Accident de Millas : l’avocate d’une famille accable les médecins, la profession s’indigne

Plusieurs mois après l’accident sur un passage à niveau à Millas, qui coûta la vie à six adolescents, les premiers résultats des enquêtes commencent à apparaître. Et si la responsabilité de la conductrice est de plus en plus mise en cause, l’avocat d’une famille de victime pointe du doigts les médecins qui lui ont prescrit un traitement lourd. La profession est indignée par ces propos.

Le 14 décembre 2017 à Millas, un car scolaire était percuté par un TER alors qu’il s’engageait sur un passage à niveau dont les barrières étaient descendues. Six adolescents perdaient la vie. Depuis, une enquête a été ouverte et les premières conclusions sont rendues publiques. Et le rapport d’expertise ne laisse que peu de place au doute.

« La responsabilité de la conductrice est assez nette »

Le Parisien a pu avoir accès aux premières conclusions des enquêtes techniques. Ces dernières expliquent que « l’origine de cet accident provient d’un freinage tardif de la conductrice de l’autocar ». Une version qui met donc a mal celle donnée par la conductrice de 48 ans qui affirmait que les barrières étaient ouvertes au moment du drame.

Après avoir effectué sa délicate manœuvre d’insertion sur la Départementale 612 et après avoir accéléré jusqu’à 12 km/h, la conductrice de l’autocar […] se rend compte de la présence d’un obstacle devant son autocar et elle écrase la pédale de frein. Le seul obstacle pouvant se trouver devant son autocar dans son couloir de circulation nécessitant d’écraser la pédale de frein est la présence de la barrière fermée du passage à niveau n°25. Mais lorsqu’elle décide de freiner, l’autocar […] est déjà trop près de la barrière fermée et elle ne réussit pas à stopper l’autocar avant d’atteindre la voie ferrée. Sur sa lancée, bien qu’elle soit en freinage, elle percute la barrière du passage à niveau qui se plie.  Nous n’avons pas identifié de cas de dysfonctionnement de ce PN (NDLR : passage à niveau) qui aurait pu conduire à une non-fermeture de barrière au moment du passage du train. 

Pour Me Eric Moutet, avocat de l’une des familles de victimes, annonce qu’il « faudra prendre connaissance de la globalité des rapports, mais que ces conclusions orientent de manière assez nette l’enquête vers la responsabilité de la conductrice ».

Ces constations viennent aussi renforcer les témoignages des conducteurs du TER qui a percuté le bus, qui affirmaient avoir nettement vu le bus forcer les barrières du passage à niveau.

Avocat des familles contre la profession

Circonstance aggravante, les expertises médicales montrent aussi que la conductrice prenait des somnifères depuis sept ans. Reste donc à savoir dans quelle mesure ces derniers ont pu affecter sa capacité à conduire. 

Des précautions que ne prend Me Jehanne Collard, avocate d’une famille de victime qui, dans une interview pour France Info, questionne directement la prescription des médecins et leur rôle dans ce drame.

Le problème maintenant est de savoir pourquoi la conductrice a heurté la barrière ? Le problème doit se poser du travail des médecins : le généraliste – qui lui a prescrit des somnifères, dont les effets secondaires sont graves pour les personnes qui conduisent -, du médecin du travail, qui était informé et qui l’a déclaré apte à la conduite. Donc la responsabilité de tous ces médecins qui sont intervenus semble évidente et probablement plus importante que celle de la conductrice.

Me Jehanne Collard, avocate de l’une des famille de victime

Elle estime que le manque de réaction de la conductrice est dû aux médicaments qui lui ont été prescrits et à leurs effets secondaires. Pour elle, les médecins ne pouvaient faire de telles prescriptions à une personne qui « conduit des enfants. Les médecins ont fait leur travail avec irresponsabilité, incompétence, manque de conscience professionnelle » et ils devraient aussi être déclarés pénalement responsables.

Ces propos n’ont pas manqué de faire régir la profession. Le Dr Jacques Battistoni, du syndicat MG France se montre indigné. Il se demande s’il sera possible de « continuer à exercer si la société les rend coupables de tous les accidents de la route, accidents du travail ou accidents domestiques qui se produisent chaque jour. »

Pour se protéger de poursuites judiciaires, sera-t-il nécessaire de mettre en arrêt de travail de longue durée tous les patients présentant une souffrance psychique et ayant besoin d’un traitement ?

Dr Jacques Battistoni, syndicat MG France

Pour le Dr Thiery Houselstein, directeur médical de la Mutuelle d’assurances du corps de santé français, l’avocate de la défense est « allée trop loin. [Le médecin traitant] est là pour traiter une pathologie et doit informer la patiente sur les risques de somnolence. Il y a déjà un pictogramme sur la boîte du médicament, ce n’est pas pour rien. »

Des avocats sont venus chercher la responsabilité des prescripteurs ou de ceux qui ont délivré les médicaments comme les pharmaciens mais il y a toujours eu une absence de responsabilité pour nos sociétaires.

 Dr Thierry Houselstein, directeur médical de la MACSF

Sur les réseaux sociaux, les réactions n’ont pas non plus tardé. Les médecins de la conductrice ont reçu d’importantes vagues de soutien. Le syndicat UFML-S a aussi fait savoir qu’il apporterait tous son soutien aux médecins. 

Les vrais responsables sont probablement ces médecins qui n’ont pas fait leur travail et qui ont prescrit des médicaments dont les effets secondaires étaient dangereux pour quelqu’un qui conduisait.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Lire les articles précédents :
Emplois-francs : le premier échec de Muriel Pénicaud ?

Ils devaient être une réponse efficace contre le chômage et la discrimination à l'embauche. Et pourtant, d'après les premiers résultats,...

Fermer