Assurance vie : dangers et conseils (de Jean-Marc Boyer, actuaire)

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Article sur l’assurance vie paru sur la Gazette de l’Assurance.

En ces temps politiques troublés, il faut sécuriser son épargne.

La fonte des taux

Beaucoup de fonds en euros des contrats d’assurance vie ont distribué du 2% et quelques, quand quelques contrats en tête de gondole essaient de s’afficher près de 3%. Le contrat AFER, norme informelle du marché, a distribué du 2,65 (plus 0,25% mise en Provision pour Participation aux Excédents).

Le gouverneur de la Banque de France continue à indiquer qu’il faudrait davantage baisser les taux servis. Or, il doit protéger la stabilité financière mais aussi les épargnants, sans distinction du long et du court terme.

A plus long terme, si les taux remontent doucement, cela permettra aux assureurs de réinvestir avec des marges (et les assureurs alémaniques seront moins obligés de sous-provisionner leurs rentes). Mais un choc politique pourrait provoquer une hausse soudaine des taux.

La mésaventure de Sapin 2

L’article 49 de la loi Sapin 2 a été un mauvais signal. Les blocages régaliens de rachats en assurance vie étaient possibles de longue date (par le ministre puis par le superviseur selon les périodes) et codifiés dans le code des assurances, puis le code monétaire et financier (L612.33). La mesure était donc bénigne et le problème a été en termes de communication.

La mesure transfère au Haut Conseil de Stabilité Financière (L631-2-1 CMF, en pratique c’est un comité dans l’orbite de l’ACPR et de Bercy) la faculté de suspendre les rachats et arbitrages, pendant 3 mois renouvelables une fois, en cas de crise systémique.

Elle a eu pour conséquence quelques versements réorientés vers le Luxembourg, qui est en zone euro proche, relativement francophone, et qui restera arrimé à l’Allemagne en cas de turbulences politiques en France.

Certains apparatchiks ont essayé de nier le risque (pourquoi faire un article de loi en ce cas ?). Rationnellement, le cadre juridique se veut très prudentiel et les assureurs disposent encore de matelas de plus-values obligataires. Mais le sujet est irrationnel. Si le prochain président élu déclare sortir de l’euro ou ne pas payer d’anciennes dettes (plusieurs candidats sont sur de telles lignes), la panique sera telle que les assurés se précipiteront pour racheter leurs contrats. La hausse des taux ne sera pas la cause (les taux ne remontent que lentement pour l’heure) mais la conséquence de la crise.

L’assurance vie garde ses attraits 

La fiscalité reste relativement avantageuse :

–          pour les droits de succession (en dessous des seuils d’âge et de montant), avec un abattement de 152 500€ (et même exonération pour les contrats avant 13/10/98) avant 70 ans, et 30 500€ après 70 ans.

–          pour les rachats après 8 ans (7,5% de fiscalité en général, plus prélèvements sociaux).

Le candidat E.Macron promet même d’enlever l’assurance vie de l’assiette de l’ISF.

L’assurance vie est encore le couteau suisse de l’épargne long terme :

–          L’assurance vie peut couvrir à la fois des objectifs de précaution, de retraite, et/ou de succession.

–          Il permet la diversité des placements, les plus-values sur unités de compte n’étant taxées qu’à la sortie.

Il faut quand même vérifier certaines clauses (adéquation aux objectifs recherchés, alignement des intérêts du conseil et du client, modération des frais à ne pas empiler,..), mais la directive sur la distribution en assurance (qui sera en vigueur début 2018) renforcera tous ces points.

Certains, agitant la fin du paradigme des fonds en euros, conseillent d’en sortir. Il faut une approche plus fine.

Quelques conseils aux épargnants :

–          Investissez régulièrement des montants en UC, cela lisse la performance (quand les cours sont élevés on en achète moins et réciproquement) ;

–          Gardez les vieux contrats pour leur fiscalité plus favorable ;

–          Ayez plusieurs contrats (nantissement et clauses bénéficiaires non liées) ;

–          Malgré les pressions des assureurs pour basculer en UC, ayez une poche euro significative avant les dangers (élections) ou avant les besoins de cash ;

–          Ayez un contrat dans l’UE en dehors de la France, le risque politico-financier est non nul.

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