À la CGT, la base demande plus d’anti-macronisme

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Si Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, a appelé à voter Macron, la base exprime de très fortes réticences devant cette ligne. On retiendra, pour l’illustrer, le courrier qu’un syndicat parisien de l’énergie a directement envoyé… à Martinez, pour exprimer son point de vue.

Cher(e)s camarades,

Par cet écrit, notre syndicat CGT Énergie Paris tient à interpeller la Commission Exécutive confédérale suite à sa déclaration du 10 mai 2017 (lire ci-dessous).

Autant vous dire que ce communiqué n’est absolument pas à la hauteur des enjeux en cette période bien trouble.

Dans la première partie, vous revenez sur les dangers que représentent l’extrême droite et sur la position confédérale qui appelait « les salariés à ne donner aucune voix à ce parti raciste », ce que nous partageons totalement, bien qu’il nous semble qu’une analyse un peu plus poussée de la mécanique de l’élection présidentielle aurait été la bienvenue.

Quant à « l’exigence d’une europe sociale et solidaire », cette revendication nous paraît impossible à obtenir dans le cadre existant de l’Union Européenne, où la souveraineté des peuples est piétinée par la technocratie de Bruxelles au service du capital.

Mais ce qui est le plus problématique dans cette déclaration et qui a provoqué une certaine colère chez nos militants, se trouve dans la deuxième moitié de votre écrit.

En effet, vous faites un certain nombre d’incantations et d’avertissements en direction de Macron et de son futur gouvernement, qui de notre point de vue sont complètement stériles et donc inefficaces.

Vous écrivez en ce sens « ceux qui demain seront au gouvernement et au parlement doivent être conscients de la lourde responsabilité de leurs actes et des politiques qu’ils mettront en œuvre. Ne pas stopper celles qui ont conduit à une telle situation nous condamnerait à la revivre. »

Et à propos du vote du second tour vous écrivez « …considérer qu’il s’agirait là uniquement d’un vote d’adhésion et un blanc-seing à son programme, comme il l’a fait, jusqu’aux derniers instants de sa campagne, aux risques de renforcer le FN, serait irresponsable. »

Et de finir sur ce sujet par cette phrase « la CGT appelle solennellement Emmanuel Macron à renoncer à imposer de nouveaux reculs sociaux par ordonnance ou 49.3. »

Pour nous, cette posture est vraiment problématique et naïve car au travers de ces déclarations vous en appelez à la responsabilité de Macron, comme si ce dernier n’était pas le représentant de la haute finance, comme si ce dernier œuvrait en conscience pour les intérêts du peuple, et qu’il était juste dans l’erreur.

Il est évident que Macron est un pur produit du système capitaliste et qu’il est parfaitement conscient de ce qu’il fait et pour qui il le fait.

Ce qui est clair pour nombre de nos militants au travers de cette élection, c’est que le patronat ne s’embarrasse même plus de choisir un porte flingue parmi les 2 grands partis traditionnels (qui d’ailleurs ont été provisoirement laminés), il a directement désigné un homme du sérail, un banquier, car on est jamais mieux servi que par soi-même.

D’ailleurs, c’est grâce aux médias de masse détenus par les grands oligarques, que le produit Macron a été vendu avec succès au peuple français.

C’est pourquoi, Macron écoutera la voix de ses maitres et travaillera avec zèle, au démantèlement de tous les conquis sociaux obtenus dans la rue par notre classe sociale.

Quant au risque de renforcer le FN, Macron n’en a que faire, pire il l’encouragera par sa politique antisociale, puisque c’est justement la présence de ce parti fasciste, qui sert d’épouvantail au capital pour porter au pouvoir ses serviteurs les plus zélés depuis 30 ans.

Comme vous le notez justement, dans cette période « les luttes n’ont jamais été aussi nombreuses ».

Alors pourquoi ne pas proposer un véritable calendrier d’actions pour les semaines à venir, avec comme objectifs impérieux, de confédérer les luttes, afin de tenter d’organiser un grand mouvement national, massif, coordonné, de tout le monde du travail et d’aller reprendre par la lutte, tout ce que le capital nous a volé et d’obtenir de nouveaux conquis sociaux.

Cette démarche aurait en plus une vertu fondamentale, c’est d’imposer notre calendrier revendicatif, afin de lutter non pas contre une énième contre-réforme, mais bien pour nos revendications de salariés, de citoyens.

Alors que l’on sait que le train libéral est lancé à pleine vitesse contre le monde du travail et le peuple français, n’attendons pas qu’il nous écrase dès cet été, rentrons dans l’action dès maintenant.

Et cela mérite d’exprimer la volonté de la CGT de combattre la politique Macron par les mobilisations, sans attentisme.

Effectivement les luttes partout dans le pays n’ont jamais été aussi nombreuses, des fronts sociaux s’organisent partout dans le pays autour de structures CGT et autres, et la répression envers nos militants n’a jamais été aussi forte.

Il est de la responsabilité de la plus grande organisation de masse en France, notre CGT, de mener l’offensive de classe et de masse du monde du travail face à un pouvoir qui nous promet la ruine sociale et de nouvelles guerres impérialistes au sein de l’Otan pour notre peuple.

Fraternellement.

Le Syndicat CGT Energie Paris

Paris le 16 mai 2017


Barrer la route au FN et amplifier la mobilisation sociale

Déclaration de la Commission exécutive confédérale de la CGT

Les citoyens ont fait preuve d’une grande responsabilité en faisant barrage au front national. Toutefois, le score élevé qu’obtient sa candidate est une blessure importante. Sans attendre de nouvelles échéances électorales, la CGT continuera résolument à lutter, avec les salariés, contre les conséquences désastreuses de l’influence grandissante de l’extrême droite.

Depuis sa création, la CGT a toujours combattu l’extrême droite et le fascisme, elle est restée fidèle à ses valeurs tout au long de son histoire.

La CGT a appelé les salariés à ne donner aucune voix à ce parti raciste, xénophobe, sexiste, homophobe, libéral et anti social. Mais c’est au quotidien, et non pas seulement au soir du premier tour de l’élection présidentielle, que la CGT et ses syndicats combattent le front national.

Les idées d’extrême droite se nourrissent et se développent sur la désespérance sociale, sur les promesses non tenues, les reniements, les besoins sociaux non satisfaits, la démocratie bafouée et la promotion de politiques d’austérité en France comme en Europe. La CGT exige une Europe sociale et solidaire.

Assurément, les leçons du 21 avril 2002 n’ont pas été retenues. La responsabilité des hommes et femmes politiques au pouvoir depuis est engagée. Ils devraient s’interroger au lieu de culpabiliser les seuls citoyens.

Ceux qui demain seront au gouvernement et au parlement doivent être conscients de la lourde responsabilité de leurs actes et des politiques qu’ils mettront en œuvre. Ne pas stopper celles qui ont conduit à une telle situation nous condamnerait à la revivre.

Le Président de la République a été élu par défaut par une grande partie de ses électeurs. Nombre d’entre eux ont combattu une loi portant son nom, une majorité s’est mobilisée pendant des mois contre la loi Travail, largement inspirée et soutenue par Emmanuel MACRON. Il doit en prendre acte. Considérer qu’il s’agirait là uniquement d’un vote d’adhésion et un blanc-seing à son programme, comme il l’a fait, jusqu’aux derniers instants de sa campagne, aux risques de renforcer le FN, serait irresponsable.

La CGT appelle solennellement Emmanuel MACRON à renoncer à imposer de nouveaux reculs sociaux par ordonnance ou 49.3.

Alors que des aspirations à une alternative sociale sont fortes, que des exigences à vivre mieux et dignement s’expriment, la responsabilité du nouveau Président et du futur gouvernement est engagée à plusieurs titres.

Les luttes n’ont jamais été aussi nombreuses durant cette période électorale traditionnellement vécue comme une période de « trêve sociale ». Il est essentiel que les travailleurs se syndiquent plus nombreux, s’organisent et se mobilisent pour leurs revendications, dans les administrations, les entreprises et les territoires sur toutes les questions qui les concernent et les impactent.

La seule solution pour éradiquer les idées d’extrême droite, c’est de répondre aux aspirations des citoyens, du monde du travail dans une société plus juste, plus fraternelle, solidaire et dans un monde de paix.

La CGT se place résolument dans une dynamique revendicative offensive pour agir contre tout projet régressif. Elle a des propositions concrètes dans les domaines sociaux et économiques pour sortir durablement de la crise. Elle appelle les syndicats, avec les salariés et retraités, à amplifier les luttes pour gagner de nouvelles conquêtes sociales.

Montreuil, le 10 mai 2017

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