Apple, l’entreprise déceptive par excellence

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Eric Ciotti a absurdement proposé l’interdiction de la vente de l’Iphone d’Apple en France (on notera qu’il ne propose pas l’interdiction de la Kalachnikov, bien plus meurtrière) après l’opération de communication de l’entreprise, aux Etats-Unis, qui fait croire qu’elle résiste farouchement aux tentatives d’immixtion du gouvernement américain dans ses données. En réalité, ce n’est pas la protection excessive des données collectées par Apple qui pose problème, mais bien l’abus potentiel de position dominante qui, tôt ou tard, mettra l’Europe en difficulté.

Apple et la protection des données

Tout le monde a bien noté que l’activisme d’Apple sur la protection de ses cryptages tombe au moment où l’Union Européenne entame un bras de fer avec les Etats-Unis sur le sujet. Tout l’enjeu est de constituer un « safe harbour» , un port franc, pour les données personnelles collectées par les fabricants et opérateurs numériques. L’Europe et ses bonnes (et irremplaçables) libertés pensent que les Américains ont trop confondu les rôles de la NSA et des opérateurs. Les Etats-Unis tentent de les persuader du contraire. Apple apporte sa pierre à l’édifice: c’est bien légitime.

De ce point de vue, la proposition d’Eric Ciotti consistant à boycotter Apple en rétorsion contre la protection que l’entreprise américaine offre au secret de la vie privée ne tient même pas de l’éloge débile du totalitarisme. C’est, plus basiquement, un crime contre l’intelligence humaine que l’élu provençal commet avec un sourire affligeant aux lèvres.

Apple et l’espérance de la rente

Le sujet tient au contraire au hold-up qu’Apple entreprend sur les données qu’il collecte. Le système Apple, dont je suis un utilisateur avoué, fonctionne sur un modèle simple: on vous vend une voiture chère, fiable, avec des prestations de luxe, mais on vous interdit d’ouvrir le capot. En cas de problème, vous devez vous rendre chez un concessionnaire agréé.

Pour les béotiens en informatique comme moi, ce système a un intérêt: il permet de commencer à travailler avec son ordinateur dès l’achat, en ouvrant la boîte de l’ordinateur et en appuyant sur le bouton « on ». Il suppose en revanche que, pour le prix (et c’est le secret d’Apple), la prestation rendue soit impeccable: que la voiture roule bien, et que le concessionnaire soit disponible et efficace en cas d’accident.

Dans l’esprit d’Apple, le modèle est différent, de même que l’intention: le pari consiste à se dire qu’une fois le client « emmené » dans l’univers Apple, l’entreprise pourra lui facturer régulièrement de nouveaux services, jusqu’à devenir une addiction. C’est le système Disney: non seulement le prix d’entrée est cher, mais tout le parcours du client dans le parc permet de facturer une multitude de services. Si le client décide de quitter le parc, il ne peut plus revenir sans payer une nouvelle fois.

Une façon plus simple de présenter ce business-model est de dire qu’il y a, chez Apple, une espérance de la rente: le produit Apple est une toile d’araignée où, une fois pris, le client est obligé de payer pour continuer son parcours, ou pour en sortir.

Pourquoi Apple est une entreprise déceptive

Comme tout rentier, Apple succombe, ou succombera, à la tentation de diminuer ses services et d’augmenter ses prix pour accroître ses marges et son train de vie au détriment du consommateur.

J’en veux pour preuve l’exemple anecdotique, mais si illustratif, de mon passage à l’Apple Store Opéra, à Paris, ce matin.

Mon Iphone 5 a des problèmes techniques mineurs, mais agaçants. En gros, il interrompt automatiquement une communication téléphonique sur 50. Je me suis donc rendu place de l’Opéra pour expliquer que ces petits caprices sont agaçants. Résultat: je suis ressorti du magasin avec le même problème.

Entretemps, j’ai vu comment un rentier pouvait dégrader son service: l’accueil du public dans ce magasin à l’américaine est opéré selon les standards français. Entre 11h, moment de mon arrivée, et 12h, moment de ma sortie bredouille, j’ai dû expliquer à 4 personnes différentes comment je m’appelais, le problème que j’avais, l’importance professionnelle du problème pour moi.

Finalement, un vendeur m’a demandé d’ouvrir au milieu d’une foule extravagante et désoeuvrée de clients qui, comme moi, constataient la lenteur et l’amateurisme du service, mon ordinateur professionnel pour qu’il puisse effectuer publiquement des transferts de données, alors que j’avais un rendez-vous qui suivait.

Bref, un service prêt-à-porter pour des tarifs haute couture.

Voilà qui sent le bouillon boursier dans les 5 ans à venir.

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