2016, pour changer enfin !

Temps de lecture : 6 minutes

Cet article a été lu 568 fois

Les ans se succèdent et se ressemblent. Le 31 décembre, le premier des Français, en panne d’inspiration, a réitéré sa prophétie de lutte contre le chômage. Le « C’est ma priorité » est son numéro préféré de clown triste chaque année répété et devenu bien éculé. Hollande se sapinise ! La sapinade est une particule élémentaire de langage, autrement dit une baliverne sortie du chapeau communicationnel de l’ENA. Exemple : les hausses baissières du chômage (taratata !), la réhabilitation de l’impôt (aïe, là ça fait mal !), le retour de la croissance (à la saint Glinglin !), la réforme du droit du travail (turlututu, chapeau pointu !), etc… Cette année a été ajouté un volet sécuritaire. Le coeur serré et la voix presque chevrotante, le président annonce qu’il nous faut mener le combat contre un terrorisme qu’en astigmate il peine à qualifier ([1]). L’essai Charlie l’avait plongé dans une phase béate de prêchi-prêchas contramalgamiques et vivre-ensemblesques (dont il nous fait une rechute en ce début d’année). L’essai transformé au Bataclan lui a ouvert les yeux. Mieux vaut tard que jamais. Réagir faute d’avoir agi. Mais nul n’est prophète en son pays… et en son parti. L’année sécuritaire s’annonce donc agitée : le premier épisode raconte l’aventure de la déchéance de la nationalité. D’autres suivront : l’expiration ou la reconduction de l’état d’urgence (début mars), l’agonie de Schengen, la réforme de la justice des mineurs, et bien d’autres taubirasqueries permissives et sociétales à découvrir. Après avoir murie dans nos renoncements et nos lâchetés, la folie terroriste continuera à miner et briser la société française. Les bombardements spectacles en Syrie, faute de projet global sont accessoires, car c’est bien sur les sols français et européen qu’il faut agir avec fermeté. Le chipotage droit-de-l’hommiste, aussi honorable soit-il, n’en paraîtra que plus indécent et nourrira la réaction nationaliste.

Jean-Marc Boyer vous a tout dit des perspectives économiques en 2016. Le pire viendra-il de la Chine ? La croissance mondiale ou chinoise – l’Espérance mystique des dirigeants français – finira en contrepèterie. Il y a tout lieu de s’inquiéter du nouvel an économique chinois et des coups de « bambourses » asiatiques. En 2016 comme en 2015, le changement maintenant exprime l’échec manifeste de la promotion Voltaire, d’un Etat frappé de délitement et des élites enkystées dans la connivence. Le réformisme social-libéral n’est qu’une cosmétique néo-chiraquienne, tant le pouvoir craint les réactions d’une société épuisée et perdue. On applique en vain les mêmes pommades, les crèmes anti-chômage, les baumes d’assistanat, les élixirs sociétaux. Le traitement social du chômage et ses faux-emplois – 7 millards par an – ronge les finances publiques et la société. À force de cuire et recuire la ratatouille, il n’y a plus de vitamines dans la gamelle de l’action publique. Les impôts n’augmenteront pas… promis, juré, craché ! Sauf les contributions locales, les cotisations sociales, la taxe sur l’énergie, et tant d’autres… Avec beaucoup de boniments, l’effet est d’illusion. Hollande n’a ni l’énergie, ni le talent, ni la stature de César ([2]), tout au plus excelle-t-il en César Birotteau ([3]) , ce parfumeur balzacien, inventeur de l’Eau carminative, de l’Huile Comagène et de la Double pâte des Sultanes, dont les brevets semblent avoir été rachetés par notre président-magicien afin de préparer ses remèdes miracles contre le déclin du pays.

Quant au reste, le pouvoir se fait alchimiste et astrologue. Il transforme l’or en plomb. Il implore les astres, leur conjonction et leur révolution. Tout cela a-t-il encore un sens ? Venu chatouiller les forces de l’esprit à Jarnac, Hollande prépare de bons et mauvais coups. De ses vocalises ne sortira qu’un chant de manoeuvres : chant du cygne de l’ultime année, avant 2017. Des mânes de Mitterrand n’émanent rien de bon, sauf la conquête du pouvoir pour le pouvoir et la politique réduite à une forme – sans fond – artistique et machiavélique. Durer pour durer. Mais Hollande n’étant qu’un Mitterrand au petit pied, il n’y a rien à attendre pour le pays de ce côté-là. Rien ne changera. Le plus grave demeure l’interminable – et insoluble – crise de confiance qui ne se résoudra pas en 2016. Les Français sont désespérément lucides et sceptiques. Auraient-ils lu Cioran ? Les sondages de lecteurs des grands quotidiens montrent que 95% d’entre eux ne croient plus aux priorités hollandiennes. La parole présidentielle est totalement démonétisée. Elle n’est hélas pas la seule, l’opposition est tout aussi clownesque et inaudible. L’arène politique est un cirque de chansonniers, déversant leurs flots de paroles : encore des mots, toujours des mots, les mêmes mots, rien que des mots, des mots magiques, des mots tactiques qui sonnent faux, oui tellement faux. Paroles, paroles, paroles, encore et toujours des paroles. Promesses et prophéties ne sont que caramels et chocolats, enrobés de douceur, que l’on peut dire à tous ceux qui aiment le vent, les parfums de rose et les étoiles sur les dunes ([4]). Lentement, la V° république se décompose, exhalant des relents de IV°. La France continuera à s’engluer et à s’ennuyer, nos espoirs à se refroidir et la planète à se réchauffer.

Tout aussi chaude sera l’actualité internationale : n’en déplaise aux post-modernes, le monde est violences et rapports de force. L’Orient, de plus en plus compliqué, n’en finit pas de se rapprocher. Après la Syrie, la Libye ? Les tergiversations et les faiblesses occidentales ont renfloué la Russie. Ici comme ailleurs, l’Europe paye cher son désinvestissement militaire, trop facile variable d’ajustement budgétaire. À l’instar des affaires internes, on a géré mais pas gouverné. Le management ne fera jamais une stratégie. Le Proche-Orient restera le cancer de l’Occident. La dernière année d’Obama sonne comme une fin de règne et l’on s’agitera jusqu’aux élections de novembre. L’Arabie et l’Iran sont comme la France et l’Allemagne impériale avant 1914. Les deux pays se cherchent et se provoquent… jusqu’où ? Le concert des nations évitera-t-il la guerre ? La crise des migrants – qui ne fait que commencer – a durablement fragilisé l’Europe et révélé son impuissance. Face aux dangers, l’UE n’est plus crédible. La complaisante indulgence de Bruxelles envers la France encourage l’apathie et les réformettes. La faiblesse du pays contraint Hollande à se vassaliser à Merkel, dont l’autorité est malmenée après sa capitulation migratoire. Les nations se réveillent contre un modèle technocratique aseptisé qui ne convainc plus. L’économie ne soude pas un corps politique et le multiculturalisme ne passe pas. Les peuples ont grand besoin de sécurité et d’identité, donc de souveraineté, ce que l’UE ne peut leur donner : là aussi s’élargit la fracture entre les élites et les nations.

Donc, rien ne changera : il n’y pas de magie des chiffres (2012, 13, 14, 15, 16…) mais continuité de l’action des hommes. Et personne n’oubliera que 2016 précède 2017 ! Mais que tout ceci ne vous décourage pas. Le bonheur est comme on le fait. À l’heure du désenchantement généralisé, chacun peut se forger une baguette magique, faire des étincelles, changer le crapaud en prince, la souillon en princesse, la citrouille en carrosse. Notre avenir est en nos mains, à nous citoyens, travailleurs, entrepreneurs, créateurs qui donnons un peu de nous-mêmes pour nos proches et ce foutu pays ! Alors, pour éviter la dépression et commencer l’année avec le sourire, je vous ai trouvé un délicieux petit poème, une figure libre de Paul Fort ([5]), fils d’agent d’assurance rémois et poète oublié (rien à voir avec Edgar ou Félix Faure). Vous y penserez en écoutant les voeux officiels des politiques, des zinstitutionnels, du patron et leurs figures imposées …

Antoine de Nesle

 

Pour changer enfin

Mettez le coq dans l’abreuvoir et le cheval sur le noyer

les pendus à sécher en Loire, la ficelle au cou des noyés

mettez les impôts dans l’armoire et les écus au fumier,

un gai refrain sur le mâchoire, faisant flûte vos doigts de pied,

mettez pour mieux y circuloir, des baleines dans les étiers[6],

des rêves en tête à Magloire qu’est censément not’charcutier,

mettez au coeur du diable un soir l’amour et ses douces pitiés,

mettez en cul ce qu’il faut boire, dans la goule ce qu’il faut…

mettez de l’eau dans l’encensoir et du feu dans le bénitier.

Paul Fort

[1]Notre saint François national musulmanophile et stigmatophobe obsessionnel, en visitation à la mosquée de Paris, persiste dans l’amalgame, confondant les victimes du terrorisme et la religion qui inspire les fanatiques. Il excite ainsi les réactions sur le front national et identitaire. Ce coup mitterrandien est bien joué !

[2]Le conquérant et chef d’État romain, pas le fils du tenancier de bar marseillais de Pagnol.

[3]Héros de Balzac. Le roman éponyme raconte le succès puis la faillite du parfumeur, inventeur d’un baume miraculeux, l’Huile Comagène, qui doit faire repousser les cheveux. À bas les perruques !

[4]Inoubliables paroles et duo interprété par Dalida et Alain Delon.

[5]Paul Fort (1872-1960), il est poète français de la III° république, dans la mouvance symboliste, connu pour ses Ballades françaises. Quelques unes ont été chantées par Brassens.

[6]Étier : petit canal par lequel un marais salant communique avec la mer, petit canal côtier.

print

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Lire les articles précédents :
La France déclare la guerre à l’économie numérique

Le Conseil National du Numérique sur le travail pose de sérieuses questions sur l'acharnement que le gouvernement devrait avoir dans...

Fermer