6 conseils en assurance-vie

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Voici quelques conseils pour guider vos placements en assurance-vie. Cet article a été publié sur la Gazette de l’Assurance.

La souricière des fonds euros

Les taux servis pour 2016 devraient tourner autour de 2%. Surtout, ces taux devraient encore baisser mécaniquement vers 1%, à savoir le taux de rendement des placements, nets de tous les frais (acquisition, gestion administrative et financière, taxes,…). Si on a un projet (successoral, retraite, rentes,…) au-delà d’une simple épargne, l’assurance vie peut se justifier car c’est le couteau suisse de l’épargnant. Mais si le sujet est uniquement de placer à moyen terme, difficile de justifier l’immobilisation de son épargne pendant 8 ans et plus (sauf à payer de la fiscalité dissuasive, en plus des prélèvements sociaux*), le tout pour un maigre pourcent annuel (avant ISF, pour ceux qui en « bénéficient »).

Les bancassureurs sont mieux armés car ils se permettent de distribuer des taux légèrement plus bas que le marché, avec la possibilité d’orienter les épargnants vers des comptes et livrets réglementés ou des placements hors bilan (OPCVM, immobilier papier,…).

Les assureurs continuent à donner plus que leur rendement, quitte à puiser dans les plus-values latentes et les provisions pour participation aux excédents. Une large partie du marché sous-estime ce risque de taux sur les fonds en euros. En effet, beaucoup écrêtent les scénarios de taux négatifs dans les générateurs de scénarios économiques qui sous-tendent les calculs stochastiques dans solvabilité 2.

Fonds de retraite et assurance-vie

La directive solvabilité 2 ne s’applique pas aux fonds de pension dont le futur régime est en discussion à l’EIOPA (directive IORP**). Une possibilité étudiée par plusieurs groupes français (assureurs ou paritaires) est de donner un tel statut à des contrats de retraite professionnels. Cela se limite aux contrats de rente, dont la fiscalité n’est pas des plus avantageuses***.

Pour les portefeuilles de contrats de rentes, solvabilité 2 (Omnibus 2 plus précisément) autorise à amortir sur 16 ans la charge de provisionnement engendrée par l’actualisation à un taux pratiquement nul. Cela permet de cacher l’état désastreux d’organismes financiers principalement allemands (même si du côté bancaire, les problèmes commencent à apparaître au grand jour, comme pour Deutsche Bank).

Des Unités de Compte

Les assureurs ont poussé les épargnants à placer une part importante en Unités de Comptes (en donnant par exemples des taux majorés en fonction du pourcentage d’UC). Cela soulage leur exigence de fonds propres et diminue leur exposition aux risques de taux. Cette tactique a notamment 2 limites :

–          Le défaut de conseil, en poussant à prendre des risques alors que les obligations sont au plus haut (taux jamais aussi bas de toute l’histoire de l’humanité), que l’immobilier bénéficie également de prêts à des taux inférieurs à 2% même à long terme, et que les actions sont volatiles. Un remède canonique réside dans les primes programmées (pas les primes escomptées, historiquement honnies), puisque l’on achète plus d’UC quand les cours sont bas et moins quand les cours sont hauts.

–          La conjonction des directives Mifid 2 et DDI 2, fait que l’on pourra continuer à reverser des rétrocessions en commissions sur encours en UC aux partenaires « captifs » et mais plus aux CGPI.

Quant aux produits packagés, la directive Priips (qui oblige à un Key Information Document) était en principe adoptée par le parlement européen, mais ce dernier vient de rejeter les normes techniques de la Commission et de l’EIOPA (directive d’application directe**** après publication au JO UE).

Des contrats Eurodiversifiés à optimiser

Une réflexion est en cours pour re-calibrer ce produit afin qu’il ait le développement qu’il mérite.

En attendant, il est préférable de viser un horizon de placement de 10 ans plutôt que les 8 ans habituels. Avec des taux sans risque proches de 0 (TEC 10 à 0,2%), il faut en effet plus longtemps pour se permettre d’investir significativement en parts variables tout en garantissant le capital au terme.

Audace ou prudence ?

Pour l’épargnant, et pour certains conseillers audacieux, on peut envisager d’emprunter (en renégociant sa dette passée le cas échéant) pour placer. Il faut prévoir une large marge (détenir plus d’actifs disponibles que de dettes) compte tenu du risque de ce genre d’opération.

En tout cas, il est prudent d’avoir 2 contrats d’assurance vie. Cela permet de jouer avec des clauses de succession différentes, de nantir l’un sans obérer le total, d’avoir des typologies de placements complémentaires, etc…

Enfin, il faut suivre les modifications fiscales, puisque certains programmes promettent des taux de prélèvements allégés sur l’épargne. Des associations demandent une actualisation des seuils fiscaux de l’assurance vie (152 500€, 70 ans, abattement de 4600 €…), mais Bercy reste sourd.

*Prélèvements sociaux de 15,5%, plus impôt sur le revenu ou prélèvement libératoire de 35% avant 4 ans puis 15% jusqu’à 8 ans.

** http://ec.europa.eu/finance/pensions/iorp/index_en.htm

***Impôt sur le revenu ou barème fonction de l’âge, cf  https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F3173

**** https://acpr.banque-france.fr/publications/revue-de-lacpr/revue-de-lacpr-n19-sommaire/protection-de-la-clientele/les-nouvelles-reglementations-europeennes-priips-dia-2.html

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