Ardèche: avons-nous encore les moyens d’y maintenir des hôpitaux?

Temps de lecture : 4 minutes

Cet article a été lu 1464 fois

En Ardèche, l’hôpital public coûte cher et se révèle dangereux, ce qui pose une vraie question sur la capacité de la société française à maintenir des structures de soins dans des vallées reculées où vivent au mieux 50.000 habitants. Un rapport de la Chambre Régionale des Comptes d’Auvergne-Rhône-Alpes vient de le pointer du doigt.

Centre hospitalier des Vals d’Ardèche (07) – rapport d’observations définitives 2017

Le centre hospitalier des Vals d’Ardèche (CHVA) est issu de la fusion, réalisée en 2006, entre les établissements de Privas et de La Voulte-sur-Rhône distants de 20 km. Le CHVA dispose de 416 lits et dessert un bassin de population étendu mais faiblement peuplé (50 000 habitants), rural et vieillissant. Son orientation majoritairement gériatrique se traduit par un important secteur de moyen et long séjour qui représente 68 % de ses capacités : 204 places d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, 60 lits d’unité de soins de longue durée, 22 lits de soins de suite et réadaptation. Les 114 lits de court séjour sont aux deux tiers des lits de médecine et à plus d’un quart des lits de chirurgie, le secteur d’obstétrique se réduisant à neuf lits. Il dispose d’un bloc opératoire de trois salles, entièrement rénové en 2015 ainsi que d’un plateau d’imagerie avec un scanner.

Doté d’un budget de 46 M€, le CHVA est un hôpital de premier recours, qui prend essentiellement en charge des séjours de faible niveau de sévérité. La majorité de son activité d’hospitalisation complète provient des urgences et l’activité programmée reste faible voire anecdotique dans certaines spécialités. Les consultations, en fort développement, répondent à la défaillance de l’offre libérale.

Afin de satisfaire les besoins de santé de la population, le CHVA a développé un large éventail d’activités médicales et chirurgicales en hospitalisation complète nécessitant un important dispositif de permanence des soins. Néanmoins, l’établissement est confronté à de graves difficultés de recrutement et de fidélisation du personnel médical. Un certain nombre de postes de spécialistes ne sont pas pourvus et toutes les disciplines ne disposent pas du nombre de praticiens de plein exercice nécessaire à la sécurisation du dispositif de permanence des soins. La présence de nombreux praticiens contractuels engendre une instabilité au sein de la communauté médicale et un surcoût patent pour l’établissement.

Si l’activité de médecine parvient à se maintenir à un niveau assurant son équilibre financier en dépit d’une durée moyenne de séjour dégradée, l’activité chirurgicale demeure fragile et fortement déficitaire. Malgré les efforts déployés par l’établissement pour moderniser le bloc opératoire et réorganiser l’activité chirurgicale, les taux de fuite demeurent importants et aucune des spécialités chirurgicales n’enregistre une activité suffisante au regard des effectifs médicaux déployés pour la réaliser. La pérennité de cette activité semble devoir passer par une reconversion massive de l’activité conventionnelle en chirurgie ambulatoire. La situation est encore plus préoccupante en matière d’obstétrique où le nombre d’accouchements, déjà en deçà du seuil réglementaire en début de période, ne cesse de décliner pour s’établir à 213 en 2015, soit en moyenne 2,2 accouchements par sage-femme et par mois. La sous-activité de la maternité, ses difficultés de fonctionnement et l’ampleur du déficit qu’elle génère (près d’un million d’euros en 2015) doivent conduire l’établissement à définir avec l’agence régionale de santé les modalités de reconversion en centre périnatal de proximité.

Malgré une activité atone, la politique d’investissement a été volontariste sur la période : reconstruction d’un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD Rivoly) à hauteur de 22 M€, rénovation du plateau technique pour 5,2 M€. En l’absence de capacité d’autofinancement, elle a été essentiellement financée par emprunt. L’encours de dette, qui dépasse les trois seuils d’alerte réglementaires, est devenu préoccupant. Par ailleurs, les dotations aux amortissements et des charges financières ont fortement augmenté, ce qui a contribué à la dégradation du déficit comptable consolidé qui représentait 3,2 % du budget en 2014. Le déficit structurel, de plus de 7 % en 2014, justifie la mise en œuvre rapide d’un plan de redressement d’ampleur passant par une importante reconfiguration de l’offre de soins.

                                                         RECOMMANDATIONS

Recommandation n° 1 : convertir la maternité en centre périnatal de proximité.

Recommandation n° 2 : reconfigurer l’offre chirurgicale en mettant fin à une offre en chirurgie complète dans tout ou partie des spécialités au profit d’une activité ambulatoire.

Recommandation n° 3 : respecter la réglementation en matière de temps de travail médical, de rémunération médicale et de sécurisation des pratiques.

print

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Lire les articles précédents :
Oui, l’Union Européenne peut négocier un traité contre l’avis des Etats-membres!

L'Union Européenne peut-elle négocier un traité contre l'avis de ses Etats-membres? On pouvait naïvement penser que non! et on pouvait imaginer...

Fermer