50 Md€ perdus?

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L’industrie française poursuit sa descente aux enfers, et les participations publiques n’y peuvent rien. Dernier en date, le parapétrolier Technip s’allie avec FMC Technologies et déménage à Londres*.

A l’Agence des Participations de l’Etat**, le titre de directeur n’était pas suffisant, on a donné celui de Commissaire aux Participations de l’Etat, sans parler du Commissaire Général à l’Investissement, comme si cela changeait quelque chose à la fonction. L’Etat se révèle le hedge fund le moins performant.

Hésitations sur l’automobile

Pourquoi garder une participation dans Peugeot ? Pour sauvegarder l’indépendance par rapport à des groupes asiatiques (Dong Feng est le partenaire de Peugeot), il faut une politique compétitive globalement et non pas des parts sous poudrées dans les grands groupes.

Le Gouvernement a clashé avec Carlos Ghosn sur sa rémunération (15M€ dont 7,2 au titre de son mi-temps chez Renault). Par sa présence au Conseil d’Administration (CA), sauf aveux de manque d’autorité, l’Etat accrédite ce choix (contre l’avis majoritaire des actionnaires). Pour se faire pardonner, le Gouvernement évoque une loi en la matière si le CA ne se rétracte pas. On sait, depuis Xénophon, qu’une loi ne doit porter sur un sujet particulier mais sur l’intérêt général. La hiérarchie des normes (mise à mal par l’article 2 du projet de loi travail) commande de déléguer ces sujets de droit privé à des conventions privées***. Il faut définir une gouvernance (au travers du « say on pay » de l’AFEP/Medef en l’occurrence) et s’y tenir.

Délires sur l’énergie

On avait laissé la gouvernance d’AREVA aux mains de politiques (dont l’actuel président de la CCR). Résultats : EPR Finlandais embourbé, projet suspendu d’Hinkley Point (jusqu’à 23Md€ alors que les prix de l’énergie ont baissé), affaire Uramin, malfaçon Flamanville/défauts au Creusot, suppressions de postes au Tricastin, pertes en série (encore 2Md€ en 2015), demande de 5Md€ d’augmentation de capital (de comblement de pertes en réalité), etc.

L’Etat demande ensuite à EDF de reprendre  les réacteurs d’AREVA, alors qu’EDF est aussi dans le giron de l’Etat pour l’essentiel, et accuse un retard dans la rénovation du parc nucléaire. L’Etat (c’est-à-dire le contribuable) doit alors participer à une augmentation de capital (3 sur les 4Md€), qui ne règle pas le sujet puisque l’on ne sait ni l’avenir de l’EPR, ni le calendrier d’arrêt des centrales (la demande d’indemnisation pour la fermeture de Fessenheim gèle le sujet).

Les transports

La SNCF et la RATP sont bloquées par la CGT. Sous couvert de protestations anti loi travail (qui ne s’applique pas à ces groupes), la CGT pourrait obtenir le retrait d’adaptations à la concurrence (comme la pose dominicale à rallonge), voire la reprise d’une partie des 50Md€ de dettes (principalement SNCF réseau) de la SNCF. Les voies (il suffit de visiter les catacombes appelées Châtelet-Les Halles) et les gares ne sont pas entretenues (passer de St Pancras à la gare du Nord donne une idée du retard français). Résultat : 12Md€ de dépréciations dans les comptes 2015 de la SNCF.

A Air France, l’Etat a hésité entre condamnation et soutien des pilotes activistes. Des premières participations publiques ont pu être cédées dans le transport. Après Toulouse, les 60% de l’Etat dans les aéroports de Nice ou Lyon sont en vente.

Des participations à vendre

Le ministre de l’Economie a envisagé de sortir du capital d’Orange en s’exprimant au Sénat. S’agissant d’une entreprise cotée, toute déclaration devrait respecter la législation financière sur les « insider informations » pour éviter tout délit d’initié, et devrait être contrôlée par l’AMF. Surtout, en posant des conditions insensées, le Gouvernement a été le « deal breaker » de l’opération Bouygues, ce qui a fait perdre 10Md€ de capitalisation aux opérateurs.

Globalement, la valeur des participations (à peine 60Md€****) se retrouve à près de la moitié de la valeur si la gestion avait été “normale” (ne serait-ce qu’en évitant les erreurs ci-dessus). Au lieu d’une gestion ou d’une résolution ordonnée des participations de l’Etat (APE, celles de la Caisse des Dépôts/BPI, détentions en direct,…), attend-t-on comme la Grèce d’être contraint par les instances internationales de céder à vil prix nos joyaux ?

*Après d’autres départs de sièges, liés à des rachats: Lafarge avec Holcim, Alstom électrique avec GE, Alcatel Lucent avec Nokia, sans compter les centres de décisions qui passent dans des fonds chinois.

**http://www.economie.gouv.fr/agence-participations-etat

***« Les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites »  article 1134 du code civil.

****Contre 110Md€ affichés à fin avril 2015 par l’APE dans son rapport.

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