Pour Agnès Buzyn, “il ne sera pas possible de réaliser le tiers payant au 30 novembre 2017”

C'est une semi-victoire pour tous les professionnels de santé. Le tiers payant généralisé ne verra pas le jour ce 30 novembre a confirmé la ministre de la Santé. Mais Agnès Buzyn reste très attachée à cette promesse et estime que la généralisation est un objectif atteignable pour "fin 2018". 

Agnès Buzyn s'est donc rendue à l'évidence : la généralisation du tiers payant n'est pas réalisable d'ici le 30 novembre. Elle évoque des contraintes "techniques". Pour autant, elle n'est pas non plus décidée à enterrer ce projet. Dans une interview pour "Le Quotidien du médecin ", elle affirme être en train de réfléchir à un nouveau  véhicule législatif" pour tenir la promesse d'un "tiers payant généralisable en lieu et place des dispositions actuelles".

Victoire des médecins frondeurs 

L'Inspection Générale des Affaires Sociales a rendu son verdict. Les délais accordés pour la grande réforme structurelle que prévoit la généralisation du tiers payant, ne sont pas tenables. Cette décision tient en particulier de l'imbroglio administratif auquel auraient dû se confronter les praticiens. Car comme aucune sanction n'est prévue pour un médecin qui ne le pratique pas, chacun est libre de rejoindre le mouvement ou non. On avait aussi vu de nombreuses manifestations des généralistes qui arguaient que cette réforme les contraindrait à effectuer des tâches administratives supplémentaires qu'ils ne sont actuellement pas en mesure de faire. 

Un désaveu donc pour la ministre de la Santé, mais qui ne rend pas les armes pour autant. Si elle confirme que les médecins " sont tenus de pratiquer le tiers payant pour les populations qui en bénéficient déjà dans la loi ", elle compte, par ailleurs, lancer une " concertation pour mieux accompagner les professionnels de santé afin qu'ils s'emparent des outils techniques afin que personne ne renonce aux soins tout en rendant le dispositif techniquement applicable et sécurisé." Elle rajoute ensuite que la partie des complémentaires santé est la plus problématique. 

Report à "fin 2018", l'objectif est-il atteignable ?

Deux scenarii ressortent du rapport de l'IGAS : l'instance préconise soit la suppression de l'obligation légale et de son échéance, assortie d'une clause de revoyure ; soit le report à 2019 de l'obligation légale. 

Pour Claude Pigement, ancien responsable santé du PS, la décision d'Agnès Buzyn a cédé face à la pression pour avoir " des rapports apaisés avec les syndicats médicaux. " Vouloir globaliser ce report en sachant qu'il n'y a que la part des complémentaires santé qui est problématique est une erreur. Enfin, il pointe du doigt l'absence de date claire et le manque de clarté sur les moyens mis en place pour la généralisation. Il conclut en disant " qu'avec la réforme de l'ISF, ce sont deux marqueurs de gauche importants qui tombent à quelques jours d'intervalles." On ne saurait lui donner tort. 

" La généralisation du tiers payant sur la partie Sécu semble être atteignable rapidement. L'IGAS propose fin 2018, sous réserve d'un accompagnement renforcé. Ce n'est pas le cas pour la partie complémentaire. C’est surtout sur ce point que le système est trop complexe et ne fonctionne pas." 

" Je suis fidèle à ma ligne de conduite. Je ne peux pas demander aux médecins de donner davantage de temps médical pour lutter contre les déserts médicaux tout en leur imposant de la paperasserie supplémentaire. "

" Je regrette que la loi de santé ait été promulguée avant d'avoir eu la certitude que le tiers payant généralisé soit atteignable en temps et en heure. "

Agnès Buzyn, ministre de la Santé

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