils pas annoncé des plans d’urgence économique fondés sur les mêmes leviers que ceux actionnés aujourd’hui par François Hollande, et tout cela en pure perte?

Quel avenir pour la loi Combrexelle?

Dans ce contexte épineux où le Président de la République cherchera forcément à donner des gages à sa gauche, on voit mal quelle place occupera la loi Combrexelle qui doit réformer le code du Travail.

Les organisations syndicales auront en effet beaucoup de mal à admettre un soutien massif à un gouvernement qui, dans le même temps où il propose quelques mesures de second ordre contre le chômage, s’attaque aux piliers fondamentaux du droit du travail. L’opinion publique elle-même comprendrait mal que ces deux opérations soient présentées simultanément et menées de front.

Dans la pratique, la réforme du code du Travail, si elle devait prendre l’ampleur que le gouvernement lui a prêtée à l’automne, risque de devenir un sujet extrêmement compliqué à traiter pour Manuel Valls et pour sa jeune ministre Myriam El-Khomri, toujours en “apprentissage” sur des questions manifestement trop techniques pour elle. Tôt ou tard, il est évident que des bourdes ou des cafouillages affaibliront considérablement l’autorité du pouvoir exécutif sur ce dossier.

Sur le sujet de la réforme du droit du travail, le gouvernement risque donc de se trouver face à un dilemme très délicat à gérer. Soit il délivre la réforme de promesse qu’il a faite, et, en dehors de la satisfaction de tenir sa parole, on voit mal quel bénéfice politique il en retirera. Soit il cherche son meilleur profit dans la perspective de 2017,et le bon sens devrait le conduire à vider la réforme de son contenu.

Un mal pour un bien

Ceux qui comptaient (naïvement) sur François Hollande pour tenir ses promesses et pour réformer en seront donc pour leurs frais. Sur le fond, la déception ne devrait pas être longue: on voit mal quelle marge de manoeuvre cette réforme pourrait avoir aujourd’hui. Mieux ne vaut-il pas rester immobile que mal bouger?

Pour l’ensemble des entreprises de France, 2016 devrait donc demeurer une année de réformette perpétuelle, en attendant la reconstruction fondamentale dont l’économie a besoin.

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